Accord IAM-Inwi. Un big bang dans les télécoms au Maroc
C’est un véritable big bang qui se profile sur le marché des télécoms après l’accord historique paraphé entre les premier et troisième opérateurs télécoms du Maroc. Un deal qui n’a pas encore dévoilé tous ses mystères, en attendant la réaction de la régulation et les détails qui seront annoncés. Premiers éléments de décryptage.
"C’est une suite logique de la décision publiée par l’ANRT sur la mutualisation des infrastructures", affirment sans ambages des sources que nous avons interrogées pour cet article.
En effet, la décision du régulateur portant sur les offres techniques et tarifaires relatives au partage des infrastructures FTTH exploitées par les opérateurs avait obligé les trois concurrents à "mutualiser leurs infrastructures de fibres existantes ou à venir", tout en "coordonnant leurs efforts pour l’exploitation et le déploiement" de la fibre.
La décision prévoyait ainsi la possibilité de la création d’un opérateur d’infrastructure (OI) détenteur de l’infrastructure et un OC, opérateur commercial qui commercialise l’offre. Le tout chapeauté par des OTT (offres techniques et tarifaires) qui doivent fournir toutes les informations techniques et financières permettant de raccorder un client final et permettant aux OC l’utilisation et l’exploitation des infrastructures.
Suite logique
Cette injonction du régulateur a ainsi été suivie à la lettre, voire complètement dépassée par l’accord qui vient d’être scellé entre l’opérateur historique IAM et le 3ᵉ opérateur national. Cet accord a été négocié dans le plus grand secret entre les tops managements des deux groupes. Selon une de nos sources au sein d’un des opérateurs, les équipes ont été informées par la presse.
Cet accord permet donc aux deux opérateurs de tourner la page de leurs contentieux, qui a coûté plus d’un milliard d’euros à IAM en litiges concurrentiels, pour inaugurer une nouvelle phase de coopération sur le développement commun de l’infrastructure dans une logique de mutualisation de l’effort d’investissement.
Selon une de nos sources, "c’est la pression de l’échéance 2025 pour le déploiement de la fibre et par extension de la 5G qui a accéléré les choses".
Répondant à une logique de réalisme économique et dans la droite ligne de l’injonction de l’ANRT, les opérateurs ne pouvaient plus continuer à investir chacun de son côté dans l’infrastructure réseau. Surtout pour le raccordement en fibre entre les villes et dans les zones excentrées, extrêmement coûteux, ainsi que le déploiement de la 5G alors que la fibre optique n’est ni encore généralisée ni rentabilisée.
Avec cet accord, les deux opérateurs vont donc lancer conjointement deux joint-ventures, l’une FiberCo visant l’extension de la fibre optique à 3 millions de ménages en 5 ans et la seconde, TowerCo visant à construire ou rénover plus de 6.000 tours destinées à la 5G sur 10 ans.
Pour la phase initiale de 3 ans, l’accord prévoit un investissement de 4,4 MMDH.
Tourner la page
Le communiqué conjoint ne précise pas la valorisation des actifs déjà existants et ceux qui doivent être développés. Il est intéressant de relever que le communiqué précise aussi que les deux parties mettront fin à tous les recours judiciaires en cours, notamment devant la Cour de cassation, concernant la dernière condamnation d’IAM à verser une indemnisation de 6,38 MMDH à Wana.
Celle-ci sera réduite, selon le communiqué, à 4,38 MMDH, laissant supposer que les 2 MMDH en moins seront une partie de la contribution de IAM à la JV. Une manière de tourner définitivement la page, d’autant qu’Etisalat, l’actionnaire majoritaire d’IAM avait vertement critiqué les décisions de sanctions vis-à-vis de Maroc Telecom et même menacé, via son président du conseil d’administration, Jassem Mohammed Bu Ataba Al Zaabi, de revoir sa politique d’investissement au Maroc.
Il a ainsi déclaré en juillet 2024 «qu’il est regrettable que, tandis que le capital mondial cherche à tirer parti du pouvoir transformationnel de la technologie pour améliorer l’infrastructure numérique, les services gouvernementaux intelligents et les solutions numériques pour les citoyens, un environnement réglementaire difficile affecte négativement les perspectives futures de nos investissements au Maroc».
Sur les 6 MMDH d’ores et déjà versés par IAM à Inwi, 4 MMDH pourraient ainsi être remis dans un pot commun visant justement à accélérer le développement des infrastructures nationales et à remettre les pendules à l’heure avec les partenaires émiratis.
Le communiqué précise, par ailleurs, que « ces infrastructures passives mutualisées seront ouvertes à tout opérateur détenteur d'une licence lui donnant droit au partage des infrastructures passives dans le strict respect de la règlementation en vigueur».
Une manière de couper l’herbe sous le pied à toute controverse sur l’exclusion du deuxième opérateur national Orange de ce partenariat sur le développement des infrastructures. Tout en précisant que cet accord devra être soumis aux autorités de régulation, notamment l’ANRT.
Quant au Conseil de la concurrence, bien que l’opération puisse être considérée comme une concentration économique relevant de sa compétence générale, il ne devra qu’être informé, selon nos sources. En effet, selon un décret de 2016, la compétence liée à la concurrence sectorielle, dans les télécoms, revient de droit à l’ANRT.
Des questions en suspens
Celle-ci devra bien évidemment donner un avis argumenté sur cette opération balisant cette concentration entre l’opérateur historique et le troisième opérateur qui a fait de la démocratisation de la data son fer de lance.
Quelques semaines seulement après la nomination de Mohamed Benchaâboun à la tête de Maroc Telecom, après 27 ans de gestion de Abdeslam Ahizoune, c'est bien un virage stratégique qui est entamé par un secteur bousculé par le retard pris aussi bien dans le développement du très haut débit que des positions concurrentielles destructrices de valeur.
Reste à avoir les feux verts requis par les autorités compétentes. Également, il est nécessaire de voir dans le détail les conditions économiques de partages des infrastructures et des investissements y afférents avec leur corollaire, la délicate question de la valorisation des actifs qui seront mis dans les JV.
Un deal donc qui ouvre un nouveau chapitre, mais pose aussi des questions sur la réaction du concurrent exclu de l’accord, ainsi que la réaction du marché boursier après cet accord. IAM est aussi cotée à Paris.
À Maroc Telecom, une première AG peu ordinaire pour Mohamed Benchaâboun
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