img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
DROIT

Le Code de procédure pénale sous le feu des critiques des institutions nationales

Alors qu’il poursuit son parcours législatif, le projet de réforme du Code de procédure pénale suscite des critiques convergentes. Le CNDH, le CESE et l’INPPLC pointent des anomalies en matière de droits, d’accès à la justice et de lutte contre la corruption.

Le Code de procédure pénale sous le feu des critiques des institutions nationales
Par
Le 25 avril 2025 à 14h45 | Modifié 25 avril 2025 à 14h26

Sans en occulter les avancées, trois institutions majeures – CNDH, CESE et INPPLC – ont formulé d’importantes réserves à l’égard du projet de réforme du Code de procédure pénale, actuellement à l’examen au Parlement.

Certaines critiques mettent en lumière des angles morts jusqu’ici peu débattus, comme l’absence de dispositions relatives à la criminalité environnementale ou les risques liés au recours à la médiation dans les affaires de violences sexuelles et physiques. D’autres reviennent avec insistance sur des points controversés depuis plusieurs mois, comme les limites des droits de la défense et les restrictions imposées aux associations dans leurs droits d’ester en justice et de se constituer partie civile dans les dossiers de criminalité financière.

Loin d’un rejet global, ces institutions soulignent des failles perfectibles et formulent des recommandations appuyées sur les standards constitutionnels et internationaux. Tour d’horizon de leurs principales observations sur un texte à intérêt majeur.

Une dénonciation commune

L’un des points les plus sensibles de la réforme concerne les articles 3 et 7 du projet de loi, qui touchent directement à la capacité des associations à agir en justice, en particulier dans les dossiers relatifs aux crimes financiers. Le CNDH, le CESE et l’INPPLC critiquent fermement le nouveau régime restrictif envisagé pour la constitution de partie civile. Tous estiment que les conditions imposées, notamment l’exigence de reconnaissance d’utilité publique, un délai de création de quatre ans et l’obligation d’une autorisation préalable du ministère de la Justice, portent atteinte à la participation citoyenne, à l’indépendance de la société civile et à l’efficacité même de la lutte contre la corruption.

Le CNDH propose d’abolir cette exigence d’autorisation et de se fonder plutôt sur des critères objectifs et juridiques. De son côté, l’INPPLC y voit un obstacle administratif injustifié, tandis que le CESE y décèle une violation des engagements constitutionnels, en rappelant notamment l’article 12 de la Constitution marocaine et la Convention onusienne contre la corruption, qui favorisent la participation citoyenne à la dénonciation des crimes économiques.

La question de l’autonomie du ministère public dans l’engagement des poursuites pénales revient avec insistance dans les prises de position. Le CNDH, l’INPPLC et le CESE appellent tous à préserver sa capacité à initier des enquêtes d’office, notamment dans les affaires portant atteinte aux deniers publics. En conditionnant cette faculté à des saisines préalables d’organes de contrôle, le projet, selon l’INPPLC, risque de décourager les lanceurs d’alerte et de ralentir la chaîne de poursuite.

Le droit à la défense au cœur des garanties fondamentales

Sur un registre complémentaire, le CNDH concentre ses critiques sur les garanties procédurales et les droits de la défense, soulignant les lacunes du projet à cet égard. Il recommande notamment d’assurer l’assistance de l’avocat dès le début de la garde à vue, y compris lors des interrogatoires et après toute prolongation. Il plaide également pour étendre cette assistance aux personnes entendues en dehors de ce cadre, comme les victimes, les témoins, les plaignants ou les mis en cause.

Concernant l’enregistrement audiovisuel de certains interrogatoires, prévu par le projet de Code de procédure pénale, le CNDH recommande :

  • d’élargir le champ d’application de l’enregistrement audiovisuel pour inclure toutes les infractions ;
  • de permettre à la défense d’obtenir une copie des enregistrements ou d’y accéder ;
  • de définir les autorités judiciaires habilitées à conserver les enregistrements et à organiser la procédure de leur effacement ;
  • de prévoir l’obligation d’informer immédiatement le ministère public en cas d’impossibilité technique de procéder à l’enregistrement audiovisuel, et d’interroger alors la personne en garde à vue en présence d’un avocat.

Le CNDH propose également de préciser que l’enregistrement audiovisuel de l’interrogatoire ne peut être présenté au tribunal ou au juge d’instruction qu’en cas de contestation du contenu du procès-verbal de la police judiciaire, à la demande du ministère public ou des autres parties à la procédure pénale.

Un consensus institutionnel semble émerger sur ce point. L’INPPLC, bien que plus discrète sur les aspects techniques, insiste pour sa part sur l’importance de la transparence, à condition que celle-ci soit encadrée pour ne pas nuire à la présomption d’innocence.

Des angles morts

Si les critiques concernant les articles 3 et 7 font débat depuis des mois, certains aspects de projet de loi sont passés inaperçus jusque-là. Il s’agit de l’absence de dispositions contre la criminalité environnementale et l’absence de limites quant à la médiation.

Le premier point est soulevé par le CESE, qui regrette que la réforme fasse l’impasse sur la thématique de la criminalité environnementale qui, pourtant, peut s’avérer dangereuse avec de lourdes conséquences sur la société et les droits fondamentaux.

Le second est mis en exergue par le CNDH qui recommande, quant à lui, l’interdiction des modes alternatifs de règlement des différends, y compris la médiation et la conciliation, dans les affaires de violence sexuelle et physique.

Par ailleurs, le CESE alerte sur les limites des dispositifs de soutien aux victimes. Il estime que les cellules de prise en charge des femmes et enfants, bien qu’institutionnalisées, ne couvrent pas l’ensemble des victimes, et questionne leur efficacité compte tenu d’un manque flagrant, et connu de tous, en termes de ressources humaines et financières.

LIRE AUSSI 

Réforme du Code de procédure pénale : ce qu’en pense l’ABAM

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 25 avril 2025 à 14h45

à lire aussi

Lancement du programme “Riaya” : deux conventions pour accompagner les jeunes après 18 ans
Quoi de neuf

Article : Lancement du programme “Riaya” : deux conventions pour accompagner les jeunes après 18 ans

Deux conventions-cadres ont été signées, jeudi 16 avril 2026 à Salé, dans le cadre du lancement du programme national "Riaya", visant l’accompagnement et l’insertion des enfants et des jeunes issus des établissements de protection sociale après l’âge de 18 ans.

Météo : le Sud et le centre sous la chaleur, un rafraîchissement prévu dès jeudi 23 avril 2026
Les prévisions à moyenne échéance

Article : Météo : le Sud et le centre sous la chaleur, un rafraîchissement prévu dès jeudi 23 avril 2026

Une vague de chaleur touche en cette mi-avril 2026 le sud et le centre du Maroc, avec des températures dépassant les normales saisonnières de 5 à 10°C. Cet épisode devrait se maintenir jusqu’au jeudi 23 avril 2026, avant un retour progressif à des conditions plus fraîches et instables en fin de semaine prochaine.

Élections 2026 : le gouvernement adopte un soutien financier aux candidats de moins de 35 ans
Elections 2026

Article : Élections 2026 : le gouvernement adopte un soutien financier aux candidats de moins de 35 ans

À quelques mois des législatives de 2026, l’exécutif a validé un nouveau décret destiné à faciliter l’accès des moins de 35 ans aux mécanismes de financement électoral. Le texte prévoit une prise en charge publique pouvant atteindre 75 % des dépenses validées.

CGEM : Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri lancent officiellement leur campagne
BUSINESS

Article : CGEM : Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri lancent officiellement leur campagne

Mehdi Tazi a officialisé, aux côtés de Mohamed Bachiri, le lancement de sa campagne pour la présidence de la CGEM. Une première réunion avec les fédérations industrielles a permis de recueillir attentes, défis et ambitions du secteur productif national.

Settavex : une condamnation à 104 MDH, des actifs aux enchères
BUSINESS

Article : Settavex : une condamnation à 104 MDH, des actifs aux enchères

Condamnée à payer plus de 104 millions de dirhams à Bank of Africa, le textilien Settavex traverse une séquence judiciaire critique. Son site industriel et ses équipements ont déjà été ciblés par des procédures de vente forcée.

La Région Casablanca-Settat lève 1 milliard de DH par emprunt obligataire
ECONOMIE

Article : La Région Casablanca-Settat lève 1 milliard de DH par emprunt obligataire

La Région Casablanca-Settat a annoncé ce jeudi 16 avril le succès d’une émission obligataire d’un montant de 1 milliard de DH sur le marché national des capitaux. Cette opération s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement du développement territorial.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité