Dette internationale. En trois mois, le Maroc fait le plein pour 2025
La dernière sortie du Maroc a été unanimement saluée pour les taux particulièrement compétitifs réalisés. Elle a pu sécuriser l’essentiel des besoins de financement en devises de l’économie nationale en 2025. Décryptages.
En trois mois, le Maroc sécurise plus de la moitié de son besoin de financement en devises en 2025. Et le reste est par ailleurs assuré, comme nous l'expliquent nos sources. La récente levée de fonds du Trésor sur le marché européen est, selon l’avis de nos sources, une opération importante qui sécurise l’essentiel des besoins de financement de l’économie en devises pour 2025.
50% du plafond déjà levés, le reste assuré.
Pour rappel, la loi de finances 2025 a fixé comme plafond d’endettement de l’État en devises un montant de 60 milliards de dirhams. "Si on compte cette levée de 2 milliards d’euros, en plus du financement de 496 millions de dollars du FMI, l’État boucle en trois mois son besoin en financement extérieur de 60 milliards de dirhams inscrit sur la loi de finances", estime une source du marché. À cela, il faut ajouter les 600 millions de dollars octroyés par la Banque mondiale dans le cadre de la troisième phase du programme "Renforcement du capital humain pour un Maroc résilient".
Avec ces différents montants, ce sont 50% de l’autorisation parlementaire pour l’endettement extérieur qui sont déjà couverts. Le reste des 30 milliards étant, selon nos sources, des financements concessionnels qui suivent un programme calendaire de décaissement. Selon une de nos sources au ministère des Finances, "on peut d’ores et déjà considérer que les besoins en financements extérieurs de l’économie marocaine pour 2025 sont sécurisés". Il est à noter que les autorisations parlementaires ne sont pas toujours atteintes. En général, c’est un seuil légal qui ne doit pas être dépassé et qui dépend pour sa concrétisation, des conditions du marché, mais aussi des besoins en devises du pays.
Des taux compétitifs
L’opération en Eurobonds, la première réalisée par le Maroc depuis 2020, a été, selon tous les observateurs, un franc succès. Les spreads inférieurs par rapport aux estimations initiales du marché (155 points de base pour les 4 ans au-dessus des mid-swap et 215 pbs pour les 10 ans) et le niveau de demande de 6,75 milliards d’euros pour un besoin de 2 milliards montrent l’appétit du marché et sa confiance pour le papier Maroc, estiment unanimement aussi bien les sources du marché que notre source au sein du ministère des Finances.
Pour un économiste, vétéran du marché des capitaux, le Maroc a pu payer à quasiment 3,95% d’intérêt pour les bons à 4 ans et à près de 4,85% pour les bons à 10 ans ; ce à quoi il faut ajouter les commissions.
C’est un taux compétitif donc, selon une autre source du marché qui estime que ces taux sont équivalents à ceux que le Maroc aurait pu obtenir s’il avait conservé son investment grade, perdu en 2020 à la suite du déclenchement de la crise Covid. Le Maroc a ainsi levé, à titre de comparaison, lors de cette sortie moins cher que la dette souveraine de la Roumanie.
Le papier Maroc en quasi investment grade
Selon une source au ministère des Finances, la sortie du Maroc était attendue, puisqu’il ne sort pas beaucoup sur les marchés internationaux. De plus, le dernier rapport positif du FMI, lors de sa revue annuelle au titre du chapitre 4, renforce l’image positive dont jouit le Maroc sur les marchés financiers internationaux.
En effet, cette sortie est intervenue alors que la ligne modulable du FMI (LCM), utilisée par le Maroc comme une assurance contre les chocs externes – ce qui rassure le marché –, arrive à terme en avril, sans visibilité sur sa reconduction ou pas. Par ailleurs, les notes des agences de notation, publiées quelques jours avant la sortie du Maroc, n’ont pas amélioré le positionnement du pays puisque sa notation est restée quasiment la même. Selon nos sources, cette ligne devrait être reconduite pour une durée de 2 ans.
Cette levée, préparée depuis au moins octobre 2024 par les équipes de la Direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE), est considérée comme le baptême de feu de son nouveau directeur par intérim, Mohammed Tarik Bchir. Ce dernier a été nommé à ce poste il y a seulement quelques jours, en attendant les résultats de l’appel à candidatures lancé en janvier dernier, qui met en jeu la succession de Faouzia Zaâboul, Madame DTFE depuis plus de quatorze ans maintenant. En effet, celle-ci a fait valoir ses droits à la retraite fin 2024, avant d’atterrir en janvier en tant que chef de cabinet du ministre délégué du Budget.
Il est à rappeler que, selon les derniers chiffres de Bank Al-Maghrib publiés en marge de la dernière réunion de son Conseil tenu le 18 mars dernier, la dette du Trésor a atteint 1.085,9 milliards de dirhams en 2024 soit 70,4%. Elle atteindra 1137,4 milliards de dirhams en 2026 soit 69,4% du PIB. Elle sera alors constituée de 830,4 milliards de dirhams en dette intérieure contre 813,3 milliards en 2024, en baisse de 2%, et de 337 milliards de dirhams en 2026 contre 272,6 milliards en 2024 soit une hausse de 23,6%.
En termes de répartition, la dette intérieure du Trésor représente 52% du PIB en 2024 contre 17,9% du PIB pour la dette externe. Ces proportions seront respectivement de 48,5% et 19,7% du PIB en 2026. Selon toute vraisemblance, cette tendance devrait se poursuivre avec les besoins importants de financements d’une manière générale, et de financements extérieurs en particulier, en raison de l'effort d’investissement particulièrement soutenu, prévu au Maroc à l’horizon 2030.
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