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ECONOMIE

Au Maroc, l'IA fait une entrée timide dans le secteur du textile

Différents opérateurs du secteur sondés par Médias24 affirment que l'intelligence artificielle fait, timidement, son entrée dans le textile marocain. Un potentiel encore sous-exploité qui ne modifiera pas grandement la structure de l'emploi. L'impact sera surtout ressenti dans les segments ultra-standardisés, comme les chaussettes ou la chaussure, où le renouvellement n'est pas tout le temps recherché.

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Le 3 décembre 2024 à 15h30 | Modifié 23 décembre 2024 à 15h30

Après un focus sur l'IA dans l'imagerie médicale et l'offshoring, nous nous tournons vers le secteur du textile où l'intelligence artificielle fait aujourd'hui une entrée timide, d'après trois opérateurs du secteur joints par nos soins.

"L'intelligence artificielle dans le textile marocain demeure très faiblement intégrée", affirme ainsi Karim Tazi, patron de l'enseigne Marwa et ancien président de l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (AMITH).

"Il y a des petits projets initiés dans ce sens, mais il n'y en pas beaucoup. À l'ESITH par exemple, nous avons récemment intégré une ligne de confection smart, qui permet de gérer la chaîne de transformation par l'utilisation des capteurs RFID qui nous renseignent de manière continue sur le rendement, sur l'avancement et sur la qualité des produits finis qui peut être aussi évaluée par des outils qui font appel à l'intelligence artificielle. Ce projet nous permettra de gérer une chaîne de production, notamment la confection, activité principale exercée dans le secteur", précise Omar Cherkaoui, directeur R&D, à l'École supérieure des industries du textile et de l'habillement (ESITH).

"L'ESITH a aussi créé le laboratoire d'ingénierie sur le numérique avancé pour apporter des solutions intelligentes à notre secteur dans les différents segments, autres que la confection, notamment la filature, le tissage, le tricotage et le finissage".

Nous ratons ce potentiel qu'offre l'IA

Les industriels marocains du textile sont désormais conscients de la valeur ajoutée que peut apporter l'intégration de l'intelligence artificielle, souligne Omar Cherkaoui.

"Les industriels, soucieux d'une meilleure traçabilité et crédibilité et à l'affut d'une qualité constante, portent de l'intérêt à l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, nous avons compris qu'à travers l'intelligence artificielle, nous pouvons aussi nous inscrire dans un développement durable. Pour qu'on puisse aller vers un processus qui respecte le développement durable, la partie sociale doit être étudiée de manière responsable pour choisir les matériaux qui ont une empreinte carbone la plus basse possible, ce qui ne peut se faire qu'à travers des outils qui intègrent l'IA".

Un potentiel qui est sous-exploité, estime de son côté Karim Tazi. "Nous ratons ce potentiel qu'offre l'IA pour différents usages, allant des tâches plus simples comme la classification des documents à la gestion  des tâches répétitives, en passant aussi par la création. Sur ce volet, il existe par exemple des assistants IA à la création comme la plateforme Midjourney".

"L'IA peut être également exploitée sur la partie production, avec des machines assistées par l'intelligence artificielle, comme les machines à coudre qui peuvent nous faire gagner plusieurs heures de réglage et passer plus facilement d'un modèle à l'autre. Ce type de machines est révolutionnaire à un moment où la mode devient de plus en plus volatile et où les usines sont conditionnées par des délais de plus en plus serrés".

"Par ailleurs, les équilibrages de chaîne de production peuvent désormais être faits par l'intelligence artificielle. Quand vous prenez un modèle X, il vous faut trois ouvriers sur une typologie de machines, quatre sur une autre... L'intelligence artificielle peut vous aider à équilibrer vos temps de montage. Elle peut donc être d'une grande utilité permettant d'analyser l'efficience en temps réel de votre production".

Quel impact sur l'emploi ?

Le secteur du textile est un important pourvoyeur en main-d'œuvre. En chiffres, cette industrie représente l'équivalent de 1.600 entreprises, soit 18% du tissu industriel marocain, et de 235.000 salariés en 2024.

Comment l'intégration de l'IA, aussi timide qu'elle soit, impactera-t-elle donc les emplois dans le textile marocain ?

Pour Abderrahmane Atfi, ex-président régional pour Casablanca de l'AMITH, l'impact sera surtout ressenti dans les segments ultra-standardisés, comme les chaussettes ou la chaussure, où le renouvellement n'est pas tout le temps recherché.

"L'IA est intégrée aujourd'hui dans l'industrie marocaine du textile dans certaines parties, à l'instar de l'exploitation de la data et de l'amélioration des systèmes de production. Malgré les modifications qu'entraînera l'intelligence artificielle dans les années à venir, la main-d'œuvre du textile, au Maroc comme ailleurs, ne risque pas d'être remplacée. Une intégration de l'IA dans la chaîne entière de valeur textile impliquera des investissements majeurs qui ne seront pas forcément rentabilisés, vu la volatilité de la mode".

"Cela dit, les seuls segments où l'IA modifiera peut-être, dans l'avenir, la structure de l'emploi, sont les segments ultra-standardisés axés sur la production massive, où le renouvellement des modèles suivis n'est pas tout le temps recherché, à savoir les chaussettes, les chaussures ou encore les t-shirts standard", précise Abderrahmane Atfi.

Les métiers très faiblement qualifiés et répétitifs peuvent être effectivement menacés par l'IA

"Les métiers sont en train de changer aujourd'hui. Ils ne vont plus dépendre exclusivement de la main-d'œuvre, c'est sûr. La robotique et l'IA vont permettre à tout type d'entreprises de gagner en efficience. Déjà que l'industrie souffre aujourd'hui du turnover (renouvellement du personnel) et de l'absentéisme, qui, parfois peuvent pénaliser l'entreprise qui a un engagement à remplir en matière de délais", reprend Omar Cherkaoui.

"La main-d'œuvre aura toujours une place pour accomplir certaines opérations qui ne peuvent être automatisées. Il ne s'agit pas d'une substitution, mais plutôt d'une assistance par l'IA pour aider le travailleur à être plus précis et plus performant, et pour éviter l'erreur humaine qui peut nous coûter beaucoup de temps et d'argent", détaille ce dernier.

Le patron de l'enseigne Marwa estime de son côté que les métiers faiblement qualifiés et répétitifs sont les plus menacés par l'IA.

"Les métiers très faiblement qualifiés et répétitifs peuvent être effectivement menacés par l'IA. Nonobstant, nous ne pouvons pas nous isoler et renoncer à ce virage technologique afin de préserver certains emplois. L'IA, les automates, la robotique... toutes ces nouvelles technologies sont aujourd'hui la base de la compétitivité. Nos concurrents, notamment les pays asiatiques, sont déjà très avancés là-dessus. Il faut donc penser création de valeur ajoutée au même titre que ces pays, ce qui ne peut que se traduire par de nouvelles dynamiques d'emploi", conclut l'opérateur.

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Le 3 décembre 2024 à 15h30

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