Arganiculture. Une avancée majeure : le Maroc mise sur six nouvelles variétés et un arbre pollinisateur
L’Institut national de recherche agronomique a créé six variétés d'arganier et un arbre pollinisateur. Une avancée majeure qui favorise l’arganiculture et la réduction de la pression dont souffre l’arganeraie. Les détails avec le Dr Rachid Bouharroud, membre de l’équipe de chercheurs à l’origine de cette découverte.
En plaçant ses espoirs dans l’arganiculture, le Maroc envisage de faire d’une pierre deux coups. D’abord stopper la dégradation de l’arganeraie relevant du domaine forestier. Puis faire de l’arganiculture une filière de production éco-responsable et à haute valeur ajoutée, sur 50.000 hectares, pour une production de 10.000 tonnes d'huile d'argan par an, à l'horizon 2030.
La création de six variétés d’arganier et d'un arbre pollinisateur, par une équipe de chercheurs* relevant de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) d’Agadir, donne un coup d’accélérateur à cette stratégie indispensable à la survie de l’arganeraie et à l’orientation agricole du pays. Une orientation axée sur la multiplication de la valeur ajoutée par m3 d’eau utilisé.
L’arganiculture est en effet un moyen de réduire la pression sur les forêts naturelles de l’arganier. D’une superficie de 830.000 hectares, l’arganeraie, reconnue comme réserve de biosphère, est le dernier rempart contre la désertification.
Plus de 800 coopératives de collecte et de valorisation des fruits d’argan, comptant 10.000 adhérentes, exploitent ces fruits jaunes parfois veinés de rouge, de forme ovale, ronde ou en fuseau. Pourtant, dès le milieu du XXe siècle, les forêts d’arganiers ont subi une régression estimée à 600 hectares par an. En cause, la surexploitation qui a eu un impact négatif sur la régénération naturelle de la forêt et son rajeunissement.
Ainsi, l’arganiculture représente un compromis idoine entre les impératifs économiques et écologiques. Mais pour développer une filière de production performante, dont le kilo de fruits est valorisé en moyenne à 3 DH/kg, équivalent à 6.000 DH/ha, l’augmentation des superficies d’arganier dans le domaine agricole (9.000 ha) est nécessaire.
"L’agriculteur a besoin de variétés inscrites au catalogue officiel des espèces et des variétés de plantes cultivables, car il ne peut pas utiliser des graines issus du domaine forestier", explique le Dr Rachid Bouharroud, chercheur et expert en entomologie et lutte intégrée des cultures.
"Autrement, le verger serait hétérogène, notamment au niveau de la taille des arbres, de leur mise en production et de leur rendement", précise ce membre de l’équipe de scientifiques à l'origine de cette découverte, dont il détaille à Médias24 les particularités et le processus de création.
Une seule espèce mais différentes morphologies
En comptant les six nouvelles variétés et l'arbre pollinisateur, le catalogue officiel contient désormais 13 variétés, "dont six inscrites il y a quatre ans. La création des sept dernières variétés a nécessité une dizaine d'années, après un suivi minutieux de la phase de production", indique le chercheur.
Pour parvenir à ce résultat, l’équipe de chercheurs s’est appuyée sur des populations d’arganiers collectés dans le domaine forestier. "Ils ont ensuite été plantés dans le domaine expérimental de l’INRA d’Agadir, à Belfâa. Le suivi a été fait sur les premières graines, plantées en 2010", indique notre interlocuteur.
"Nous avons par la suite procédé à des croisements. Nous travaillons justement sur d’autres variétés issues de ces croisements. Pour le moment, nous avons réussi à avoir des arbres qui sont entrés en production l’année dernière."
Les particularités de ces variétés sont multiples. À commencer par la forme de leurs fruits. "L’arganier possède une immense diversité. Pour une seule espèce, on peut avoir plusieurs variétés avec différentes morphologies. C’est comparable à la tomate, qui est une espèce végétale possédant plusieurs variétés (cerise, ronde)", explique le Dr Rachid Bouharroud.
"La variété Mazhar est pour exemple très recherchée par les femmes. Car la forme fusiforme de son fruit facilite son concassage. Il est d’ailleurs prisé par une espèce d’écureuil dans le domaine forestier."
Un arbre pollinisateur indispensable
Au-delà des diverses formes de leurs fruits, les nouvelles variétés créées par l’INRA possèdent une particularité dont la rareté n’a d’égale que son utilité : un arbre pollinisateur. "Une première au Maroc", se félicite le Dr Rachid Bouharroud.
"Un pollinisateur désigne un arbre mâle. Certes, au bout de trois ans, sa production ne dépasse pas deux kilos de fruits. Mais sans lui, il n’y aura pas assez de pollen et le rendement des autres arbres ne répondra pas aux attentes", explique-t-il.
"L'arganier pollinisateur possède une grande compatibilité avec les autres arbres. Pour un producteur qui souhaite investir dans l’arganier, l’arbre pollinisateur est indispensable dans le verger. D'ailleurs, en termes de pollinisation, nous avons découvert une douzaine d’insectes pollinisateurs", ajoute notre interlocuteur, qui met en avant l'importance d'adopter de bonnes pratiques culturales.
Dans le cadre du projet DARED qui promeut l’arganiculture, "nous avons planché sur l'irrigation, la fertilisation, la pollinisation et la multiplication des boutures de ces variétés", souligne l’expert en entomologie et lutte intégrée des cultures. "S’agissant de l’irrigation, les récents résultats montrent qu’à partir de la deuxième année, le besoin en eau des récentes variétés créées s’établit entre 35 et 84 litres par plant", estime le Dr Rachid Bouharroud.
À l’instar des agrumes et autres arbres fruitiers, l'entretien des nouvelles variétés d'arganier est également essentiel. "La taille des arbres a un effet très bénéfique pour la formation du plant et son entrée en production rapide. Au lieu d’attendre cinq ou six ans, en le taillant régulièrement, l’arbre entre en production au bout de la troisième ou quatrième année."
Des variétés à l’épreuve des maladies
Les maladies sont la hantise des exploitants agricoles. Qui plus est lorsque des insectes ravageurs s’attaquent aux cultures pour n’en laisser qu'un vague souvenir. Or, les nouvelles variétés ont montré une certaine résistance aux ravageurs.
"Lors du suivi de la croissance des arbres, nous avons détecté quelques maladies. Elles ont été observées au niveau des pépinières, au même titre que trois insectes ravageurs. Mais les dégâts sont négligeables. Par exemple, quand le plant est jeune, des coléoptères peuvent l’attaquer. Néanmoins, nous n’avons pas constaté de ravageurs importants, comme peut l'être la cochenille du cactus", rassure le Dr Rachid Bouharroud.
Une bonne nouvelle supplémentaire, eu égard aux perspectives prometteuses qu’annoncent l’arganiculture et les nouvelles variétés, dont les fruits "ont des applications potentielles dans l’industrie agroalimentaire (torréfiés) et cosmétique (non torréfiés)".
Quant aux feuilles, qui servent de pâturage pour les caprins, elles peuvent également être utilisées dans l’industrie pharmaceutique pour leur propriétés antifongiques et antibactériennes, en plus de leur pouvoir antioxydant.
Disponibles à la vente courant 2024
La commercialisation de ces nouvelles variétés est la dernière étape en vue d’accélérer la mise en place de l’arganiculture à grande échelle. Actuellement, des négociations sont sur le point d’aboutir avec des pépiniéristes qui vont multiplier les variétés pour une production en masse.
"L'étape de la multiplication dure entre 9 et 12 mois. En principe, les plants des nouvelles variétés seront disponibles à l’entame du deuxième trimestre 2024", confie le Dr Rachid Bouharroud.
"Le défi réside toutefois dans la multiplication. Actuellement, les boutures ne se multiplient pas facilement car l’arganier fait partie des plantes récalcitrantes. Autrement dit, ses graines ont du mal à survivre pendant la conservation ex situ", déplore-t-il.
Pour le moment, les pourcentages de multiplication se situent entre 35% et 70%, selon les génotypes. "Nous avons une équipe dédiée spécialement à cet aspect. Les premiers résultats devraient aboutir vers la fin de cette année (2023)", conclut notre interlocuteur.
En attendant, voici les caractéristiques détaillées de chacune des variétés nouvellement inscrites au catalogue officiel des espèces et des variétés de plantes cultivables au Maroc.
* L'équipe de chercheurs, relevant de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) d'Agadir :
- Dr Rachid Bouharroud (Entomologie)
- Dr Naima Ait Aabd (Amélioration génétique)
- Dr Abdelaziz Mimouni (Nutrition des plantes)
- Dr Meriyem Koufan (Multiplication des plantes)
- Dr Abdelghani Tahiri (Multiplication des plantes)
À découvrir
à lire aussi

Article : Maroc-France: “Paris va rattraper le temps perdu au Sahara” (source autorisée)
Réunis à Rabat lors de la seconde conférence ministérielle sur le maintien de la paix dans l’espace francophone, le Maroc et la France ont affiché une convergence stratégique sans précédent. A l’issue de cette rencontre, le ministre français des Affaires étrangères a annoncé le renforcement de la présence française au Sahara tandis qu’une source autorisée du Quai d’Orsay est allé plus loin en évoquant "un véritable rattrapage" français dans les provinces du Sud.

Article : Disty Technologies. “Même sans augmentation de capital, nous sommes en mesure de doubler notre chiffre d'affaires” (Younes El Himdy)
Disty Technologies a réuni analystes et investisseurs ce mercredi 20 mai à la Bourse de Casablanca pour revenir sur les quatre années écoulées depuis son introduction en bourse. L’occasion pour Younes El Himdy de mettre en avant l’évolution du groupe, son positionnement dans la distribution IT au Maroc et sa confiance pour la suite.

Article : À Rabat, le Maroc et la France plaident pour une réforme des opérations de paix
Réunie le mercredi 20 mai 2026, la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone a mis en avant la nécessité de mandats plus réalistes, de moyens mieux adaptés aux nouvelles menaces et d’une plus forte coordination entre pays francophones. Nasser Bourita y a rappelé l’expérience marocaine, forte de plus de 100.000 Casques bleus mobilisés depuis 1960, tandis que Jean-Noël Barrot et Antonio Guterres ont insisté sur l’urgence d’un modèle plus agile, face aux conflits armés, aux drones et à la désinformation.

Article : Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse ce 20 mai
La Bourse de Casablanca a terminé la séance du 20 mai 2026 en baisse, dans un marché marqué par le recul de plusieurs grandes capitalisations, notamment bancaires et industrielles. Le MASI est resté sous pression, malgré quelques rebonds isolés sur certaines valeurs.

Article : Énergies renouvelables : 22 milliards de DH pour une capacité de 3 gigawatts au 1er trimestre de 2026
La capacité additionnelle réalisée en énergies renouvelables a atteint 1.733 mégawatts, portant la capacité installée totale à 12,2 gigawatts en 2025, avec une part des énergies renouvelables dans l’offre électrique nationale passée de 37% en 2021 à 46% en 2025.

Article : Aïd al-Adha. Dans les marchés à ovins de Casablanca, la moitié de l’offre déjà écoulée
Ce mercredi 20 mai 2026, à quelques jours de l'Aïd, les prix des moutons oscillent entre 3.000 DH et plus de 8.000 DH pour certains Sardi. Aux écuries des anciens abattoirs de Casablanca, vendeurs et éleveurs évoquent une demande soutenue malgré des budgets sous pression.
