Crise dans la santé : les choses s’enveniment, menaces de boycott des consultations et des opérations chirurgicales

Les choses se compliquent dans le secteur de la santé. Les professionnels du secteur, réunis en coalition, montent au créneau. Ils sont passés à trois jours de grève par semaine et prévoient de boycotter les consultations spécialisées et les opérations chirurgicales, ainsi que la collecte des recettes par les régisseurs qui représentent la principale source de revenus des hôpitaux, si le mutisme du gouvernement se poursuit. Le point.

(Ph. AICPress)

Crise dans la santé : les choses s’enveniment, menaces de boycott des consultations et des opérations chirurgicales

Le 12 juin 2024 à 18h18

Modifié 12 juin 2024 à 19h11

Les choses se compliquent dans le secteur de la santé. Les professionnels du secteur, réunis en coalition, montent au créneau. Ils sont passés à trois jours de grève par semaine et prévoient de boycotter les consultations spécialisées et les opérations chirurgicales, ainsi que la collecte des recettes par les régisseurs qui représentent la principale source de revenus des hôpitaux, si le mutisme du gouvernement se poursuit. Le point.

Dans un communiqué publié le 7 juin dernier, la Coalition syndicale nationale de la santé, qui regroupe les huit syndicats concernés, a annoncé le passage à trois jours de grève par semaine, contre deux jours auparavant, ainsi que des sit-in provinciaux et régionaux.

La coalition menace également de boycotter les différents programmes de santé mis en place par le ministère de tutelle, ainsi que les unités mobiles et les caravanes médicales, les consultations spécialités dans les hôpitaux, les opérations chirurgicales hormis celles à caractère urgent, mais aussi la collecte des recettes, les réunions avec l’administration et les sessions de formation.

Contacté par Médias24, le Dr Mustapha Chennaoui nous confie, au nom de la coalition : "On ne s’arrêtera pas tant que le gouvernement ne réagira pas."

L’accord initial sur l’augmentation des salaires a été signé avec une commission interministérielle

"Le mutisme du gouvernement se poursuit à ce jour. Face à cette situation, nous avons débrayé il y a déjà plusieurs semaines. Nous avons déclaré de nombreuses grèves et accentué notre action avec trois jours de grève par semaine, ainsi que des sit-in provinciaux et régionaux. Nous prévoyons également une marche après Aïd Al-Adha pour protester. Le gouvernement n’a pas assumé ses responsabilités après de nombreuses réunions tenues par une commission interministérielle avec les huit syndicats du secteur."

"La commission comprenait plusieurs représentants du gouvernement, notamment le ministre de la Santé, des représentants de la fonction publique, du ministère des Finances et du Budget ainsi que du secrétariat général du gouvernement", ajoute la même source.

"Celle-ci a signé, le 29 décembre dernier, un accord avec les huit syndicats du secteur de la santé après les avoir reçus les 27, 28 et 29 décembre 2023 derniers à Casablanca pour entendre leurs doléances. Elle nous avait également informés que le chef du gouvernement ne voyait pas d’inconvénient à une augmentation générale des salaires dans le secteur."

Cet accord a ensuite été poursuivi par plusieurs réunions durant le mois de janvier. "Il ne restait qu’à déterminer le montant de ces augmentations", poursuit le Dr Chennaoui. "Il a fallu de nombreuses réunions qui ont duré tout le mois de janvier pour parvenir, à la fin, après de nombreuses tractations avec le département du Budget, de la Fonction publique et les autres représentants du gouvernement, à un consensus."

"Ce consensus comprend une hausse de salaire de 1.500 DH net pour les infirmiers et de 1.200 DH net pour le corps des techniciens et des administratifs de santé, qui compte plus de 10.000 personnes, ainsi que l’ajout d’un grade supplémentaire et d’une bonification pour certaines catégories. Ce consensus comprend aussi la révision du mode d’avancement dans le secteur."

Et notre interlocuteur d’expliquer : "Lorsqu’on nous dit que cet accord ne concerne pas le gouvernement, c’est bien une commission interministérielle qui nous a reçus et qui a signé avec nous un accord de principe sur l’augmentation des salaires. Tous les points sur lesquels nous nous sommes accordés ont été écrits noir sur blanc sur les PV signés avec tous les syndicats. Il y a également les écrits et les va-et-vient entre le ministère de la Santé et les syndicats. De plus, il y avait l’aval sur cette augmentation, puisque aucun responsable ne peut discuter de l’augmentation d’un seul dirham sans l’aval financier du gouvernement."

Création d’une coalition syndicale nationale de la santé, une première

Depuis la signature de ces procès-verbaux, rien n’a été fait. "Nous attendons depuis le mois de janvier" l’opérationnalisation des termes de ces procès-verbaux, "mais rien n’a été fait", regrette Mustapha Chennaoui. "Le silence du gouvernement se poursuit".

"La crédibilité du dialogue social sectoriel en prend un coup. Après une cinquantaine de réunions et des accords, rien n’a été fait, et c’est grave. C’est la raison pour laquelle nous avons débrayé. Nous avons d’abord commencé par des grèves de deux jours par semaine, avant de constituer une coalition syndicale qui regroupe tous les syndicats du secteur de la santé. C’est une première dans le secteur que tous les syndicats s’accordent sur un cahier revendicatif commun."

"Nous avons ensuite accentué notre action pour parvenir à trois jours de grève par semaine et à l’organisation de plusieurs sit-in. Nous en avons organisé un devant le Parlement il y a quelques semaines."

"Nous avons entamé une autre semaine de grève ce mardi 11 juin. Nous sommes aujourd’hui au deuxième jour de grève, et nous serons également en grève après Aïd Al-Adha. Une marche est aussi prévue à partir de Bab El Had vers le Parlement pour protester contre cette situation."

Notons que ces grèves paralysent l’hôpital public et les dispensaires, ce qui peut représenter un énorme risque pour les citoyens, en particulier durant cette période de l’Aïd, où les blessures peuvent être beaucoup plus nombreuses qu’en temps normal. C’est donc un moyen de pression sur le gouvernement.

Vers le boycott des opérations chirurgicales et des consultations spécialisées

D’après le Dr Chennaoui, "nous prévoyons d’accentuer davantage notre protestation si le gouvernement ne réagit pas".

La coalition menace ainsi de "boycotter toutes les opérations chirurgicales au niveau des hôpitaux, sauf celles à caractère urgent. Nous allons également boycotter les consultations spécialisées, ainsi que les grands programmes de santé au niveau des services de proximité, à savoir les centres de santé et les dispensaires".

"Il s’agit notamment des programmes de vaccination ou de lutte contre la tuberculose et autres, soit tous les programmes de santé qu’exercent les professionnels de santé au niveau de ces structures de proximité et qui représentent 90% de leur travail."

"Nous continuerons aussi à boycotter les réunions avec l’administration ainsi que la collecte des recettes par les régisseurs et par le personnel responsable des factures notamment. Il s’agit là de la principale source de revenus des hôpitaux et des établissements de santé."

"Nous prévoyons par ailleurs d’autres marches aux niveaux local, provincial et régional, ainsi que des sit-in au niveau des structures hospitalières et du ministère de santé."

"Tout ce qui se passe dans le secteur est paradoxal", estime le Dr Chennaoui, "d’autant que la santé est en pleine réforme. Elle connaît un changement profond qui ne peut se faire sans les ressources humaines".

"Le gouvernement ne répond pas à leurs doléances, n’écoute par leurs maux et ne les motive pas pour qu’ils soient impliqués à fond dans la réforme entamée. Nous n’avons donc le choix que de débrayer. Nous nous excusons auprès des citoyens qui sont pris en otages dans ce conflit, mais malheureusement, nous n’avons pas le choix."

Le flou persiste autour de la dernière augmentation générale du 29 avril 2024

Rappelons par ailleurs qu’un accord a été signé le 29 avril dernier entre le gouvernement et les syndicats dans le cadre du dialogue social, instituant une augmentation générale des salaires de la fonction publique, à l’exception des catégories qui ont déjà bénéficié de hausses dans le cadre d’un dialogue sectoriel, sans pour autant apporter plus de précisions.

Deux secteurs ont profité de la hausse des salaires dans le cadre du dialogue sectoriel : l’enseignement et la santé. Toutefois, pour ce qui est de la santé, seuls les médecins en ont bénéficié. Le gouvernement leur avait accordé, en février 2022, l’indice 509. Les infirmiers et techniciens de santé sont-ils alors concernés par cette nouvelle augmentation ?

"Ce n’est pas encore clair", nous explique le Dr Chennaoui. "Le gouvernement n’a pas été clair sur les catégories qui n’en bénéficieront pas."

"Nous espérons que le problème sera résolu très prochainement, sinon on continuera notre débrayage, qui sera accentué", conclut notre source.

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