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Le Maroc, la France et l'Algérie. Ce qu'en dit Xavier Driencourt, ancien ambassadeur français à Alger

Reçu par l'initiative marocaine citoyenne TIZI, l'ancien ambassadeur français en Algérie a évoqué les relations trilatérales Maroc-France-Algérie. Xavier Driencourt a reconnu le caractère paradoxal de la position de la France sur la marocanité du Sahara.

Le Maroc, la France et l'Algérie. Ce qu'en dit Xavier Driencourt, ancien ambassadeur français à Alger
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Le 13 juillet 2024 à 14h46 | Modifié 13 juillet 2024 à 14h47

À Casablanca, Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI) a tenu, le jeudi 11 juillet, une conférence sur le thème "Algérie-France-Maroc : entre héritage complexe et perspectives d'avenir" avec deux invités de marque : Xavier Driencourt, ancien ambassadeur français en Algérie ; ainsi que le professeur de relations internationales et ex-vice doyen de l'Université Mohammed V, Zakaria Abouddahab. L’événement était modéré par Zakaria Garti, acteur politique et analyste économique et financier.

"L'ex-ambassadeur français a eu ce rare privilège en diplomatie d'être désigné à deux reprises en Algérie. C'est dire la qualité de son expertise et la pertinence de ses analyses quant il s'agit des questions relatives à l'Algérie. Cette conférence a été l'occasion de revenir sur les dysfonctionnements dans toutes les strates de la société algérienne, et du mal qui ronge ce pays géré d'une manière désordonnée", souligne notre consultant et ancien ambassadeur Ahmed Faouzi, qui a assisté à la conférence.

Le diplomate et haut fonctionnaire français a passé en revue les relations trilatérales Maroc-France-Algérie. Il s'est attardé volontairement sur l'impact de la question algérienne sur toute la classe politique française en raison des traumas du passé.

"Le Maroc et la France, des boucs émissaires pour l'Algérie"

"C'est vrai qu'au niveau des discours algériens, et je l'ai vu durant mes deux mandats en Algérie, le Maroc comme la France représentent des boucs émissaires. La tâche devient plus facile quand nous désignons un ennemi, un pays auquel on impute tous nos problèmes", a, en effet, affirmé Xavier Driencourt.

Citant son livre "L'énigme algérienne : chroniques d'une ambassade à Alger", il commente son assertion : "Partout dans le monde, un ambassadeur travaille sur l'avenir. En Algérie, il travaille sur l'avenir et sur le passé, d'où l'importance de la mémoire".

"Je trouve que le président Macron a eu raison de faire ces gestes vis-à-vis de l'Algérie. Ce que je regrette en revanche, c'est que l'Algérie n'a fait de son côté aucun geste. Pis, elle a demandé à la France d'en faire davantage", estime le haut fonctionnaire.

L'Algérie, une affaire de politique extérieure et intérieure de la France

Xavier Driencourt a en outre souligné que l'Algérie était non seulement une affaire de politique extérieure, mais aussi une affaire de politique intérieure pour la France ; ce qui provoque chez les dirigeants français une paralysie totale pour prendre des initiatives quand ils veulent agir ou adopter une position à l'égard des dirigeants algériens.

"Cet espèce de tropisme algérien, c'est parce que l'Algérie, c'est de la politique intérieure française avec 10% de la population qui a un lien avec l'Algérie. Et ça fait autant d'électeurs", précise-t-il. "On l'a vu dans les dernières élections entre les pieds noirs, les harkis, les franco-algériens, les français d'origine ou d'ascendance algérienne, les anciens militaires. Donc 10% de la population, c'est énorme."

Il ajoute : "Il y a par ailleurs une classe politique française, de gauche comme de droite, je ne cesse de le dire dans mon livre, qui est paralysée dès qu'il s'agit de l'Algérie. Ils ont encore des remords par rapport à la guerre d'Algérie, qu'ils n'ont pas forcément avec le Maroc".

La position paradoxale de la France sur le Sahara marocain 

L'ancien ambassadeur de France en Algérie a aussi décrié l'accord franco-algérien de 1968 qui favorise toujours l'immigration algérienne vers la France. Un accord dénoncé avec véhémence par plusieurs partis qui ont demandé son abrogation à la fin de l'année dernière, nous rappelle Ahmed Faouzi.

La question du Sahara marocain était évidemment abordée lors du débat organisé par TIZI : "Peut-on s'attendre à une avancée majeure sur la question du Sahara, au moment où la France vit actuellement un brouillard politique ?"

"Je suis incapable de vous répondre puisque je ne suis plus dans le secret des dirigeants. Je constate seulement un paradoxe : Stéphane Séjourné, parlementaire européen ayant pris à l'époque des positions contre le Maroc, aujourd'hui ministre [français, ndlr] des Affaires étrangères, qui a été investi d'une mission personnelle par le président de la République sur le Maroc et qui a dit, il y a deux mois, que le Sahara était une question existentielle. Donc c'est quand même un grand paradoxe", a commenté l'ancien ambassadeur français en Algérie. 

Et s'il n'y avait ce brouillard et cette confusion politique en France, est-ce que vous pensez que la France aurait avancé sur ce sujet ? A la question posée par Zakaria Garti, l'ancien ambassadeur français à Alger répond : "compte tenu de la configuration politique en France, il n'y aura rien vraisemblablement dans les mois ou les années à venir".

Driencourt pour la création d'un comité Ad-hoc

Pour revenir au centre du débat relatif à la France, le Maroc et l'Algérie, le diplomate livre son analyse. "En réfléchissant à tout cela, après mon septennat en Algérie, je pense que nous sommes dans des têtes à têtes piégeux", avance-t-il. "Il y a le tête à tête France-Algérie, où nous sommes souvent instrumentalisés par les questions de visa et de mémoire. Il y a un tête à tête compliqué France-Maroc. Il y a un tête à tête Espagne-Maroc, qui n'est pas toujours simple. Et puis, il y a le tête à tête ou l'affrontement Algérie-Maroc", poursuit-il.

Le diplomate propose un cadre pour sortir de cet imbroglio de "créer un cadre ad hoc qui serait les trois pays du sud de l'Europe : France, Espagne, Italie et les trois pays du Maghreb, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc. Car ces six pays ensemble, 3 plus 3, ont les mêmes sujets de préoccupation".

Et d'ajouter, "ils ont un passé commun. Ils partagent les problèmes de sécurité en Méditerranée et au Sahel. Ils partagent les préoccupations économiques, d'énergie, les problèmes migratoires également. Donc, ils ont des choses en commun.  Je pense qu'une formule 3 plus 3 serait peut-être difficile, mais être assis autour d'une table, on peut peut-être mieux envisager l'avenir, échapper à un certain têtes à tête".

 "On surestime peut-être le rôle de l'Algérie au Sahel"

Le Sahel, un sujet d'importance régional, a été abordé lors des échanges. A ce sujet, Xavier Driencourt écarte l'idée selon laquelle la France aurait besoin de l'Algérie pour garder cette influence dans le Sahel.

"Je ne crois pas que la France a besoin de l'Algérie au Sahel. Et on surestime peut-être à Paris le rôle de l'Algérie dans cette région", avance l'ancien ambassadeur. 

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