Ce que l'on sait de la cession de Wilmar dans le capital de Cosumar

Par | Le 31/7/2023 à 15:52
Cosumar n'est pas une entreprise cotée comme les autres. Le sucrier joue un rôle économique et social fort dans le tissu agricole national. Les divergences d'intérêt et de stratégie ont mis fin à la collaboration avec son actionnaire principal. Après concrétisation, Cosumar devra faire sans son relais de croissance de Durrah et dénicher des opportunités d'investissement intéressantes.

Dans un communiqué diffusé le 29 juillet, Cosumar a annoncé que des investisseurs institutionnels marocains actionnaires de Cosumar et le groupe singapourien Wilmar (actuel premier actionnaire de Cosumar, ndlr) ont conclu un accord global portant sur la cession de l’intégralité de la participation du groupe Wilmar au sein de Cosumar, représentant 30,05% du capital. Une annonce corroborant l’information publiée en primeur par nos confrères de TelQuel. La transaction sera réalisée sur la base d’un prix de 210 dirhams par action et interviendra au T4-2023 au plus tard.

Au 31 décembre 2022, la valeur comptable de l'investissement dans Cosumar, telle qu'elle figure dans le bilan de Wilmar, s'affichait à 336,2 millions de dollars. Le groupe singapourien a également communiqué sur ce qui ressemble à un véritable divorce capitalistique. En effet, l’accord, en plus d'une cession, prévoit deux acquisitions par Wilmar de participations détenues par Cosumar dans différents projets, notamment dans la raffinerie saoudienne de Durrah. Le groupe asiatique prévoit "l’acquisition de la totalité de la participation de 43,275 % de Cosumar dans Durrah Advanced Development Company, une société constituée en Arabie saoudite, pour une contrepartie totale en espèces d’environ 64,7 millions de dollars, ce qui permettra à Wilmar d'augmenter son capital existant de 5% de participation dans Durrah à 48,275 %".

Le second projet d’acquisition de Wilmar porte sur "la totalité de la participation de 45% de Cosumar dans Wilmaco, une société constituée au Maroc, pour un montant total en numéraire de 8,7 millions de dollars, qui fera de Wilmaco une filiale à 100% de Wilmar".

Les deux groupes se délestent donc de leurs liens capitalistiques. Un divorce dont les raisons n’ont pas été expliquées dans le communiqué des deux parties impliquées. Cependant, une source proche du dossier nous informe qu'il s'agit de divergences de point de vue et de stratégie entre les deux groupes.

Un groupe qui a vocation à être rentable, mais pas seulement

En 2017, 2018 et 2019, le groupe affichait un résultat net respectif de 988 MDH, 891 MDH et 924 MDH. L’an dernier, il a généré un résultat net de 856 MDH, en amélioration par rapport à 2021 où il affichait 846 MDH. En 2020, l’année de la pandémie, la profitabilité est tombée à 594 MDH. Le groupe continue de se hausser vers ses niveaux de profitabilité prépandémiques sans toutefois les atteindre.

En effet, Cosumar est un acteur agricole marocain de premier plan. Il joue un rôle économique et social important pour le monde agricole.

Le groupe a investi plus de 10 MMDH depuis 2006, enregistre 5.000 emplois directs et indirects et travaille avec plus de 40.000 agriculteurs partenaires. Autant dire qu'il joue un rôle important dans le tissu économique du pays, lié à un bien de base, assurant la sécurité alimentaire et la paix sociale.

Ce que l'on sait de la cession de Wilmar dans le capital de Cosumar

Le géant sucrier marocain avait d’ailleurs évoqué l’importance de la filière sucrière pour la sécurité alimentaire du pays, lors de la dernière édition du SIAM en mai dernier.

Après plusieurs années successives de campagnes agricoles médiocres du fait des faibles pluies, et une notion de sécurité alimentaire nationale qui s’est fait une place à la suite de la hausse globale de l’inflation, les deux parties ont vu s’accumuler les divergences quant à la stratégie à mettre en place pour assurer de la croissance et de la rentabilité.

Lors de l’opération de cession des parts de Wilmar dans Cosumar, qui interviendra au T4-2023, il est dit dans le communiqué du groupe marocain que "l’entrée au capital d’un opérateur sucrier international en tant qu’actionnaire minoritaire est envisagée. Celle-ci interviendrait de manière simultanée à la transaction susvisée et au même prix". En somme, les institutionnels actionnaires de Cosumar qui rachèteront les parts de Wilmar rempliront essentiellement un rôle de portage, avant une revente d’une partie de ces parts à un acteur international.

Quels leviers pour la suite ?

Sans la raffinerie de Durrah, le groupe se prive de l’un de ses relais de croissance. En effet, la raffinerie de Durrah était l’un des leviers de développement du groupe, avec une capacité de production d’environ 840 kt, dont la moitié devait servir à combler le déficit structurel en Arabie saoudite, et le reste être exporté dans la région Mena. D’où la chute du titre lors de l’annonce du projet de cession en décembre 2022, passant de 210 dirhams à 163 dirhams en quelques jours.

Evolution du cours de Cosumar à la bourse de Casablanca

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Source: medias24.com

"Aujourd’hui, sur le marché sucrier marocain, on peut difficilement parler de croissance. Nous avons déjà un niveau de consommation de sucre par habitant qui est très élevé. Il n’y a donc pas de croissance à aller chercher pour Cosumar. Cela peut se faire éventuellement par une augmentation des capacités de raffinage et un développement de l’activité export", explique une source de la place.

Le groupe affiche déjà de bonnes performances à l’export. L’an dernier, le groupe a affiché des revenus en hausse de 14,5%, au-delà des 10 MMDH, principalement poussé par la croissance du chiffre d’affaires export, avec des volumes de ventes de 752 kt exportées contre 654 kt en 2021.

Son marché local à la croissance molle ou inexistante mis à part, de quels leviers dispose le groupe pour s’orienter vers la croissance ? "Cosumar dispose d’une structure bilancielle très forte et saine, ils sont peu endettés et peuvent aller développer des relais de croissance. Ils ont les finances et l’expertise pour le faire, mais il faut trouver désormais des opportunités d’investissement intéressantes", conclut notre source du marché.

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