img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Renault et Stellantis, piliers du secteur automobile au Maroc, tirent la sonnette d’alarme face à la crise en Europe

Entre chute de la demande, flambée des prix et concurrence chinoise, l’automobile européenne vacille. Cette crise n’épargne pas le Maroc, dont les exportations automobiles viennent de reculer pour la première fois depuis la pandémie. Les patrons de Stellantis et Renault, principaux opérateurs dans le Royaume, tirent la sonnette d’alarme et appellent à des réformes urgentes du cadre réglementaire européen.

Les exportations automobiles décroissent pour le quatrième mois consécutif.
Les exportations automobiles décroissent pour le quatrième mois consécutif.
Par
Le 6 mai 2025 à 17h45 | Modifié 6 mai 2025 à 18h01

Au terme du premier trimestre 2025, les exportations automobiles marocaines ont reculé de 7,8%. Cette contraction, la première hors période Covid depuis 2019, reflète l’essoufflement du marché européen, principal débouché de l’industrie marocaine.

Dans un entretien accordé au Figaro, John Elkann et Luca de Meo, patrons respectifs de Stellantis et de Renault, détaillent les causes d’un choc qu’ils jugent structurel, et dont les répercussions se font déjà sentir au Maroc.

Coûts et réglementations : le duo toxique pour l’automobile européenne

Selon Luca de Meo (Renault), la racine du problème est claire : le pouvoir d’achat des ménages chute, tandis que le prix des voitures neuves grimpe sans relâche. "Il faut repartir de la demande", insiste-t-il.Entre 2019 et 2024, les immatriculations européennes ont dégringolé de 3 millions de voitures

Selon les deux patrons, le marché européen ne s’est jamais remis des cicatrices laissées par la crise du Covid et en subit encore les effets. "Le marché automobile européen est en chute depuis maintenant cinq ans", rappelle John Elkann (Stellantis). "C’est le seul grand marché mondial qui n’a pas retrouvé son niveau d’avant-Covid", confirme Luca de Meo (Renault).

La rigidité réglementaire frappe les segments légers

Pour illustrer plus clairement l’impact des réglementations sur les prix, Luca de Meo (Renault) souligne qu’elles sont en grande partie responsables de la flambée des coûts, entraînant par ricochet une baisse de la demande.

"Entre 2015 et 2030, le coût d’une Clio aura augmenté de 40%. Cette hausse est à 92,5% attribuable à la réglementation".

Pour mieux cerner la problématique, il convient de rappeler que l’Union européenne impose les mêmes normes techniques et de sécurité à une citadine qu’à une berline. Résultat : les petites voitures se retrouvent alourdies par des équipements souvent coûteux, voire superflus, compromettant leur rentabilité.

"Ce que nous demandons, c’est une réglementation différenciée pour les petites voitures ; il y a trop de règles conçues pour des voitures plus grosses et plus chères, ce qui ne nous permet pas de faire des petites voitures dans des conditions acceptables de rentabilité. Ce n’est pas possible de traiter une voiture de 3,80 m comme une voiture de 5,50 m ! Le surcoût est le même sur une petite voiture que sur une grosse berline. Cela grignote une bonne partie de la marge de la petite voiture. Et cela va continuer", explique Luca de Meo.

"Faut‑il absolument une assistance au non-franchissement de ligne dans des voitures qui passent 95% de leur temps en ville ? ", poursuit‑il.

Par ailleurs, concernant l’impact de ces réglementations dans le futur sur la production des voitures, le patron de Stellantis précise que "cent nouvelles réglementations vont s’appliquer d’ici 2030, renchérissant encore nos voitures de 40%. Nous ne demandons pas d’aide, mais seulement qu’on nous laisse travailler, innover et apporter aux gens des véhicules plus propres, mais aussi abordables, dont ils ont envie et besoin".

Un enjeu stratégique : il est temps de prendre une décision

La demande baisse et la concurrence est plus serrée, notamment avec des géants comme la Chine et le Japon. Ainsi, Stellantis et Renault, avec 30% de part de marché vont, dans la continuité des conditions actuelles, en céder une fraction et, par conséquent, enregistrer des baisses de ventes significatives.

"2025, c’est un moment charnière. Le marché chinois va dépasser ceux de l’Europe et des États‑Unis réunis. L’Europe doit choisir si elle veut encore être une terre d’industrie automobile ou un simple marché. Dans cinq ans, à ce rythme de déclin, il sera trop tard. Le sort de l’industrie automobile européenne se joue cette année", alerte le patron de Renault.

"À ce rythme, si la trajectoire ne change pas, nous devrons prendre, dans les trois ans qui viennent, des décisions douloureuses pour l’appareil de production ", conclut John Elkann (Stellantis).

Il convient de rappeler que les groupes Stellantis et Renault représentent la très grande majorité de la production et des exportations automobiles du Maroc. Dès lors, toute contraction de leurs ventes — en particulier celles des véhicules thermiques, qui constituent le principal segment fabriqué localement et subissent une pression accrue par rapport aux autres motorisations — se répercute directement sur les performances exportatrices du pays. Par effet de ricochet, cela pourrait, dans le futur, également affecter l’investissement et l’emploi dans la filière.

Dans ce contexte, il devient impératif de diversifier les opérateurs présents sur le territoire, d’élargir la gamme de produits vers l’électrique et l’hybride, moteurs de croissance future, mais aussi, de manière structurelle, de miser sur d’autres industries exportatrices. En effet, parallèlement à l’essor de l’automobile depuis 2014, le Maroc a peu à peu perdu en diversité dans ses exportations.

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 6 mai 2025 à 17h45

à lire aussi

Arrêté du gouvernement: le prix du mouton relève de l'ordre public économique
DROIT

Article : Arrêté du gouvernement: le prix du mouton relève de l'ordre public économique

Publié ce mercredi 20 mai au Bulletin officiel, un arrêté du chef du gouvernement interdit plusieurs pratiques susceptibles de tirer artificiellement les prix des moutons vers le haut. Les mesures s’appliquent jusqu’au 29 mai.

Sebta et Melilia : un rapport militaire espagnol alerte sur la montée en puissance du Nord marocain
INTERNATIONAL

Article : Sebta et Melilia : un rapport militaire espagnol alerte sur la montée en puissance du Nord marocain

Dans son "Cahier de stratégie" n° 234, le ministère espagnol de la Défense analyse les effets de Tanger Med, de Nador West Med et des nouvelles infrastructures marocaines sur l’équilibre stratégique du détroit. Derrière les considérations portuaires, le document révèle surtout les inquiétudes de Madrid autour du devenir de Sebta et Melilia dans un environnement régional en pleine recomposition.

Engrais : pourquoi le nouveau plan européen ne menace pas le Maroc
AGRICULTURE

Article : Engrais : pourquoi le nouveau plan européen ne menace pas le Maroc

Pour réduire sa dépendance aux importations et sécuriser sa souveraineté alimentaire, la Commission européenne a adopté, le 19 mai 2026, un plan d'action sur les engrais misant sur les fertilisants biosourcés et bas carbone à la place des engrais chimiques. Voici ce qu’il faut savoir sur cette mise à jour et sur ses implications pour notre pays.

Condamnation à 3 ans de prison pour un Émirati ayant incité au mariage de mineures au Maroc
Quoi de neuf

Article : Condamnation à 3 ans de prison pour un Émirati ayant incité au mariage de mineures au Maroc

L’homme ayant diffusé sur les réseaux sociaux des contenus incitant au mariage de mineures au Maroc a été condamné à trois ans de prison et à une amende de cinq millions de dirhams.

Stationnement à Casablanca. Les détails du grand coup de balai que prépare la ville
SOCIETE

Article : Stationnement à Casablanca. Les détails du grand coup de balai que prépare la ville

Le stationnement continue de souffrir d’une gestion jugée anarchique à Casablanca. Pour améliorer ce service, la commune avance progressivement vers une délégation du secteur à un opérateur spécialisé. Ce que l'on sait.

UM6P Hospitals : un pôle médical de haute technologie prend forme à Benguérir
EDUCATION

Article : UM6P Hospitals : un pôle médical de haute technologie prend forme à Benguérir

Formation médicale immersive, hôpital de haute technologie, recherche biomédicale et incubateur de start-up santé… À Benguérir, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) déploie un écosystème hospitalo-universitaire intégré, articulé autour des soins, de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité