Terrorisme : quand des produits du quotidien deviennent des armes meurtrières
Au Maroc, l'affaire de la "cellule des trois frères", démantelée à Had Soualem, remet la lumière sur une obsession des forces de l'ordre : prévenir le détournement de produits anodins vers un usage terroriste.
La prévention de l’utilisation à des fins criminelles de produits de grande consommation constitue un défi majeur pour les autorités à l’échelle mondiale. Cette problématique se pose également au Maroc, comme en témoigne l’affaire de la cellule terroriste dite des "trois frères", démantelée fin janvier par le BCIJ à Had Soualem.
Nitrate d’ammonium, bicarbonate de sodium, white spirit, charbon, raticide, clous… Voici une liste non exhaustive des produits saisis dans les domiciles des suspects. Les enquêteurs pensent qu’ils étaient destinés à la fabrication de cocktails meurtriers pour un attentat imminent. Ils sont pourtant, tous, facilement accessibles en quincaillerie.
"L'expertise scientifique réalisée par le Laboratoire national de police scientifique a confirmé que l’ensemble de ces produits sont utilisés dans la préparation et la fabrication de dispositifs explosifs traditionnels et dangereux, parfois plus meurtriers que d’autres types d’explosifs", explique Abderrahmane El Yousfi Alaoui, préfet de police et chef de la division technique et de la gestion des risques à la direction de la Police judiciaire, lors d'une conférence de presse le 31 janvier.
L’objectif de la cellule était de maximiser les dommages humains et matériels. D’où l’utilisation de clous et de poison pour rats, qu’ils prévoyaient d’insérer dans les dispositifs explosifs afin d’augmenter leur létalité et de causer davantage de victimes, qu’il s’agisse de morts ou de blessés, tout en amplifiant les dégâts matériels.
"La gravité de cette cellule réside dans le fait que les substances analysées sont essentielles à la fabrication de divers dispositifs explosifs, tant par leur composition, leur sensibilité, leur dangerosité que par leur puissance explosive, ce qui augmente considérablement les destructions potentielles en cas d’explosion", ajoute Abderrahmane El Yousfi Alaoui. Mais le pire, c’est que "tous les matériaux et équipements nécessaires à la préparation et à l’exécution de cet acte terroriste étaient disponibles".
Il s’agit de "produits à usage dual". Bien qu’ils soient initialement destinés à des applications civiles (agriculture, industrie, médecine, etc.), leur utilisation peut être détournée à des fins criminelles, terroristes ou de sabotage, comme dans cette affaire qui a été déjouée grâce à la vigilance des services de la Direction générale de la Surveillance du territoire (DGST). Le préfet de police met ainsi en lumière un défi majeur pour la sécurité publique.
"Aujourd’hui, les produits et marchandises à double usage sont soumis à une réglementation spécifique, avec un contrôle coordonné avec les autorités territoriales compétentes", souligne Boubker Sabik, porte-parole de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) et de la Surveillance du territoire (DGST).
Cela n'empêche pas des contraintes propres à chaque affaire. "Dans le cas de la cellule de Had Soualem, ces individus ne se sont pas approvisionnés dans un seul magasin. L’un a acheté les clous dans un établissement, un autre le raticide dans un autre magasin. En quatre heures, nous avons découvert que les membres de la cellule s’étaient approvisionnés dans quatre magasins différents, répartis dans des zones distinctes", confie le responsable communication de la police. Il appelle donc à un "devoir de vigilance" de la part des gérants de quincailleries, les incitant à coopérer avec les forces de l’ordre et à signaler toute activité suspecte.
Mais les magasins ne sont pas les seuls points de vulnérabilité. "Nous avons découvert que des armes destinées aux arts martiaux étaient détournées pour des attentats terroristes. Même des restaurants et des hôtels peuvent importer des couteaux, avant que certains groupes ne détournent leur destination", ajoute Boubker Sabik.
Enfin, il rappelle que les "autorités ont déjà tiré la sonnette d’alarme et pris contact avec plusieurs institutions gouvernementales. Certains départements chargés d’importer certains produits ont même été sollicités pour renforcer la vigilance".
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