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À Mohammédia, l’emblématique souk de Louizia a été définitivement fermé

Il comptait parmi les plus célèbres souks hebdomadaires du Maroc. Après quatre décennies d’existence, il a été définitivement sabordé sur décision des autorités. Au grand dam des commerçants, mais au grand bonheur des habitants de ce pôle urbain émergent situé à un jet de pierre de Mohammédia.

À Mohammédia, l’emblématique souk de Louizia a été définitivement fermé
La commune rurale de Louizia (Beni Yakhlef).
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Le 6 janvier 2025 à 18h29 | Modifié 8 janvier 2025 à 12h22

Souk El Had, Had Louizia, Souk Beni Yakhlef. Plusieurs dénominations pour ce marché hebdomadaire mythique qui se tenait depuis trente-huit ans dans la commune rurale de Beni Yakhlef, anciennement appelée Saint-Jean de Fédala.

Le dimanche 29 décembre 2024 était un jour mémorable, mais également triste pour les commerçants et les milliers de personnes qui affluaient vers ce souk pour rechercher une rare pièce de rechange, faire le plein de fruits et de légumes frais, s’habiller pour trois fois rien ou tout simplement manger des beignets et se dégourdir les jambes. Les inconditionnels des souks et des joutiyas sont légion, et ceux de Had Louizia ne dérogent pas à la règle.

Dans ce souk, célèbre au Maroc et même ailleurs, on trouvait de tout et on faisait commerce de tout. Le cash coulait à flots, et beaucoup de monde y trouvait son compte.

À Mohammédia, l’emblématique souk de Louizia a été définitivement fermé
L'annonce de la mise à mort du souk, à l'entrée de la commune de Beni Yakhlef.

Quelques jours avant la date fatidique du 29 décembre 2024, la commune de Beni Yakhlef a affiché une large banderole à l’entrée de la localité pour informer que le souk allait être fermé à la date indiquée. Une décision qui a plongé des milliers de commerçants dans le désarroi.

Une décision vieille de plusieurs années

Prise il y a déjà plusieurs années, la décision de saborder le souk de Louizia n’avait jamais été concrétisée. Jusqu’au mois de février 2024, quand le conseil communal a voté une résolution dans ce sens. Il a été décidé de déplacer ce souk dans la commune rurale de Sidi Moussa El Majdoub près de l’école agricole, et tout avait été préparé bien avant.

Un terrain de 11 hectares a été prévu pour les besoins de ce souk grâce à une convention multipartite impliquant les deux communes concernées, le conseil de la région de Casablanca-Settat et le ministère de l’Intérieur, avec un budget dépassant 10 millions de DH.

Les communes de Beni Yakhlef et de Sidi Moussa El Majdoub vont co-gérer le nouveau souk pendant une dizaine d’années avant que cette gestion ne soit assurée exclusivement par la deuxième.

Interrogé par Médias24, le président de la commune de Beni Yakhlef nous renvoie cette réponse laconique : "Écoutez, c’est une décision prise par les autorités locales et validée par la tutelle [ministère de l’Intérieur, ndlr]. Je n’ai rien à rajouter". Saïd Rafik (PAM) ne veut rien savoir d’autre quand on lui demande le sort qui sera réservé aux commerçants. Car ces derniers donnent de la voix depuis qu’ils ont eu vent de la décision de fermer leur souk.

Dans un mouvement de protestation massif, ils ont refusé de rejoindre le terrain qui leur a été réservé à Sidi Moussa El Majdoub, et nombre d’entre eux ont mis le cap sur Souk Swisra dans la commune rurale de Fdalate. Mais jusqu’à quand ?

Dimanche 5 janvier, des commerçants, dont certains n’étaient pas au courant de la décision des autorités, ont essayé de s’y rendre, en vain. Dès la veille, un important dispositif de forces de l’ordre avait été placé aux entrées de Beni Yakhlef et sur le désormais ex-emplacement du souk.

Les mégaphones se sont tus

Un responsable local, sous le sceau de l’anonymat, explique à Médias24 que la décision de fermer souk El Had a été accélérée par les autorités dans le cadre d’un plan global de réaménagement de l'ensemble de la préfecture de Mohammédia. "Il n’est plus tolérable de voir la situation générale de la ville et de sa banlieue se dégrader année après année, et il fallait appliquer la loi avec toute la fermeté nécessaire", affirme notre interlocuteur.

Quid alors des commerçants qui se plaignent d’avoir été obligés de se déplacer sur un site qui manque de tout en termes d’aménagement ? "Tout sera arrangé dans les meilleurs délais et nous allons y travailler d’arrache-pied", promet la même source.

Et qu’en pensent les habitants ? Interrogés par nos soins, beaucoup d’entre eux poussent un ouf de soulagement. "À Louizia, nous ne savions pas si nous vivions dans le milieu urbain ou rural, et ce sentiment se renforçait chaque dimanche", commente un habitant de Beni Yakhlef qui affirme qu’il a enfin pu faire la grasse matinée le 5 janvier.

Source de revenus pour des milliers de personnes, le souk était vécu comme un calvaire pour les habitants. Chaque dimanche, il était impossible de quitter la commune entre 11 h et 17 h. La circulation était bloquée sur tous les axes envahis par les commerçants. Des mégaphones branchés à des enregistrements braillaient des réclames toute la journée. Toutes sortes de déchets s’amoncelaient ici et là et, le soir venu, les travailleurs de la commune, dépassés, les brûlaient sur place. Mais il y a pire. Ces dernières années, de nombreux commerçants commençaient à s’installer sur place dès le samedi après-midi, notamment les marchands de friperie et les gargotiers.

"Pendant le Ramadan, c’est souk tous les jours dès 14 h ou 15 h, et c’est devenu invivable", commente une jeune habitante de cette commune de 117.649 habitants selon les RGPH de 2024, qui fait office de petite cité-dortoir de Mohammédia. "J’en ai fait à maintes reprises l’expérience. Les légumes et les fruits sont moins chers dans les marchés de Mohammédia. Que nous apporte alors ce souk à part les odeurs nauséabondes, entre autres nuisances ?", s’interroge la jeune femme.

Effectivement, l’une des nuisances de ce souk était que l’abattoir, n’étant relié à aucun réseau d’assainissement, déversait directement ses eaux usées sur la chaussée de la route traversant la commune de bout en bout. Pendant l’été, on vous laisse imaginer le calvaire du voisinage, et il fallait y patauger les saisons suivantes.

Mais, que cela fasse des heureux ou des mécontents, Souk El Had avec ses commerçants accueillants et honnêtes, ses charlatans et ses armées de pickpockets et de mendiants, c'est désormais de l’histoire ancienne.

Les pelleteuses sont passées par là. Dès le lundi 30 décembre 2024, les autorités en ont rasé les vestiges, préparant le terrain, espèrent les habitants, à d’autres travaux de réaménagement.

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