Quel impact aura la multiplication des saisies marocaines de haschich ? (Criminologue X. Raufer)
Pour le seul mois de février 2024, les services marocains de police ont saisi 40 tonnes de haschich contre 81 tonnes pour toute l’année 2023. Selon le criminologue Xavier Raufer, la multiplication des saisies, qui découle d’instructions politiques, n’aura de véritable sens et d’impact bénéfique que si celles-ci se poursuivent, entraînant une forte diminution de l’offre et une hausse des prix en Europe.
Que faut-il penser de la multiplication des opérations de saisies d’énormes quantités de haschich, jusqu'à 10 tonnes par opération dans plusieurs camions sur les autoroutes nationales, grâce à des informations fournies aux équipes de la DGSN par le service de renseignement intérieur (DGST) ?
"Montrer son efficacité en prévenant les opérations de trafic international"
Selon le criminologue Xavier Raufer, qui suit attentivement le milieu des narcotrafiquants à travers le monde, ces grandes opérations médiatisées ont été déclenchées par le pouvoir décisionnaire qui a décidé de frapper un grand coup pour montrer à ses voisins européens qu’il prenait à cœur d’enrayer le trafic international de haschich, dont le Maroc est le premier producteur.
"À moins d’avoir des informations sur un attentat terroriste imminent en préparation, un service de renseignement intérieur comme la DST n’a pas forcément l’habitude de réagir dès que ses agents ont vent d’une éventuelle opération d'exportation de haschich", nous explique l’expert, pour qui les récentes saisies résultent par conséquent d'une décision politique, qui est certainement motivée par des considérations d’ordre international avant la tenue de rencontres avec des sécuritaires européens.
Tout en rappelant que les opérations ont été fortement médiatisées à l’international, Xavier Raufer estime que les autorités veulent prouver leur efficacité pour prévenir les tentatives de trafic international de haschich, à l’instar de la lutte contre l’immigration clandestine vers l’Espagne, où le Maroc n’a cessé de marquer des points et de se distinguer de pays émetteurs de flux migratoires.
"Des saisies qui feront baisser l’offre en Europe"
Sur l'éventuel impact de la multiplication des saisies de cannabis destinées à l'export, le criminologue avance que le marché européen des consommateurs ne sera pas asséché du jour au lendemain, mais qu’il y aura un passage à vide qui devrait entraîner une pénurie de haschich dans certains marchés.
Et d’ajouter que le seul moyen d’être efficace à long terme serait que les responsables marocains en charge de la répression, qui connaissent parfaitement le nombre d’hectares plantés de cannabis et la production annuelle, multiplient les saisies pour faire en sorte de diminuer très sensiblement l’offre.
Si les saisies devaient se poursuivre au Maroc durant toute l’année sans discontinuité, les trafiquants internationaux seraient, selon lui, confrontés à de très lourdes pertes financières qu’ils ne pourraient rattraper qu’en multipliant les récoltes et en faisant augmenter les tarifs au gros et au détail.
"L’évolution du prix permettra de mesurer l’impact et l'efficacité des saisies"
Sachant que les marchandises illicites sont aussi régies par la loi de l’offre et la demande, les quantités importantes qui seront saisies, et donc sorties du marché, entraîneront à terme une baisse sensible de l’offre dans les marchés voisins d’Europe qui pourra se mesurer grâce à la hausse des prix, précise Xavier Raufer. Ce dernier attend de constater si le haschich vendu dans les rues de Madrid ou Paris va voir son prix doubler ou quadrupler.
Sachant que le haschich ne peut pas être coupé comme la cocaïne ou l’héroïne pour augmenter son poids ou pour changer la pureté, le seul moyen de mesurer l’impact des saisies de cargaisons de cannabis destinées à être exportées sera donc de voir si son prix va augmenter dans les prochains mois, jusqu’à devenir beaucoup moins rentable pour les trafiquants internationaux…
C'est ce qui risque probablement de se passer, car il est clair que cette politique de fermeté contre le trafic international de stupéfiants n'est pas une simple campagne passagère.
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