Habillement : la friperie, les sites de vente chinois et l'inflation freinent la reprise du secteur
Les ventes de vêtements au Maroc accusent une baisse depuis 2019 en raison de l'augmentation des prix liée à l'inflation. Les consommateurs se tournent vers la friperie et les sites de vente chinois qui fournissent le réseau de distribution local. Ce dernier demeure à 95% alimenté par l'informel, d'après des acteurs du secteur sondés par Médias24.
Tout comme les autres secteurs, l'habillement n'a pas échappé à l'inflation et à la hausse des prix après la crise du Covid-19. Malgré la légère baisse de l'indice national des prix à la consommation des articles d'habillement et chaussures du HCP enregistrée en juillet 2024 (-0,1% par rapport à juin 2024), les coûts avaient continuellement augmenté depuis trois ans, comme en témoignent les indices mensuels.
Une hausse des coûts qui ne peut être sans conséquence sur la consommation de l'habillement par les Marocains. Pour en saisir l'impact, Médias24 a sollicité deux acteurs du secteur.
"2024 n'est pas une bonne année pour la consommation locale de l'habillement"
"En général, la baisse du pouvoir d'achat commence par impacter les produits qui ne sont pas de première nécessité, notamment l'équipement de la personne (vêtements, produits de beauté...) et l'équipement de la maison (ameublement, électroménager...). C'est ce qui explique la baisse du commerce de détail ayant affecté ces secteurs depuis la crise du Covid", explique à Médias24 un important industriel du textile.
"Par rapport à 2019, qui demeure l'année de référence pour tous les commerçants, 2024 n'est pas une bonne année pour la consommation locale de l'habillement, malgré la légère reprise constatée en août suite à l'arrivée massive des Marocains du monde qui s'achètent des vêtements pour eux-mêmes et versent de l'argent à leurs familles. Il faut bien sûr attendre le dernier quadrimestre pour avoir les résultats définitifs de l'exercice 2024".
Le président régional pour Casablanca de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), Abderrahmane Atfi, va dans le même sens : "L'inflation a fait que les produits de première nécessité ont été priorisés par rapport aux produits dit secondaires comme l'habillement. Si les consommateurs marocains n'ont pas complètement arrêté l'achat des articles d'habillement, les distributeurs constatent néanmoins que leurs ventes ont baissé".
Friperie et sites de vente chinois : coups de cœur des consommateurs fidèles
D'où proviennent aujourd'hui les vêtements achetés par ces Marocains qui n'ont pas renoncé à leur consommation ? C'est la question que nous avons posée à nos deux interlocuteurs.
"Nous constatons la montée en puissance de la consommation de la friperie destinée aujourd'hui presque entièrement au commerce, alors que seulement 20% des fripes importées peuvent être revendues, selon la loi en vigueur. Cette loi prévoit en effet que 80% des habits d'occasion importés soient exploités en faveur des associations à but non lucratif ou à des fins de recyclage en vue d'en extraire les fils qui serviront plus tard à la production de vêtements neufs", décrit l'industriel du textile.
"Pire, la friperie est détournée par certains commerçants qui importent des marques neuves, mais les déclarent comme étant des produits de la friperie pour échapper aux droits de douane, payant seulement 6 dirhams le kilo, tarif correspondant aux droits de douane à l'importation des fripes. C'est une concurrence déloyale massive pour l'industrie nationale", déplore ce dernier.
"Le réseau de distribution local est alimentée à 95% par l'informel"
"Le réseau de distribution de l'habillement est alimenté à 95% par l'informel, que ce soit au niveau de l'importation ou encore de la production locale. Hormis le détournement de la friperie, l'informel provient également des sites chinois, des importations de contrebande et de la production informelle locale. La douane est aujourd'hui très vigilante, intensifiant les saisies d'articles d'habillement de contrefaçon", relève notre interlocuteur.
"L'habillement marocain qualitatif et compétitif aura toujours du succès. Pour accélérer son développement, la réduction de la concurrence déloyale est une nécessité. Il en va d'ailleurs de même pour les autres secteurs industriels".
"Intégrée surtout dans la maille et la jeanerie, l'offre marocaine de l'habillement n'est malheureusement plus majoritaire, à cause des alternatives informelles d'achat, souvent moins chères. Il s'agit notamment de sites chinois, tels que Temu ou SheIn, et de la friperie qui perturbent l'offre locale, exposée en outre à une concurrence déloyale à cause des offres turques et égyptiennes plus avantageuses et du détournement des origines des articles", conclut pour sa part le président régional pour Casablanca de l'AMITH.
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