Textile. “Le Maroc a une opportunité historique sur le marché américain” (Abderrahmane Atfi)
Les exportations marocaines du textile et cuir reculent de nouveau au premier trimestre 2025, marquant une deuxième baisse consécutive. Ce repli s’explique par la prudence des marchés européens, dans l’attente des résultats des négociations commerciales avec les États-Unis. Ainsi, le Maroc doit saisir cette fenêtre stratégique pour se positionner.
Les exportations marocaines du secteur textile et cuir ont de nouveau reculé au premier trimestre 2025, confirmant la tendance au tassement amorcée un an plus tôt.
D’après les données relatives aux échanges commerciaux du premier trimestre, les exportations se sont établies à 11.514 millions de DH, enregistrant une contraction de 1,4% par rapport au premier trimestre 2024.
Ce recul, bien que modéré, intervient après une première baisse de 3,9% enregistrée au premier trimestre 2024, soulignant une dynamique d’essoufflement que le secteur peine à enrayer.

Entre le premier trimestre 2019 et celui de 2024, les exportations du textile marocain ont suivi une trajectoire en dents de scie. Après un niveau de 9.396 MDH au premier trimestre 2019, la crise du Covid-19 provoque un net repli à 8.360 MDH au premier trimestre 2020, puis à 7.845 MDH en 2021, sur fond de fermetures globales, de perturbations logistiques et de concurrence asiatique renforcée.
En 2022, le secteur connaît un fort rebond à 10.365 MDH grâce à la reprise de la demande européenne et au repositionnement du Maroc dans les chaînes d’approvisionnement. Cette dynamique se poursuit au premier trimestre 2023, avec un pic à 12.148 MDH, avant de s’infléchir en 2024 à 11.672 MDH, marquant ainsi le début d’un ralentissement. L’année 2025, enfin, vient confirmer cette inflexion.
Une stagnation prévisible, une opportunité à saisir
Contacté par Médias24 au sujet du repli des exportations textiles au premier trimestre 2025, Abderrahmane Atfi, industriel du secteur et ancien président régional de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) à Casablanca, estime que cette stagnation était prévisible.
"Cette baisse était attendue, au vu de la conjoncture économique en Europe et de la dégradation du pouvoir d’achat. Il était clair que la demande allait reculer en ce début d’année. Et c’est exactement ce qui s’est produit".
Selon lui, les incertitudes liées aux relations commerciales sino-américaines renforcent cette prudence des marchés européens. "Les rumeurs autour d’une rencontre entre les États-Unis et la Chine alimentent cette incertitude. Les Européens sont dans l’expectative, en attente des résultats de ces discussions, mais aussi de leurs propres négociations avec Washington, notamment sur les taux finaux des droits de douane américains sur leurs produits. Cela crée plus de temporisation, donc plus d’attentisme".Les relations commerciales sino-américaines ne redeviendront jamais ce qu’elles étaientConcernant les discussions prévues entre la Chine et les États-Unis, Atfi tempère les espoirs d’un retour au statu quo commercial. "Même en cas d’accord, rien ne sera comme avant. L’ère d’avant Trump et celle d’après Trump sont totalement différentes. Beaucoup de choses ont changé. Les relations économiques sino-américaines ne reviendront jamais à leur état antérieur. Et au-delà, c’est tout le commerce international qui entre dans une phase de recomposition profonde", précise notre interlocuteur.
Dans ce contexte, Abderrahmane Atfi estime que le Maroc a une carte majeure à jouer. "C’est là notre véritable opportunité : capter une part du marché américain. Cela doit devenir une priorité stratégique, aussi bien pour les professionnels que pour l’État. Il faut absolument la saisir".
À ses yeux, la balle est aujourd’hui dans le camp des industriels. "Il revient aux professionnels de faire pression sur les autorités pour relancer les discussions autour de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, notamment pour le secteur textile. Vu l’évolution actuelle du commerce mondial, c’est maintenant ou jamais qu’il faut négocier des conditions plus favorables, ouvrir de nouveaux marchés et diversifier nos débouchés".
Abderrahmane Atfi va plus loin. Selon lui, le Maroc pourrait doubler ses exportations textiles si un accès compétitif à la matière première était garanti. "La confection marocaine est performante et résiliente. Mais si nous pouvions disposer de la matière première comme le font les pays asiatiques, nous pourrions très facilement doubler nos volumes à l’export".
Par ailleurs, concernant les perspectives, Abderrahmane Atfi évoque avec prudence l’installation de Sunrise au Maroc. "C’est un projet structurant, mais il faudra compter en moyenne deux ans avant d’en ressentir les effets. Il sera sans doute bénéfique et contribuera à la modernisation de la filière, mais l’impact ne sera pas immédiat. Aujourd’hui, l’urgence, c’est de ne pas rater l’opportunité américaine. Elle est là, devant nous. Il faut la saisir", conclut-il.
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