Comment l'industrie du capital-investissement peut doubler de taille
L'action du secteur du capital-investissement au Maroc reste timide. Avec près d'une vingtaine de sociétés de gestion actives, et un à deux milliards de dirhams investis par an, le potentiel est considérable. Grâce au Fonds Mohammed VI pour l'investissement, le secteur peut doubler de taille. Cartographie et données disponibles.
De l'avis de nombreux observateurs, l'industrie du capital-investissement marocaine s'apprête à franchir un nouveau palier, et pas des moindres, quand le Fonds Mohammed VI pour l'investissement (FM6I) entrera en action.
Actuellement, le secteur mobilise, bon an mal an, une enveloppe de 1 à 2 milliards de DH d'investissement. Les seules données disponibles sur ce secteur embryonnaire proviennent de l'Association marocaine du capital-investissement (AMIC) sur la base d'une enquête annuelle, déclarative, réalisée auprès des membres actifs de l'AMIC.
Selon les dernières données publiées de l'AMIC, les levées avaient atteint un record historique en 2021 avec 1,87 MMDH, en hausse de 40% par rapport à 2020. Ces levées de capitaux ont été réalisées par quatre fonds dédiés à l’investissement transrégional.
De l'institutionnel au privé
L'AMIC répertorie 18 sociétés de gestion ayant 39 fonds sous gestion. Selon les données sur son site web, les opérateurs vont des banques marocaines aux institutionnels, en passant par les acteurs privés et étrangers implantés au Maroc. Citons parmi les institutionnels, la CDG, à travers le fonds CDG Invest Growth, Tamwilcom avec le Fonds Innov Invest, ou encore le MNF II, spécialisé dans le numérique.
CDG Invest Growth a réussi depuis 2001 à lever plus de 2 MMDH et a investi dans une vingtaine d’entreprises, notamment Oncorad en 2019 et, plus récemment, lors de l’annonce de la nouvelle levée de fonds de l’acteur de santé privée.
Le Fonds Innov Invest de Tamwilcom indique, dans son rapport d’activité 2021, avoir investi près de 43 MDH dans 160 projets. De son côté, le fonds Maroc Numeric Fund II a financé depuis son lancement un total de 6 projets, à hauteur de 31 MDH, dans les startups technologiques Damane Sign, AtlanSpace, KoolSkools, Yalla Xash, Aza Petrosolutions et OnePay.
Les acteurs étrangers sont également présents à travers différents fonds de capital-investissement comme Mediterrania Capital Partners ou encore Amethis.
Le premier a accompagné des groupes marocains de renom et a propulsé deux d’entre eux jusqu’à l’IPO, à savoir TGCC et Akdital. Dans un précédent article, le managing partner du capital-investisseur et actuel président de l’AMIC, Hatim Ben Ahmed, nous confiait que plus de 2 MMDH avaient été investis au Maroc sur les dix dernières années, et ce, dans 7 projets différents que sont l’Université privée de Marrakech, TGCC, Akdital, MedTech, Dislog Industries, CashPlus et CECI.
De son côté, Amethis a investi près de 2 MMDH dans 7 projets différents.
Toutes les banques de la place ont également des filiales de Private Equity dans lesquelles elles effectuent des opérations d'investissement et de prise de participation. C'est notamment le cas d'Attijariwafa bank par exemple, et de sa filiale Attijari Invest, avec près de 4,5 MMDH d'actifs engagés dans 12 fonds en gestion directe et indirecte.
Voici une cartographie non exhaustive de quelques sociétés d’investissement et de gestion de la place, ainsi que les montants sous gestion dont elles disposent ou qu’elles ont investis à date. Les informations ont été recueillies par Médias24 de différentes sources publiques.
Un secteur qui peut doubler, voire tripler de taille
Ce sont ces sociétés de gestion que le Fonds Mohammed VI pour l'investissement cible pour leur confier la gestion de ses fonds thématiques. Le Fonds adopte une segmentation de son activité : intervenir en direct sur les gros projets qui nécessitent des mises importantes et déléguer le financement des fonds propres et quasi-fonds propres aux sociétés de gestion, car ce sont des projets trop nombreux, granulaires, détaillés et petits pour être étudiés et gérés par le fonds directement. C'est ce qu'a rappelé Mohamed Benchâaboun dans une allocution lors du Forum international de la chimie.
"Avoir un fonds comme le FM6I, qui confie de l’argent à gérer à un nombre donné de sociétés de gestion, va indiscutablement augmenter la taille du secteur", commente un important investisseur et fin connaisseur des milieux des affaires.
Tout dépendra de la mise initiale du FM6I dans les sous-fonds et l'effet de levier actionné par les sociétés de gestion. Mais, "ces 1 à 2 MMH réalisés actuellement peuvent devenir 2 à 3 MMDH". "On peut espérer un doublement ou, dans le meilleur des cas, un triplement de la taille actuelle du marché", commente notre source.
Un rendez-vous pour pérenniser l'économie...
L'impact de l'action du FM6I sur le secteur du capital-investissement peut créer un cercle vertueux qui va au-delà de la croissance de l'entreprise, d'un secteur ou d'un domaine. "Apporter du financement en fonds propres à l'économie débloquera également l'endettement. Il est nécessaire d'avoir des fonds propres solides pour lever de la dette. Les banques ne peuvent pas prêter lorsque les fonds propres sont faibles", rappelle notre source.
"Imaginons 30 ou 50 entreprises accompagnées, ce sont autant d'entreprises pérennisées", explique notre financier. "Ces entreprises sont celles qui feront qu'à terme la bourse verra le nombre d'entreprises cotées augmenter. L'action du Fonds sera également une pépinière ou un vivier de recrutement pour la bourse."
S'oppose à toute cette dynamique un défi de taille, ce que notre source appelle "l'envie de grandir". "La dynamique vertueuse peut s'installer à la condition d'avoir suffisamment d'entreprises, en nombre, qui se prêtent au jeu. Au final, tout cela dépend de la densité d'entrepreneurs, des hommes qui ont envie de faire grandir leur entreprise."
Les moyens sont là, la mécanique est en cours de mise en place, tout se jouera finalement sur l'envie des hommes.
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