Chiens errants. 80 MDH pour la construction et l’équipement de dispensaires animaliers
La prolifération des chiens errants représente un défi de taille auquel font face de nombreuses villes au Maroc, impactant à la fois la santé publique, la sécurité des citoyens et l'image du pays. Face à ce fléau, le ministère de l'Intérieur a mis en place une stratégie multidimensionnelle visant à gérer ce phénomène de manière durable. Entretien.
Dans un contexte où la prolifération des chiens errants pose des enjeux sanitaires, sociaux, et d'image pour le pays, le ministère de l'Intérieur a mis en place une stratégie multidimensionnelle. Cette approche intègre à la fois des mesures d'infrastructure, des mécanismes de financement et des réformes juridiques, visant à contenir et gérer ce phénomène de manière durable.
Afin de mieux comprendre les initiatives en cours et les défis rencontrés, Médias24 s’est entretenu avec Mohammed Roudani, chef de la Division de l'hygiène et des espaces verts à la Direction des services publics locaux du ministère de l'Intérieur, pour discuter des actions en cours et des perspectives d'avenir dans la lutte contre l'errance des chiens.
Médias24 : Quelle est l'ampleur actuelle du problème des chiens errants au Maroc, et quelles régions sont les plus affectées ?
Mohammed Roudani : L'errance des chiens est l’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontées de nombreuses communes au Maroc. Bien que toutes les régions soient affectées par ce phénomène, il est observé à un moindre degré dans les régions du Sud marocain.
- Quelles sont les principales causes de la prolifération des chiens errants au Maroc selon vous ?
-Plusieurs causes expliquent la prolifération des chiens errants au Maroc. L'accès des chiens errants à la nourriture joue un rôle important. De plus, les opérations de ramassage de ces animaux ne sont pas effectuées de manière systématique et durable dans de nombreuses communes. L'absence de refuges animaliers au sein de ces mêmes communes contribue également à l'ampleur du problème.
- Quels sont les efforts actuellement déployés par les autorités locales et nationales pour gérer la population de chiens errants ?
-Pour une gestion durable de la problématique des chiens errants, plusieurs actions ont été entreprises par le ministère de l’Intérieur, en collaboration avec la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT), parmi lesquelles :
- La signature, en 2019, d’une convention de partenariat entre le ministère de l’Intérieur (DGCT), le ministère de la Santé et de la protection sociale, l’ONSSA et l’Ordre national des médecins vétérinaires. Le principal objectif de cette convention est la mise en place de la méthode TNVR (Trap-Neuter-Vaccinate-Return) ;
- La diffusion de plusieurs circulaires (n°12059 du 28 juin 2019, n°3933 du 20 février 2020, n°16212 du 12 octobre 2021 et n° 6973 du 10 avril 2023) invitant les autorités locales et les communes à mettre en œuvre les dispositions de la convention précitée, notamment :
- L’interdiction de l’utilisation des armes à feu et de la strychnine pour lutter contre l’errance des animaux ainsi que l’interdiction de la capture des chiens identifiés par des boucles d’oreilles qui font partie du programme TNVR ;
- L’incitation des communes à adopter la méthode TNVR ;
- La sensibilisation des associations de protection des animaux qui adoptent le TNVR sur la nécessité de coordonner leurs actions avec les communes et les autorités locales.
- L’accompagnement de nombreuses collectivités pour l’acquisition des véhicules équipés de cages et pour l’achat de petits matériels de capture des chiens errants. L’enveloppe budgétaire mobilisée durant les cinq dernières années est de l’ordre de 70 MDH ;
- L’accompagnement de nombreuses collectivités pour la construction et l’équipement des dispensaires animaliers qui disposent des salles opératoires pour la stérilisation des chiens errants (Rabat, Salé, Temara, Kénitra, Casablanca, Oujda, Tanger, Marrakech, Agadir, Oued Eddahab, Beni Mellal, Khémisset, Ifrane, Sidi Slimane, Ouezzane…). D’autres projets sont en cours d’examen. L’enveloppe mobilisée jusqu’à fin juillet 2024 est de 80 MDH ;
- Le lancement d’un projet de recherche avec l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (IAV), sur 3 ans (2023-2025), qui vise le recensement de la population canine errante au niveau national et la lutte contre la rage à travers la vaccination de ces animaux par voie orale ;
- La mise en œuvre du programme (2019-2025) qui vise la création de 130 bureaux communaux d’hygiène (BCH) dans le cadre de Groupements de collectivités territoriales, au profit de 1.244 communes relevant de 53 provinces pour un coût global de 1.044 MDH. La création des dispensaires animaliers et des centres antirabiques pour la prise en charge des personnes exposées à la rage constitue une composante principale de ce programme. Chaque BCH sera doté de 2 médecins, 2 infirmiers, 2 techniciens d’hygiène et d’un médecin vétérinaire qui se chargera de la gestion du dispensaire animalier et de la supervision des opérations de stérilisation des animaux.
- Comment évaluez-vous l'efficacité des campagnes de stérilisation et de vaccination menées jusqu'à présent ?
-Je pense qu’il est encore trop tôt pour évaluer l'efficacité des campagnes de stérilisation et de vaccination des chiens errants. Actuellement, le seul dispensaire animalier opérationnel est celui de Rabat, tandis que les autres refuges ou dispensaires animaliers, comme ceux de Casablanca, Tanger, Agadir, Marrakech, Oujda, et Ifrane, sont encore en cours de construction. L'adoption de la méthode TNVR nécessite la mise en place d'une infrastructure adaptée, incluant des fourrières animalières équipées de blocs chirurgicaux pour la stérilisation des chiens.
- Quel rôle peut jouer la législation dans la gestion des chiens errants, et y a-t-il des réformes législatives en cours ou envisagées ?
-Un projet de décret d'application de la loi 56.12 relative à la protection des personnes contre les risques des chiens a récemment été élaboré et finalisé. Ce projet de décret prévoit des dispositions permettant une meilleure gestion de la population canine errante, tout en respectant le bien-être animal.
- Quels sont les impacts sanitaires et sociaux des chiens errants sur les communautés locales ?
-Les chiens errants constituent une source de nuisance qui perturbe la quiétude des citoyens et ternit l'image du pays. Au-delà de ces aspects, l'augmentation des cas de morsures ou griffures par ces animaux au cours des dernières années accroît le risque de transmission de la rage, une maladie extrêmement infectieuse et mortelle, avec une moyenne annuelle de 20 décès humains. En outre, les chiens errants sont également responsables de la transmission de kystes hydatiques et de la leishmaniose viscérale, des zoonoses majeures au Maroc qui touchent plusieurs régions du pays.
- Y a-t-il des initiatives de collaboration entre les autorités et les organisations non gouvernementales pour traiter ce problème ?
-La convention de partenariat signée en 2019 entre le ministère de l’Intérieur (DGCT), le ministère de la Santé et de la protection sociale, l’ONSSA et l’Ordre national des médecins vétérinaires inclut des axes de collaboration entre les autorités et les organisations non gouvernementales pour traiter ce fléau.
- Quelles solutions durables préconisez-vous pour résoudre le problème des chiens errants à long terme ?
-Pour résoudre durablement le problème des chiens errants, il est essentiel de poursuivre l'accompagnement financier, technique et juridique des collectivités pour la réalisation des projets initiés par la DGCT, visant la construction et l’équipement des dispensaires animaliers nécessaires à la mise en œuvre de la méthode TNVR. De plus, il convient de continuer à soutenir la création, l’équipement et la modernisation des souks hebdomadaires, des abattoirs de viandes rouges et des décharges publiques, ainsi que l'amélioration des conditions d’hygiène au sein de ces équipements communaux, qui constituent des sources de nourriture pour les chiens errants et favorisent leur prolifération. Renforcer la collaboration entre les autorités, les collectivités et les associations de protection des animaux est également crucial pour une gestion durable et efficace de ce problème. Enfin, il est important d’intensifier la sensibilisation des citoyens sur la problématique des chiens errants, les risques sanitaires qu'ils engendrent, et les meilleures pratiques pour une gestion durable de ce fléau.
-0O0-
Médias24 a réalisé deux reportages sur la situation des chiens errants, en se focalisant sur les dispensaires animaliers de Rabat et de Tanger. Ces reportages offrent un aperçu des actions entreprises sur le terrain pour gérer cette problématique.
À découvrir
à lire aussi
Article : Sahara : l'UE juge l'autonomie sous souveraineté marocaine comme la solution “la plus réalisable”
L'Union européenne a affiché jeudi 16 avril 2026 à Rabat une position nettement plus explicite sur le Sahara marocain, en estimant qu'"une autonomie véritable" sous souveraineté marocaine pourrait constituer "une solution des plus réalisables" pour clore ce différend régional.
Article : DGI. Facturation électronique : lancement en préparation, les détails avec Younes Idrissi Kaitouni
Validation en temps réel, rôle central de la DGI dans la circulation des factures, intégration des systèmes d’information et contrôle renforcé des délais de paiement… La réforme de la facturation électronique se précise, avec un déploiement progressif et un écosystème en cours de structuration.
Article : Réduction des effectifs d’ingénieurs chez Renault. Première réaction de Renault Maroc
En annonçant une réduction de ses effectifs d’ingénieurs dans ses centres de recherche et développement, Renault fait naître des interrogations au Maroc, où le groupe vient de lancer un nouveau centre d’ingénierie en 2025.
Article : Dans le Haut Atlas marocain, l’Observatoire de l’Oukaïmeden se veut un hub scientifique mondial
Derrière ses dômes blancs, l’Observatoire de l’Oukaïmeden s’est mué en quelques années en une véritable machine à découvertes. Fort de plus de 4.700 objets célestes identifiés et de collaborations internationales de haut niveau, il s’affirme désormais comme une infrastructure stratégique, à la croisée de la recherche, de la technologie et de la souveraineté scientifique. Et ce n'est qu'un début.
Article : Dakhla : un mégaprojet de datacenters verts de 500 MW lancé pour asseoir la souveraineté numérique du Maroc
Une convention entre plusieurs institutions publiques acte le démarrage des études chargées de fixer le modèle économique, la gouvernance et les modalités de financement du programme.
Article : Coupe du monde 2026. Ce que disent les chiffres sur les retombées économiques
Le rapport de la FIFA et de l’Organisation mondiale du commerce sur la Coupe du monde 2026 donne une estimation des retombées économiques de la compétition, aussi bien dans les pays organisateurs qu’à l’échelle mondiale. Des projections qui se recoupent sur plusieurs aspects avec celles annoncées en vue du Mondial 2030.