Quel impact sur le Maroc après les perturbations maritimes en mer Rouge ?
La crise en mer Rouge perturbe les routes maritimes stratégiques, contraignant les transporteurs à contourner l’Afrique, allongeant les trajets et augmentant les coûts logistiques. Cette perturbation du commerce mondial accroît les pressions inflationnistes et pourrait affecter les économies dépendantes des importations, dont le Maroc. Détails.
Le Moyen-Orient brûle, non seulement sous l’ardeur du soleil, mais aussi sous les tensions qui s’intensifient jour après jour, avec des conséquences économiques mondiales incalculables.
Les frappes israéliennes sur Gaza, les attaques américaines contre les Houthis et le renforcement militaire dans la région alimentent les spéculations sur une possible escalade avec l’Iran.
Les marchés réagissent à cette incertitude. L’or, valeur refuge par excellence, atteint un record de 3.020 dollars l’once ce 18 mars 2025, illustrant l’anxiété des investisseurs face à une instabilité croissante.
Médias24 a pris contact avec un spécialiste du transport maritime, qui estime que ces conflits pourraient alimenter les pressions sur les chaînes d’approvisionnement et, in fine, sur l’inflation.
"Ce que nous observons aujourd’hui avec la crise en mer Rouge rappelle fortement la situation de 2023, lorsque des perturbations dans cette zone avaient désorganisé le commerce maritime mondial. L’histoire semble se répéter, mais cette fois à une échelle bien plus large, avec des implications potentiellement plus graves", indique notre source.
Le détroit de Bab el-Mandeb, passage clé du commerce mondial, est désormais une zone à risque, forçant les transporteurs à contourner l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance. Résultat : un trajet entre l’Asie et l’Europe, qui empruntait habituellement le canal de Suez et couvrait environ 15.700 km entre Singapour et Rotterdam, doit désormais rallonger son parcours de 7.400 km, portant la distance totale à environ 20.500 km. Ce détour peut ajouter jusqu’à dix jours de navigation supplémentaires, renchérissant les coûts logistiques et aggravant les pressions inflationnistes, notamment sur les marchés émergents comme le Maroc.

Pour le Maroc, cette crise représenterait, si elle se prolonge, un défi de taille en raison de sa dépendance aux importations énergétiques et alimentaires.
Le trajet maritime entre Shanghai et Tanger Med passe de 16.900 km via le canal de Suez à 24.400 km en contournant l’Afrique, ajoutant 7.400 km et plus de dix jours de transit. Ce détour renchérit les coûts logistiques et accentue la pression inflationniste sur les importations marocaines.
Mais au-delà des chiffres et des tendances, c’est le commerce mondial qui vacille sous le poids des conflits. Chaque entrave à la circulation des marchandises – qu’elle soit le fait d’une guerre, de tarifs protectionnistes ou d’un blocus maritime – se répercute sur l’ensemble de l’économie. Et l’heure est à l’inquiétude. L’ombre d’une guerre commerciale se dessine à mesure que les tensions douanières se renforcent, notamment avec la perspective d’une nouvelle vague de tarifs en avril. Or, qui dit tarifs dit inflation, et lorsque ces barrières s’ajoutent aux conflits qui menacent Bab el-Mandeb, l’effet est immédiat : une flambée des prix et une poussée inflationniste hors de contrôle.
"Avec l’insécurité croissante et les attaques dans cette zone stratégique, les compagnies maritimes sont contraintes de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Ce détour allonge considérablement les trajets et engendre des coûts supplémentaires pour les armateurs. Ces derniers ne peuvent pas absorber ces surcoûts indéfiniment ; ils les répercutent donc sur les importateurs, qui eux-mêmes, tôt ou tard, feront payer les consommateurs finaux", souligne l’expert.
"Pour le Maroc, l’impact dépendra avant tout des volumes d’importations concernées. Certains secteurs, comme le textile, l’électronique et l’agroalimentaire, sont plus exposés, car ils s’approvisionnent en partie en Asie. Une hausse des coûts de transport pourrait ainsi se répercuter sur les prix à la consommation, bien que l’ampleur de cet effet reste à évaluer.", poursuit notre source.
Selon notre interlocuteur, l’ampleur du choc économique dépendra de l’évolution des tensions et de la durée de la crise.
"La question centrale est de savoir combien de temps cette crise va durer. Si les frappes américaines permettent de sécuriser le passage en mer Rouge, les coûts de fret pourraient se stabiliser et l’inflation rester sous contrôle. En revanche, si la situation dégénère et que les tensions s’étendent à l’Iran, les répercussions seront bien plus importantes, non seulement sur le transport maritime mais aussi sur les marchés pétroliers. Une telle escalade pourrait prolonger la crise et amplifier ses effets économiques à l’échelle mondiale", conclut-il.
Par ailleurs, il est à noter que le monde sort à peine des chocs successifs de la pandémie, de la guerre en Ukraine et des turbulences géopolitiques au Moyen-Orient, et déjà, les économies vacillent à nouveau. Le recours aux politiques monétaires restrictives devient un fardeau de plus en plus insoutenable, alors même que les projections de croissance se rétractent. Aux États-Unis, en Europe, en Chine, en Inde et au-delà, les signaux d’un ralentissement s’accumulent, alimentant les spéculations sur une récession imminente, dont tous les ingrédients semblent désormais réunis.
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Il est à noter que cette analyse peut s’avérer prématurée. Cependant, tant que des opérations militaires ont lieu au cœur de Bab el-Mandeb, le trafic sera réduit, pour ne pas dire interrompu. Cela signifie que les importations actuelles s’effectuent avec des coûts en hausse.
Ainsi, si l’attaque s’étend à l’Iran, le passage par Bab el-Mandeb serait sans doute décalé de plusieurs mois, entraînant une inflation importée instantanée couplée à une hausse des prix du pétrole, étant donné que 20% du pétrole mondial transite par le Moyen-Orient (détroit d’Hormuz et Bab el-Mandeb), un facteur particulièrement impactant pour un pays comme le Maroc.
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