Staffan de Mistura a perdu la confiance du Maroc (Analyse)
Après trois ans au poste d’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura n’a aucune sorte de bilan à présenter. À la place, il exhume une vieille option pour chercher une sortie par la petite porte. Sa crédibilité en prend un coup et pas seulement auprès des Marocains.
Le 6 octobre 2024, soit à quelques jours de son briefing devant le Conseil de sécurité, Staffan de Mistura a bouclé trois ans au poste d’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara.
Dans son rapport de 2023, Antonio Guterres insistait sur la reprise, dans les plus brefs délais, du processus des tables rondes pour faire progresser la recherche d’une solution à ce conflit régional vieux de près d’un demi-siècle.
Staffan de Mistura a été incapable d’amener les parties à reprendre le chemin des négociations, processus interrompu en mars 2019 après deux rounds. L’Algérie s’y oppose, clamant qu’elle n’était pas partie prenante dans ce différend régional alors qu’elle en est le principal protagoniste et instigateur. Un rôle que semble minimiser le haut diplomate onusien.
Que fait alors de Mistura devant le Conseil de sécurité ? Faute d’un bilan, il exhume une vieille option datant de 22 ans et qui a été enterrée sitôt mise sur le tapis : la partition du Sahara, une idée de feu Abdelaziz Bouteflika relayée par James Baker.
Staffan de Mistura va jusqu’à poser une sorte d’ultimatum aux parties. Faute d’un progrès dans les six mois à venir, il pourrait rendre le tablier.
Pourtant, il sait que le seul progrès possible est que les parties au conflit se retrouvent autour des tables rondes pour trouver une issue et sur la base du plan d’autonomie avancé par le Maroc, en total respect de son intégrité territoriale, et jouissant du soutien d’une grande partie de la communauté internationale, dont deux membres permanents du Conseil de sécurité : les États-Unis et la France.
À Rabat, la diplomatie marocaine réagit en réaffirmant que l’intégrité territoriale du Maroc et son unité sont des lignes rouges. Nasser Bourita avait eu une réponse similaire lorsque Staffan de Mistura avait évoqué la question de la partition en avril dernier, lors d’un déplacement au Maroc. Le Royaume n’avait pas réagi de manière officielle à l’époque.
"C’était un non-événement. Il ne faut pas tomber dans le piège et focaliser sur cette histoire de partition au moment où le Royaume engrange soutien après appui à son plan d’autonomie", avertit un ancien diplomate qui suit l’évolution du conflit depuis le début.
Il ne faut pas tomber dans le piège et focaliser sur cette histoire de partition au moment où le Royaume engrange soutien après appui à son plan d’autonomie
En plus de cette vieillotte histoire de partition, Staffan de Mistura a trouvé une autre parade à ses échecs en demandant au Maroc de "développer" son plan d’autonomie.
"Le Maroc développera son plan au moment où les autres parties accepteront de revenir à la table des négociations. Quand il a présenté son plan d’autonomie, le Royaume a affirmé qu’il s’agissait d’une mouture négociable", commente l’ancien diplomate.
D’ici là, et au cas où par miracle Staffan de Mistura arriverait à convaincre l’Algérie de reprendre le chemin des tables rondes, quelle serait l’attitude de Rabat envers l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU?
"Il y aura de la méfiance, mais le Maroc continuera à traiter avec De Mistura comme un haut fonctionnaire onusien. Notre pays respecte les usages diplomatiques à la règle", répond notre interlocuteur qui rappelle comment la page d’un autre incident avec De Mistura avait été tournée, après un ferme rappel à l’ordre de Rabat.
Le Maroc développera son plan au moment où les autres parties accepteront de revenir à la table des négociations
C’était en janvier dernier quand l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU était parti en Afrique du Sud, l’un des principaux et derniers soutiens des séparatistes sur le continent, évoquer le dossier du Sahara. "Qu’il aille sur la planète Mars !", avait réagi Nasser Bourita en rappelant que l’Afrique du Sud n’avait aucun droit au chapitre concernant ce conflit, dont la solution se trouve entre les mains de l'ONU. Et à Alger.
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