R&D, intégration locale et formation sont les principaux enjeux du secteur automobile (Conseil de la concurrence)
Dans sa deuxième monographie sectorielle dédiée au secteur de l’automobile, le Conseil de la concurrence analyse son évolution à l’échelle mondiale et nationale, mettant en avant les nouvelles tendances, les défis et les opportunités à saisir pour le Maroc. En voici les points saillants.
L’industrie automobile mondiale connaît une transformation profonde, marquée par des avancées technologiques majeures, des changements dans les habitudes de consommation et des impératifs environnementaux de plus en plus pressants.
Entre 2019 et 2023, le secteur a dû faire face à des défis considérables, notamment la crise sanitaire du Covid-19, qui a fortement "perturbé les chaînes d’approvisionnement et ralenti la production, avant d’amorcer une reprise progressive", souligne le Conseil dans le document publié le 31 janvier dernier.
L'automobile au Maroc, un secteur en pleine expansion
L'industrie automobile marocaine connaît une croissance exponentielle, consolidant son rôle central dans l'économie nationale et affirmant son positionnement stratégique à l’échelle africaine et mondiale. En 2023, le Maroc a produit 535.825 véhicules, dépassant ainsi la production de la Roumanie (513.050 unités), un pays considéré comme un acteur clé de l’industrie automobile en Europe, poursuit la même source.
Cette performance s’inscrit dans une dynamique ascendante amorcée après la pandémie de Covid-19, avec un potentiel de 700.000 véhicules produits annuellement, et l'ambition d’atteindre un million d’unités par an dès 2025, grâce aux investissements en cours.
Un hub industriel structuré et compétitif
Le succès du secteur automobile marocain repose sur un écosystème robuste, structuré autour de huit pôles majeurs dont deux constructeurs, Renault et Stellantis, et six écosystèmes spécialisés (câblage, intérieur de véhicule et sièges, métal/emboutissage, batteries automobiles, etc.). La mise en place de ces écosystèmes "a favorisé une meilleure intégration industrielle, renforçant la compétitivité et la réactivité des acteurs du marché".
Le pays a su attirer des investisseurs de premier plan, profitant d’une position géographique stratégique et d’un cadre fiscal incitatif. En effet, le Maroc est aujourd’hui le premier producteur de voitures particulières en Afrique et le deuxième marché automobile du continent, derrière l’Afrique du Sud.
Des performances record à l’exportation
L’essor de l’industrie automobile marocaine se reflète aussi dans les chiffres des exportations. En 2023, le secteur automobile est devenu le premier secteur exportateur du pays, dépassant le secteur des phosphates. Les recettes du secteur ont atteint un record de 141,7 milliards de DH, enregistrant une progression de +27,4% par rapport à 2022 (111,3 MMDH).
Les exportations marocaines de véhicules sont majoritairement destinées à l’Union européenne, où elles bénéficient d’une réputation de qualité. "Renault Maroc, par exemple, exporte 86% de sa production vers des marchés sophistiqués", souligne le Conseil.
Une industrie tournée vers l’avenir et la transition énergétique
Face aux exigences croissantes en matière de transition énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le Maroc s’engage à développer un écosystème dédié aux véhicules électriques. Actuellement, le pays bénéficie d’une croissance rapide des ventes de véhicules électriques, bien que ces derniers représentent encore une part modeste du marché.
Le Royaume attire de plus en plus d’investissements pour le développement d’usines de fabrication de batteries électriques, notamment en provenance de Chine et du Canada. En parallèle, 2.500 bornes de recharge pour véhicules électriques seront déployées d’ici 2026 afin d’accompagner cette transition.
L’impact économique et environnemental du secteur automobile
Outre son poids économique, l’industrie automobile au Maroc est un moteur clé de l’emploi, avec plus de 200.000 personnes travaillant dans ce secteur. L’essor de ce domaine contribue également à la réduction du déficit énergétique national grâce au développement de véhicules à faible consommation et à l’émergence de nouvelles technologies bas carbone.
Le transport reste néanmoins le deuxième secteur le plus polluant au Maroc, responsable de 23% des émissions de gaz à effet de serre. Pour pallier cette problématique, le Royaume mise sur un mix énergétique plus durable et sur une accélération de l’adoption des véhicules propres.
Perspectives d’avenir
Le Maroc continue d’affiner sa stratégie pour consolider sa place de leader industriel en Afrique et renforcer son attractivité auprès des investisseurs étrangers. Avec une capacité industrielle en forte expansion, des exportations en plein essor et une transition vers la mobilité électrique en marche, le secteur automobile marocain s’impose comme un acteur clé de la transformation du marché mondial de l’automobile.
L’enjeu sera désormais de renforcer l’innovation et la recherche & développement (R&D) dans le secteur, de favoriser l’intégration locale des nouvelles technologies et d’accélérer la formation des talents nationaux pour accompagner cette dynamique de croissance durable et compétitive, conclut-on.
À l'international, le secteur affiche une croissance modérée
La production mondiale de véhicules a ainsi connu une évolution modérée, passant de 91,8 millions d’unités en 2019 à 93,5 millions en 2023. La Chine s’est imposée cette année comme le premier producteur mondial avec 30,16 millions de véhicules, soit 32,2 % du total mondial, suivie de l’Union européenne avec 15,34 millions et des États-Unis avec 10,61 millions.
La production asiatique, qui regroupe notamment la Chine, le Japon, l’Inde et la Corée du Sud, domine désormais le marché mondial, représentant près de 60% de la fabrication de véhicules.
La production de l'Europe, bien qu’importante, affiche une croissance plus modérée, notamment en raison des réglementations environnementales et du basculement progressif vers l’électrification du parc automobile, fait observer le Conseil de la concurrence.
L’essor des véhicules électriques, nouveau moteur de croissance
Les véhicules électriques connaissent une progression fulgurante et constituent aujourd’hui le principal moteur de croissance du secteur. Ils sont en passe d’atteindre 18% des ventes mondiales, contre seulement 2% en 2018. Tesla et BYD dominent ce marché, tandis que des constructeurs traditionnels comme Volkswagen, Renault et General Motors accélèrent leur transition pour ne pas perdre de parts de marché.
La Chine s’est affirmée comme le leader incontesté des véhicules électriques, avec une part de marché de 32% en 2023 et plus de 9,5 millions de véhicules électriques vendus cette année-là. L’Union européenne, engagée dans une politique ambitieuse de réduction des émissions de carbone, a décidé d’interdire la vente des voitures thermiques neuves à partir de 2035, ce qui oblige les constructeurs à adapter rapidement leur production et leur offre commerciale, explique le Conseil de la concurrence.
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