Les cancérologues marocains de plus en plus exposés au burn-out (Étude)

Une étude menée par seize chercheurs marocains au CHU Hassan II de Fès, auprès de différents services d’oncologie et de radiothérapie dans huit hôpitaux marocains, a mis en exergue l’étendue du burn-out dans la profession. Cet état d’épuisement professionnel, dû en grande partie à une surcharge de travail, n’est pas sans conséquence sur le suivi des patients.

Les cancérologues marocains de plus en plus exposés au burn-out (Étude)

Le 2 mars 2023 à 10h46

Modifié 3 mars 2023 à 7h09

Une étude menée par seize chercheurs marocains au CHU Hassan II de Fès, auprès de différents services d’oncologie et de radiothérapie dans huit hôpitaux marocains, a mis en exergue l’étendue du burn-out dans la profession. Cet état d’épuisement professionnel, dû en grande partie à une surcharge de travail, n’est pas sans conséquence sur le suivi des patients.

Le cancer est la deuxième cause de décès dans le monde. Cette maladie, responsable de dix millions de morts environ chaque année, nécessite une prise en charge par davantage de professionnels de santé. Ces derniers, qui font déjà face aux tensions habituelles dans les relations soignant-patient, se retrouvent exposés à des tensions plus spécifiques à la maladie cancéreuse, comme la confrontation à la souffrance et à la mort, ce qui les conduit au burn-out.

C’est ce qui ressort d’une étude intitulée "Burn out among physicians and caregivers in oncology : the Moroccan experience", réalisée par seize chercheurs marocains au CHU Hassan II de Fès, au département d’épidémiologie de la Faculté de médecine et de pharmacie de Fès, et à l’Institut de recherche sur le cancer de Fès. Elle a été publiée récemment dans des revues spécialisées.

L’étude a été menée auprès de différentes équipes au sein des services d’oncologie et de radiothérapie de huit hôpitaux marocains (CHU et hôpitaux régionaux). Elle démontre un sentiment élevé d’épuisement émotionnel et de dépersonnalisation chez les professionnels de santé sondés, et un faible sentiment d’accomplissement de soi.

Sur les 118 personnes qui ont participé à cette étude, 62,7% sont des médecins, 75,4% travaillent dans des hôpitaux universitaires et 53,4% dans les services de radiothérapie.

Par ailleurs, 64,4% sont des femmes, 50% sont mariés, 55,9% n’ont pas d’enfant, 50% vivent avec un conjoint et/ou un enfant, 79,7% n’ont aucun antécédent personnel de maladie chronique, et 73,7% ont des proches suivis pour une maladie chronique ou un cancer.

Contexte de l’étude

"Cette étude part d’un projet initial lancé auprès des patients des services d’oncologie", explique le Dr Samia Khalfi, radiothérapeute au service de radiothérapie du CHU Hassan II de Fès, jointe par Médias24.

"C’est une sorte d’enquête de satisfaction ou d’état des lieux par rapport à l’annonce du diagnostic", poursuit-elle. "Au Maroc, on ne dispose pas d’un référentiel d’annonce qui codifie la façon dont celle-ci doit se faire au sein d’un hôpital. Chaque médecin fait donc à sa manière."

D’après les réponses collectées, "il s’est avéré qu’il y avait un grand problème par rapport aux médecins cancérologues, dans la mesure où la plupart sont en situation de burn-out et, par conséquent, ne consacrent pas le temps nécessaire pour expliquer le diagnostic aux patients".

"C’est à partir de là que l’on a eu l’idée de mener cette étude sur le burn-out", qui a pour objectif d’évaluer la prévalence du burn-out et son impact psychologique sur les professionnels de santé, et de déterminer les facteurs qui prédisposent au risque de burn-out.

La surcharge de travail, principale cause du burn-out

D’après le Dr Samia Khalfi, "le burn-out chez les médecins oncologues est principalement dû à une charge de travail élevée, compte tenu du déficit des professionnels de santé".

L’autre raison évoquée par notre interlocutrice a trait "au nombre élevé de gardes. Il y a également la nature de l’oncologie en tant que spécialité, qui est déprimante. Dans les services d’oncologie, les médecins sont davantage en contact avec des patients en fin de vie ou au dernier stade de la maladie. Ils sont donc plus exposés au burn-out par rapport aux radiothérapeutes, qui voient plutôt des patients curatifs".

 

Épuisement émotionnel et faible sentiment d’accomplissement de soi

Dans la présente étude, les auteurs prennent en considération trois dimensions du burn-out : l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et l’accomplissement personnel. Si 60,2% des participants estiment que le nombre d’employés est suffisant, 65,3% d'entre eux considèrent que la charge de travail est élevée.

Par ailleurs, 58,5% estiment que les moyens de protection dans ce service sont insuffisants, et les trois quarts pensent que l’organisation du travail est insuffisante. Ce manque d’équipement et d’organisation est significativement associé à un très faible niveau d’accomplissement de soi.

Les résultats de l’étude démontrent également que le sentiment d’épuisement émotionnel est très élevé (81,4%), en particulier chez les professionnels de santé ayant un proche atteint d’une maladie chronique ou d’un cancer, ceux qui travaillent dans des hôpitaux régionaux et auprès des femmes.

Il en ressort aussi un score élevé pour le sentiment de dépersonnalisation (79,7%), notamment chez les hommes et les professionnels ayant des antécédents de suivi psychiatrique.

"Des niveaux significativement élevés d’épuisement émotionnel et de dépersonnalisation s’expliquent, pour leur part, par le fait que les oncologues traitent majoritairement des patients métastasés ou en fin de vie, avec un taux de mortalité plus élevé par rapport aux radio-oncologues, qui traitent majoritairement des cancers curables", soulignent les auteurs.

En ce qui concerne le sentiment d’accomplissement personnel, il est faible (46,6%) chez la majorité des participants de l’étude, particulièrement chez les femmes et les soignants qui considèrent que les mesures de protection et l’organisation du travail sont faibles.

"La prévalence élevée d’épuisement émotionnel et un faible sentiment d’accomplissement personnel chez les femmes oncologues pourraient s’expliquer par le manque de mentorat, le manque de confiance des patients et le fait d’être des mères qui travaillent pour subvenir aux besoins de leur famille", ajoutent les auteurs.

"Être marié et avoir des enfants protège contre la dépression et l’anxiété"

Pour ce qui est des facteurs prédictifs de la dépression et de l’anxiété, l’étude relève une association significative entre le nombre élevé d’astreintes par mois et l’épuisement émotionnel chez les professionnels de santé. "L’augmentation de la charge de travail est un facteur de risque de survenue de la dépression et de l’anxiété", indique-t-elle. Elle démontre aussi une association significative entre les antécédents psychiatriques des soignants et la survenue de la dépression et de l’anxiété.

Des niveaux d’anxiété élevés ont par ailleurs été observés chez les soignants qui n’ont pas d’enfants, tout comme des scores élevés de dépression chez les divorcés et les célibataires. Il y a donc une association significative entre la dépression et l’état matrimonial. Etre marié et avoir des enfants sont considérés comme des facteurs de protection contre la dépression et l’anxiété.

Recommandations des auteurs

"Il y a plusieurs volets à traiter pour faire face au burn-out chez les médecins oncologues. Tout d’abord, le manque de médecins doit être résolu, notamment par une hausse des postes de recrutement par le ministère de tutelle", explique le Dr Samia Khaldi.

"En ce qui concerne le problème de l’organisation du travail, on aimerait qu’il y ait, au niveau des hôpitaux, une démarche qualité pour réduire la charge de travail. Les médecins sont généralement amenés à accomplir les tâches des infirmiers ou des brancardiers car il n’y a pas assez de personnels."

"Il serait également préférable de mettre en place des tests psychologiques et psychotechniques pour le choix des spécialités, au lieu de les choisir par classement. Des personnes qui ont tendance à déprimer ou à être particulièrement sensibles ne doivent pas exercer certaines spécialités, telles que l’oncologie ou la chirurgie par exemple", suggère encore le Dr Samia Khaldi.

"Enfin, il faudrait mettre en place un suivi psychologique au profit des médecins cancérologues. Cette approche n’existe pas dans les hôpitaux marocains", conclut-elle.

 

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