Sécheresse. Le bassin d’Oum Er-Rabia est le plus impacté, voici pourquoi
Particulièrement affecté par un déficit de précipitations, le bassin hydraulique de l'Oum Er-Rabia doit également faire face à une demande en eau croissante, due à l'intensification de l'agriculture et à l'expansion urbaine au cours des 20 dernières années.
Il n’y a pas si longtemps, le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rabia (BHOER) était considéré comme l’un des principaux châteaux d’eau du Maroc. Cependant, la sécheresse persistante et l’activité humaine ont inexorablement contribué à l'épuisement de ses ressources. Parmi les dix bassins hydrauliques du Royaume, l’Oum Er-Rabia est le seul à avoir enregistré un déficit au cours de l’année écoulée.
L'équilibre déjà fragile entre la demande et l'offre hydriques s'est progressivement effondré, entraînant des coupures d'eau fréquentes dans les villes et localités alimentées par ce bassin. L'agriculture en fait également les frais. En attestent les récentes campagnes oléicoles, largement en deçà des espérances.
Dans l’attente de conditions climatiques plus clémentes, le ministère de l’Équipement et de l’eau a mis en place un plan d’action axé sur une gestion optimisée des ressources existantes. Une nécessité pour faire face à l’important recul du niveau des eaux du bassin de l’Oum Er-Rabia, qui ne dispose actuellement que d’environ 240 millions de mètres cubes, contre 4,45 milliards de mètres cubes en 2010.
De fait, deux des trois plus grands barrages du pays, Bin El Ouidane et Al Massira, cumulent à peine 120 millions de mètres cubes sur une capacité de stockage de 3,8 milliards de mètres cubes.
L’Ighil M’Goun et l’Oum Er-Rabia
Situé au centre-ouest du Royaume, le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rabia s’étend sur 35.000 km². À l’est, il est délimité par les montagnes du Moyen et du Haut-Atlas. A 4.071 mètres d’altitude, l’Ighil M'Goun en est le point culminant. Plus haut sommet du Maroc, après le Toubkal (4.167 m) et l’Ouanoukrim (4.089 m), l’Ighil M’Goun est la principale source d’approvisionnement en eau pour les zones en aval.
Il influence l’hydrologie et l’écologie de l’ensemble du bassin, dont le réseau hydrographique est dominé par le fleuve Oum Er-Rabia, long de 550 km. Il prend sa source dans le Moyen-Atlas avant de se déverser dans l’océan Atlantique. Le bassin est également alimenté par de nombreux affluents, tels que les rivières Tassaout, El Abid, Lakhdar et Melloul.
Mais aussi les Asifs Ouamana, Srou, Chbouka, Ouirine, Gzef, El Touim et Faragh. Des cours d’eau qui traversent quinze structures hydriques, dont Bin El Ouidane, Ahmed El Hansali et Al Massira. Des barrages essentiels à la production de l’énergie hydroélectrique, à l’approvisionnement en eau potable et surtout à l'irrigation des terres agricoles.
Construit dans les années 1950, le barrage Bin El Ouidane était un symbole de la politique du Maroc pour lutter contre la sécheresse. Au même titre que celui d’Al Massira. Aujourd’hui, les ambitions de développement économique à travers le tourisme et l’agriculture ont été mises en suspens pour assurer l’approvisionnement en eau potable. Et pour cause, les réserves de ces retenues artificielles d’eau ont grandement décliné.


Inefficacité hydrique et pression anthropique
Les raisons derrière la baisse de l’offre hydrique dans le bassin de l’Oum Er-Rabia sont multiples. Aux taux d'évaporation élevés, compris entre 1.600 et 1.800 mm par an, s’ajoutent "des rendements des réseaux de distribution qui ne dépassent pas 70 % dans la plupart des centres urbains et des pertes d'eau au niveau des réseaux d'irrigation supérieures à 40%”, selon le ministère de l’Equipement et de l’eau.
Plus important encore, après les sécheresses de 2005, 2010 et 2022, “l’année hydrologique 2022-2023 a enregistré un déficit de précipitations de 38% par rapport à la moyenne annuelle, ce qui a eu un impact négatif sur les apports en eau des barrages, avec un déficit de 69 %”, précise la même source.
Evolution de la sécheresse (en rouge) dans le bassin hydraulique d'Oum Er-Rabia

En outre, une récente étude atteste que le stress hydrique s'intensifie depuis 20 ans dans ce bassin à mesure que les superficies irriguées et les zones urbaines s'étendent, "en particulier dans les parties ouest et sud du bassin, où l'intensité de la croissance urbaine semble s'accélérer avec le temps. Des augmentations substantielles des zones construites étant observées entre 2010 et 2022 par rapport à la décennie précédente", soulignent ses auteurs.
D’un côté, l'utilisation accrue de l'irrigation et des cultures à haute valeur ajoutée mais qui nécessitent d'importantes quantités d'eau, contribue au stress hydrique au sein du bassin. Tout en épuisant et polluant les nappes phréatiques à raison de 50.000 tonnes de nitrates par an. De l’autre, l'urbanisation a aggravé la pénurie d’eau en réduisant la recharge des aquifères et en augmentant le ruissellement de surface par manque de végétation.
En conséquence, les coupures d’eau potable sont fréquentes dans des villes comme Béni Mellal. Le secteur agricole est également fortement impacté, puisque la dotation à partir des barrages dans la région de Béni Mellal-Khénifra n’a pas dépassé les 60 millions de mètres cubes lors de la campagne agricole précédente.
De fait, seulement 205.000 hectares ont été irrigués sur les 721.000 ha inscrits au programme d’assolement par la Direction régionale de l’agriculture de Béni Mellal-Khénifra. Les rendements des cultures, notamment arboricoles, ont pareillement été affectés. L’impact est tel que le prix de l’huile d'olive dépasse désormais les 110 DH le litre pour la deuxième année de suite.
Planification urbaine et développement de l’offre
Idéalement, le retour des années pluvieuses ferait le plus grand bien au bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia. Mais pour l’heure, plusieurs mesures ont été prises pour surmonter la crise hydrique qui y sévit. Les ressources du bassin OER “seront renforcées avec un volume supplémentaire compris entre 400 et 500 millions de mètres cubes par an en provenance du bassin du Sebou”, assure le ministère de l’Equipement et de l’eau.
Le plan d’action du ministère vise aussi à améliorer la capacité de stockage de l'eau d'environ 2 milliards de mètres cubes au niveau des principaux affluents de l'Oued Oum Er-Rabia. Au programme également, une réduction de 10 % du taux d'envasement des barrages d'ici 2050.
En matière de gestion de la demande en eau, il s’agira de réduire les besoins agricoles à travers l'irrigation au goutte-à-goutte, l’amélioration de l'efficacité des réseaux de transport et de distribution d'eau potable pour atteindre au moins 80 % de rendement. Pour ce qui est de la préservation des ressources en eau, le ministère s’est principalement donné pour mission de réduire de 50 % le déficit des eaux souterraines d'ici 2030 pour atteindre l'équilibre d'ici 2050.
Enfin, en termes de planification urbaine, les auteurs de l’étude susmentionné préconisent “l'intégration des infrastructures vertes pour atténuer les effets de la réduction de l'infiltration et de l’augmentation du ruissellement, renforçant ainsi la résilience urbaine face à la sécheresse”.
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