Figues de Barbarie. Vers une meilleure disponibilité et une baisse des prix

Après avoir été ravagées par la cochenille, les populations de figues de Barbarie se reconstituent lentement mais sûrement. Selon des sources professionnelles, la disponibilité de ce fruit particulièrement prisé par les Marocains augmentera par rapport aux années précédentes, entraînant une baisse de son prix qui avait atteint des sommets.

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Figues de Barbarie. Vers une meilleure disponibilité et une baisse des prix

Le 6 juin 2024 à 17h44

Modifié 6 juin 2024 à 17h44

Après avoir été ravagées par la cochenille, les populations de figues de Barbarie se reconstituent lentement mais sûrement. Selon des sources professionnelles, la disponibilité de ce fruit particulièrement prisé par les Marocains augmentera par rapport aux années précédentes, entraînant une baisse de son prix qui avait atteint des sommets.

Ces dernières années, le prix et la disponibilité des figues de Barbarie ont suscité un vif intérêt. Quasiment introuvables l’été dernier ou proposées à des tarifs élevés, il y a de fortes chances que leur absence sur le marché se fasse moins ressentir lors de la prochaine saison estivale.

L’une des principales raisons est la reprise de la production dans certaines régions historiquement connues pour ce fruit d’une grande importance socio-économique, comme la localité d’Aït Baâmrane (Guelmim-Oued Noun). Ces régions, où les cactus avaient été dévastés par la cochenille (Dactylopius opuntia), voient désormais une amélioration de leurs cultures.

Bien que le cactus tolère la sécheresse, il est sans défense face à ce parasite qui infeste principalement les tiges, mais peut parfois attaquer les cimes, les racines et les fleurs. Depuis 2014, les attaques rapides et répétées de la cochenille ont causé des pertes financières importantes pour de nombreuses familles.

En effet, avant l’apparition de la cochenille au Maroc en 2014, les 150.000 hectares de cactus produisaient entre 1,2 et 3,5 millions de tonnes de figues de Barbarie, avec un rendement compris entre 8 et 25 tonnes par hectare, générant un revenu de 20.000 à 40.000 DH par hectare. Cependant, ces dernières années, la pénurie de figues de Barbarie s'est accentuée dans le pays, faisant grimper leur prix entre 2 et 4 DH l'unité en juillet 2023. Pour l'été 2024, cette tendance inflationniste a des chances de s’arrêter. 

"Les prix vont diminuer car les quantités commercialisées seront supérieures à celles de l’année dernière, grâce à la reprise de la production dans certaines régions du pays", explique à Médias24 Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca, après avoir consulté des commerçants.

Mais, pour en avoir le cœur net, "il faudra attendre la mi-juin, lorsque les figues de Barbarie seront mûres et que les producteurs enverront leur production au marché. Pour l’instant, seules quelques centaines de kilos ont été mises en vente sur le marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, au prix de 300 DH la caisse", précise notre interlocuteur. 

Sachant qu'une caisse de 30 kilos contient environ 300 figues, le prix du kilo est donc de 10 DH. À peu près à la même époque l'année dernière, les caisses de figues de Barbarie se vendaient jusqu’à 500 DH, ce qui fixait le prix du kilo à environ 16 DH.

La lutte biologique porte ses fruits 

Si l'optimisme est de mise concernant la disponibilité des figues de Barbarie, c’est parce que les moyens de lutte contre la cochenille, qui se sont développés ces dernières années, commencent à porter leur fruit. L’identification de huit variétés de cactus résistantes à la cochenille n’y est pas étrangère non plus. 

En termes de lutte biologique, on peut citer le projet d’expérimentations écologiques de lutte biologique intégrée contre la cochenille, initié par la Fondation Dar Si Hmad. Réalisé avec l’appui du Programme de microfinancements du Fonds pour l’environnement mondial, l’initiative avait pour objectif de stopper la prolifération de la cochenille en misant sur la coccinelle Trident. 

Hyperaspis trifurcata de son nom scientifique, cet insecte se nourrit exclusivement de cochenille. Un lâcher de 1.000 individus de coccinelle Trident, livrés par la firme SAOAS dans la localité d’Aït Baâmrane a démontré une efficacité et une adaptation satisfaisantes. Idem dans le nord du pays. 

L’intervention humaine a également eu un effet positif sur la survie des cactus. Dans les principales zones de production de figues de Barbarie, localisées dans la région de Marrakech, mais aussi à Sidi Ifni, "les agriculteurs maîtrisent désormais davantage les méthodes de lutte", affirme le Dr Rachid Bouharroud, chercheur et expert en entomologie et lutte intégrée des cultures.

De nos jours, les cactus sont des vergers entretenus comme n’importe quelle plante fruitière. Ainsi, le rétablissement des cactus dans la région de Marrakech est en bonne voie du fait de l’entretien et de l’inspection des champs pour lutter contre la cochenille dès son apparition. Concrètement, il existe deux traitements contre la cochenille.

L’un à base de produits phytosanitaires homologués par l’ONSSA et l’autre d’ordre biologique. "Il y a plusieurs agriculteurs dans la région du Souss, qui ont réussi à éradiquer la cochenille et à cultiver le cactus sans traitement chimique, mais plutôt grâce à des moyens de lutte biologique, dont la lutte physique et la lutte par la taille du cactus pour éviter que la cochenille ne s’y accroche", complète le Dr Rachid Bouharoud. 

"Il est également possible de la traiter uniquement avec de l’eau sous pression. La fréquence de traitement par contact doit être mensuelle en été, et bimensuelle en hiver, car la pression de la cochenille baisse quand les températures sont peu élevées", conclut-il. 

Une superficie de 120.000 ha à l’horizon 2030

A cela s’ajoute le Programme national de plantation de cactus résistants à la cochenille. Il s’agit d’un plan d’action du ministère de l’Agriculture, soutenu par l’Institut national de recherche agronomique (INRA), dont les chercheurs ont réussi à identifier huit variétés de cactus résistantes à la cochenille (Marjana, Belara, Karama, Ghalia, Angad, Cherratia, Akria et Melk Zhar), toutes inscrites au catalogue officiel. 

Le Plan d’action du ministère de l’Agriculture pour relancer la filière du cactus s’articule principalement autour de la plantation de huit nouvelles variétés résistantes à la cochenille, sur une superficie de 120.000 ha à l’horizon 2030. Les réalisations et objectifs du Programme se déclinent jusqu’en 2024 comme suit : 

- en 2021 : plantation de 1.457 ha/réalisation : 403.648 plants livrés et 1.450 ha plantés ; 

- en 2022 : plantation de 6.153 ha/réalisation : 1,7 million de plants livrés et 6.000 ha plantés ; 

- en 2023 : livrer 3,9 millions de plants pour planter 14.197 ha

- en 2024 : livrer 5,3 millions de plants pour planter 19.311 ha.

En outre, le ministère de tutelle envisage un renforcement du Programme de multiplication par l’établissement de nouvelles plateformes de cactus à travers le Royaume, ainsi que le développement d’une unité d’élevage et de production en masse des prédateurs de la cochenille. 

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