Marges réduites, représentativité, menaces de faillite... Round up sur la crise des pharmacies d'officine

Rien ne va dans le secteur officinal qui souffre d’une crise financière sans précédent et d’un problème de représentativité. La récente polémique sur les marges des pharmaciens et la dernière déclaration du porte-parole du gouvernement sur l’organisation du secteur ont envenimé les choses. Round-up sur un secteur en crise.

Marges réduites, représentativité, menaces de faillite... Round up sur la crise des pharmacies d'officine

Le 23 mars 2023 à 11h17

Modifié 24 mars 2023 à 12h53

Rien ne va dans le secteur officinal qui souffre d’une crise financière sans précédent et d’un problème de représentativité. La récente polémique sur les marges des pharmaciens et la dernière déclaration du porte-parole du gouvernement sur l’organisation du secteur ont envenimé les choses. Round-up sur un secteur en crise.

Le secteur officinal, l’un des maillons forts du système national de la santé, mais aussi de la réforme du secteur en cours, souffre depuis quelques années de plusieurs maux, à leur tête les problèmes financiers. Sur 12.000 pharmaciens d’officine au Maroc, plus de 3.000 se disent au bord de la faillite, alors que dans son rapport de 2021, la Cour des comptes pointe au contraire les marges des grossistes et officines sur les médicaments, qu’elle estime élevées en comparaison avec d’autres pays.

La seconde problématique du secteur a trait à son organisation. Dans une déclaration récente, Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement, a souligné que le gouvernement ne disposait pas d’interlocuteurs dans le secteur officinal, d’où la préparation et l’adoption d’un projet de décret-loi encadrant les élections des Conseils régionaux des pharmaciens du Nord et du Sud. Cependant, les conseils actuels continuent de participer aux réunions sur la réforme du secteur avec le ministère de la Santé.

Une grève nationale de 24 heures début avril

Face à cette succession d’évènements, la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc a tenu, le lundi 20 mars, un conseil fédéral où des décisions ont été prises à l’unanimité par 57 syndicats des différentes villes du Royaume. La principale concerne la tenue d’une grève nationale de 24 heures pour le début du mois d’avril. D’autres grèves pourront suivre par la suite, selon la réponse du gouvernement.

Jointes par nos soins, des sources de la Fédération reviennent sur la situation actuelle de la profession, qui se résume en une phrase: "Le secteur est en crise". Nos sources estiment que la pharmacie est le maillon faible du secteur de la santé, souffrant d’une crise financière sans précédent. Cette situation est principalement due au manque d’outils de travail.

"Nous n’avons pas de guide des médicaments essentiels, qui est pourtant d’une grande importance. Lorsqu’un médicament est essentiel, le gouvernement doit maîtriser sa production au niveau local, établir des contrats-programmes pour encourager sa production, mais aussi son exportation."

"Au Maroc, l’industrie pharmaceutique est principalement focalisée sur les molécules simples comme l’amoxicilline et l’oméprazole, qui dispose par exemple de 40 génériques, alors que pour d’autres matières essentielles, on ne trouve pas d’autres génériques". Nos interlocuteurs citent l’exemple du Levothyrox, qui connaît une grande rupture sur le marché et pour lequel "il y a un seul importateur au Maroc, alors qu’il existe au moins deux ou trois autres génériques dans le monde".

"L'autre problème se situe au niveau des prix des médicaments. 80% des volumes vendus dans les pharmacies sont des produits à moins de 95 DH. Le problème réside donc dans les 20% restants."

Autre constat dans ce sens : "30% du panier de soins concerne les médicaments, dont 47% sont consommés par 3% de la population assurée. Il s’agit des personnes atteintes de maladies lourdes et chroniques. C’est sur ce volet que l’Etat doit se focaliser. Ce sont ces molécules qui doivent connaître une baisse des prix."

Et de poursuivre : "Il faut savoir également que certains médicaments sont vendus par les cliniques alors qu’ils ne devraient être proposés qu’en pharmacie. Pire, ils sont vendus en PPV, prix de vente dans les pharmacies, et non au prix hospitalier. Les patients se voient alors facturer le prix complet, comme s’ils avaient acheté ces produits au niveau des pharmacies."

"Nous n’avons pas non plus de packaging hospitalier. Dans d’autres pays, il existe des boîtes de médicaments dédiées aux hôpitaux et cliniques, de 100 unités par exemple. Au Maroc, ce sont les boîtes destinées aux patients (de 5 unités par exemple) qui sont utilisées dans les cliniques et hôpitaux."

Combien touche réellement un pharmacien ?

"En réalité, et contrairement aux conclusions du rapport de la Cour des comptes, la marge moyenne brute du pharmacien s’élève à 27% et englobe :

- une marge de 33,9% sur la tranche T1 (médicaments qui coûtent de 0 à 300 DH). Cette catégorie représente 80% des ventes des pharmaciens ;

- une marge de 29,7% sur la T2 (médicaments qui coûtent entre 300 et 1.000 DH) ;

- un forfait de 300 DH sur la T3 (médicaments qui coûtent entre 1.000 et 3.000 DH) ;

- un forfait de 400 DH sur la T4 (médicaments dont le prix dépasse 3.000 DH) ;

- une marge de 15% sur le lait infantile, ainsi que quelques marges sur les produits parapharmaceutiques.

"Lorsque l’on déduit les taxes, les charges et les salaires, la marge nette baisse à 8%", assurent nos sources. "Sur 100 DH de gain, le pharmacien ne touche donc que 8 DH."

"Le secteur représente actuellement 12 milliards de DH par an. Si l’on fait le calcul, sur 12.000 pharmaciens, chacun encaisse une moyenne d’un million de DH par an. Le gain brut et de 270.000 DH/an, et le gain net moyen est d’environ 80.000 DH sur une année."

"Nous avons également calculé les crédits des patients auprès des pharmaciens au niveau national. Il en ressort une moyenne de 20.000 DH par an par pharmacien", soit environ 240 MDH pour les 12.000 pharmacies du Royaume.

"Quand ils arrivent en pharmacie, les patients sont à sec. Après avoir effectué un examen chez le médecin, des analyses et autres, ils n’ont plus de quoi se procurer les médicaments, alors que l’objectif final, après tant d’étapes, c’est justement l’accès aux soins. Le pharmacien délivre alors les médicaments prescrits, en attendant d’être remboursé... ou pas."

En outre, plus de 5.000 spécialités pharmaceutiques à bas prix (tranche T1 et T2) ont connu ces dernières années des baisses drastiques des prix, ce qui a conduit à des pertes financières lourdes, non compensées par des mesures incitatives et d’accompagnement promises.

Résultat : plus de 3.000 officines au bord de la faillite, et la rupture, voire la disparition, de certains médicaments à bas prix par perte d’intérêt économique.

Election des Conseils de l’ordre des pharmaciens : la régionalisation abandonnée ?

Nos sources reviennent également sur la seconde problématique du secteur, relative à leur représentativité. Le 16 mars dernier, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, avait estimé que le gouvernement ne disposait pas d’interlocuteur dans le secteur officinal. "Il y a un vide, d’où la nécessité de réaliser des élections", avait-il expliqué.

Une déclaration contestée par les pharmaciens, dans la mesure où les conseils actuels continuent de participer à plusieurs réunions importantes, notamment dans le cadre du chantier royal de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) avec la Direction des médicaments et de la pharmacie, relevant du ministère de la Santé.

Rappelons-le, l’organisation de nouvelles élections dans le secteur fait polémique depuis quelques mois. Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens, dans sa composition actuelle, englobe deux conseils régionaux des pharmaciens d’officine, l’un pour le Nord, l’autre pour le Sud, un conseil des pharmaciens fabricants et répartiteurs et un conseil des pharmaciens biologistes.

Les élections réalisées en 2015 et qui devaient être réorganisées en 2019 ont été retardées par le projet de loi 98-18 visant la régionalisation des Conseils de l’ordre des pharmaciens, préparé par l’ancien ministre Doukkali, puis par la pandémie de Covid-19.

Le 17 janvier 2023, le texte avait atteint l’étape de la Commission sociale relevant de la Chambre des représentants. Les amendements proposés devaient alors être discutés et votés pour que le texte poursuive le circuit habituel d’adoption, "sauf que les choses ont été bloquées par le ministère de la Santé", expliquent nos interlocuteurs, "qui a demandé le report du vote des amendements".

"Le Parlement a clôturé sa session législative d’automne le 7 février 2023, et le projet décret-loi n°2.23.195 édictant des dispositions relatives à l’organisation des élections des Conseils régionaux des pharmaciens du Nord et du Sud a été adopté le 16 mars en Conseil de gouvernement."

"Ce texte, à caractère urgent, ne passera pas par la plénière. Après son adoption en Conseil de gouvernement, il sera accordé par la Commission, puis publié au Bulletin officiel pour entrer en vigueur."

C’est en quelque sorte un retour en arrière, vu que le projet de loi 98-18 visait la régionalisation de ces conseils pour une meilleure réponse aux besoins des habitants des différentes régions du Royaume en termes d’accès aux soins.

"Ce projet de décret-loi vise à édicter des dispositions particulières relatives à l’organisation des élections des Conseils régionaux des pharmaciens du Nord et du Sud, et ce, suite à la non-organisation de ces élections après la fin du mandat des membres des deux conseils, fixé à quatre ans", avait expliqué Mustapha Baitas.

"Il comprend des dispositions qui prévoient la création d’une commission administrative ad hoc chargée de la préparation et de l’organisation des élections, la nomination du président de la commission et de ses membres, tout en précisant la date de son entrée en fonction par un décret pris sur proposition de l’autorité gouvernementale chargée de la santé."

"Ces dispositions déterminent également les moyens de préparation et d’organisation des élections par la commission dans un délai n’excédant pas six mois à compter de la date de l’entrée en fonction de la commission, en sus de dispositions transitoires visant à assurer la continuité des activités des deux conseils régionaux concernés pendant la période d’organisation des élections."

Et d’ajouter : "Ce décret vient régler un problème de représentativité du secteur qui perdure depuis des années. Pour assurer la pérennité des caisses d’assurance, dans le cadre du chantier de la régionalisation de l’AMO, nous devons nous attaquer à plusieurs sujets, notamment la fixation des prix des médicaments."

Selon nos sources, "le gouvernement veut absolument baisser les prix de certains médicaments ; alors que les conseils actuels composant le Conseil national de l’ordre des pharmaciens, qui sont déjà en crise, refusent une baisse de leurs marges".

"Par ce décret-loi, il veut donc forcer les choses, puisque le Dahir portant loi n°1.75.237, qui réglemente actuellement le secteur, ne donne aux conseils qu’un titre consultatif seulement", concluent nos sources.

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