Maroc, UK et Commonwealth : une nouvelle géopolitique en marche ?
La reconnaissance de l’intégrité territoriale marocaine par le Royaume-Uni pourrait-elle redéfinir les priorités stratégiques du Maroc, notamment à l’égard du Commonwealth ? Éclairage d’Ahmed Faouzi, ancien diplomate et expert en relations internationales.
La récente reconnaissance par le Royaume-Uni de la souveraineté du Maroc sur le Sahara marque un moment stratégique, selon Ahmed Faouzi, ancien diplomate et expert en relations internationales.
Cette prise de position, hautement symbolique et diplomatiquement lourde de sens, peut redessiner les contours des alliances régionales du Maroc, notamment avec les pays membres du Commonwealth. L’appui britannique peut-il servir de catalyseur à une bascule progressive du Maroc vers le monde anglophone ?
Joint par Médias24, Ahmed Faouzi explique les implications de ce tournant diplomatique. Il revient sur les coulisses de la position britannique, le potentiel d’un rapprochement stratégique Maroc-Commonwealth et les pays qui pourraient suivre l’exemple de Londres.
Il évoque aussi le rôle de la communauté marocaine à l’international, les pistes de coopération sectorielle avec le Royaume-Uni et le cas très particulier du Canada, dont la situation interne présente, selon lui, des similarités structurantes avec celle du Royaume.
Un tournant stratégique
“C’est un tournant que je qualifierai tout simplement de stratégique, pour quelqu’un qui a vécu de l’intérieur la position de la Grande-Bretagne à l’égard du Sahara et de notre intégrité territoriale”, déclare Ahmed Faouzi à Médias24.
“Alors que les relations entre feu Hassan II et Margaret Thatcher, Première ministre de l’époque, étaient exceptionnelles, le Foreign Office maintenait un certain équilibre qui s’inscrivait dans la logique du Conseil de sécurité de l’époque. La nouvelle position constitue effectivement un tournant, et il est à souhaiter que d’autres pays anglophones proches du Royaume-Uni puissent prendre exemple sur Londres”.
Pour notre interlocuteur, cette évolution s’inscrit dans un contexte de diversification assumée de la politique étrangère marocaine, où le monde anglophone devient un axe prioritaire.
“Dans la diversification de notre politique extérieure, la conscience répandue chez les Marocains est qu’il est temps de s’ouvrir sur le monde anglophone, qui représente plus d’opportunités commerciales et de potentialités d’investissements pour notre économie”, estime-t-il.
“Il serait temps de sortir de ce face-à-face avec la France avec qui nous sommes liés par tant de liens. Mais la réalité est que le monde anglophone doit être désormais notre priorité la plus absolue. D’abord pour la reconnaissance de nos droits historiques avec les provinces du Sud, et ensuite pour élargir notre marché extérieur”.
Le Royaume-Uni, désormais hors de l’Union européenne, est perçu comme un partenaire pragmatique et complémentaire.Le pas décisif de la Grande-Bretagne peut aider à mieux comprendre le dossier des pays du Commonwealth qui hésitent encore à reconnaître notre intégrité territoriale
Un partenaire dans le viseur : le Canada
“On dit des Britanniques qu’ils sont des gens pragmatiques. Et ils le sont. C’est une grande île et un pays marin. Il a dominé le monde par la mer, la navigation et le commerce. Partant de là, nous, Marocains, avons encore beaucoup à apprendre d’eux. Maintenant qu’ils sont hors Union européenne, cela joue en réalité en notre faveur pour explorer davantage de nouvelles voies de coopération à développer avec la Grande-Bretagne et l’ensemble du Commonwealth, notamment aussi bien au niveau des énergies renouvelables que des liens maritimes entre nous”, poursuit Ahmed Faouzi.
Ce dernier estime que cette dynamique impulsée par la reconnaissance de la marocanité du Sahara par le Royaume-Uni peut influencer les pays du Commonwealth encore hésitants à reconnaître l’intégrité territoriale du Maroc.
“Il faut espérer que le pas décisif pris par la Grande-Bretagne, qui répond, faut-il le souligner, aussi bien aux besoins de Rabat qu'à ceux de Londres, peut aider à mieux comprendre le dossier des pays du Commonwealth qui hésitent encore à reconnaître notre intégrité territoriale. Il faut cependant admettre que le Maroc n’a pas attendu cette reconnaissance britannique. Ce travail échoit principalement aux Marocains et à eux seuls. Les récents changements de cap du Ghana et du Kenya ne sont pas venus du néant”.
Enfin, l’expert place des espoirs clairs dans un partenaire clé du Commonwealth. “L’un des pays du Commonwealth qui j’espère la reconnaîtra ouvertement, c’est le Canada. Ce qui joue en notre faveur, c’est la présence d’une forte communauté marocaine. Elle est dynamique et intégrée dans les circuits politiques et économiques. L’autre raison, c’est que le gouvernement fédéral vit avec le Québec un cas similaire au nôtre”.
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Ce qu’il faut retenir :
- La reconnaissance par le Royaume-Uni de l’intégrité territoriale marocaine représente un tournant stratégique dans la politique étrangère du Maroc.
- Ce soutien britannique ouvre la voie à un rapprochement renforcé entre le Maroc et les pays du Commonwealth.
- Le Canada, membre clé du Commonwealth avec une importante communauté marocaine, pourrait suivre l’exemple de Londres dans cette dynamique.
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