Débat. N'est-il pas temps de reconnaître la darija en tant que langue à part entière ?

A l'occasion de la journée internationale de la langue maternelle, nous avons posé la question de savoir pourquoi la darija reste toujours confinée dans son rôle de dialecte. Sollicités par Médias24, trois experts marocains font le tour de la question.

Débat. N'est-il pas temps de reconnaître la darija en tant que langue à part entière ?

Le 26 février 2023 à 16h33

Modifié 27 février 2023 à 10h23

A l'occasion de la journée internationale de la langue maternelle, nous avons posé la question de savoir pourquoi la darija reste toujours confinée dans son rôle de dialecte. Sollicités par Médias24, trois experts marocains font le tour de la question.

La darija est le nom communément donné à la langue maternelle marocaine. Elle est souvent assimilée à un dialecte arabe, mais n’est pas comprise par la majorité des autres peuples arabes. Même si elle emprunte à l’arabe standard la majorité de son vocabulaire, la structure de ses phrases et sa syntaxe sont plus proches de l’amazigh, ce qui pousse à s’interroger sur les raisons pour lesquelles elle peine encore à être reconnue en tant que langue à part entière.

La darija domine le paysage linguistique marocain. On la retrouve dans la rue, les médias, le travail, le discours politique, le discours religieux, le théâtre, le cinéma, la musique, la publicité... En somme, partout ! C’est la première forme d’expression linguistique au Maroc. C’est indéniablement l’une des principales manifestations de l’identité et de la culture marocaine.

Normal, dira-t-on, puisque c’est la langue maternelle de la grande majorité des Marocains. Mais qu’est-ce qui empêche donc de la reconnaître en tant que langue à part entière ? Que lui manque-t-il pour être considérée en tant que telle et non plus comme un dialecte ?

A l’occasion de la journée internationale de la langue maternelle, célébrée le 21 février, nous avons posé la question à trois universitaires marocains :

  • Driss Khrouz, ancien directeur de la Bibliothèque nationale du Royaume et membre du conseil d’administration de l’Institut royal de la culture amazighe.
  • Khalil Mgharfaoui, professeur à l’Université Chouaib Doukkali d’El Jadida et co-auteur du dictionnaire de la Darija.
  • Abdellah Chekayri, professeur à l’Université Al Akhawayn et co-auteur du dictionnaire de la Darija.

Pour les trois spécialistes, il n'y a aucun doute : la darija a tous les attributs d’une langue à part entière. Néanmoins, il lui faut un travail d’aménagement et de standardisation pour qu’elle soit écrite et puisse être enseignée.

Toutes les langues étaient au départ des dialectes

Selon Driss Khrouz, « historiquement, toutes les langues sans exception, sont issues de dialectes. C’est-à-dire des parlers localisés, dont la forme dominante est l’oralité. Les linguistes affirment que la langue n’est rien d’autre qu’un dialecte avec une armée et une marine ».

« Prenez n’importe quelle langue : le latin, par exemple, qui a engendré l’espagnol, l’italien, le français. Toutes ces langues sont d’abord et historiquement des langues parlées dans des localités. Même l’arabe standard, historiquement, est un dialecte qui a donné lieu à des poèmes et des contes fantastiques, et puis le jour où il a été écrit et standardisé, c’est devenu une langue. Une fois qu’elle est assez riche et qu’elle se propage, elle évolue et elle donne lieu à d’autres langues qui ont la même racine », explique-t-il.

Les structures de phrases sont proches de l’amazigh, mais ce n’est ni l’amazigh ni l’arabe, c’est une langue à part, je suis catégorique (Driss Khrouz)

La darija est déjà une langue à part entière

« Les travaux de recherche ont montré que la structure de la darija est une synthèse remarquable entre l’amazigh et l’arabe. Dans sa syntaxe et sa construction, elle n’est pas comme l’arabe, mais emprunte beaucoup plus à l’amazigh ».

«Son vocabulaire s’est enrichi avec l’arabe standard, sous l’effet de l’école, des médias. Les réseaux sociaux empruntent la même logique, ce qui fait qu’on minimise la darija et qu’on en fait une langue mineure. Mais scientifiquement, il n’y aucune raison de la considérer comme une non-langue ».

« Regardez les diwans du melhoun, c’est d’une telle beauté, c’est fantastique. Ça se conjugue, ça s’articule, il y a le nom, le prénom, le verbe, et il y a une syntaxe qui est la sienne. C’est une langue à part entière. Les structures de phrases sont proches de l’amazigh, mais ce n’est ni l’amazigh ni l’arabe, c’est une langue à part. Je suis catégorique là-dessus », ajoute-t-il.

Abdellah Chekayri est tout aussi catégorique : « C’est déjà une langue à part entière. Elle n’est peut-être pas au même niveau de l’arabe standard, car cela demande un peu de travail. Mais revenez au début des années 2000, où on parlait de dialectes amazighs (lahajat), maintenant on parle de la langue amazighe. Ce qui est arrivé entre-temps, c’est simplement un travail d’aménagement linguistique. La même chose peut être faite avec la darija ».

Pour Khalil Mgharfaoui aussi, elle est une langue à part entière « dans la mesure où elle a un nom, c’est identifié, chacun peut distinguer si c’est de la darija ou de l’arabe standard ».

« Est-ce que la darija aujourd’hui a toutes les fonctionnalités d’une langue. Moi je dis qu’elle les a mais pas toutes, car elle n’a pas été travaillée, et une langue qui ne se travaille pas s’appauvrit. La Darija n’a pas été travaillée, pour la raison qu’elle a toujours été assimilée à une majorité de la population analphabète versus une population lettrée qui a appris à l’école l’arabe standard, présumé supérieur », estime Driss Khrouz.

Avant de passer à l’écriture, un travail d’aménagement et de standardisation

Khalil Mgharfoui aussi affirme de son côté que « toutes les langues sont à l’origine des langues orales. L’homme a commencé par parler, puis par écrire. L’écriture permet de stabiliser un peu la langue, pour se retrouver dans une sélection de langue raffinée et qu'elle devienne un outil efficace ».

C’est la raison pour laquelle il appelle aussi à mener un travail de standardisation qui permettra à la darija de devenir une langue de transmission écrite. « On voit par exemple sur la publicité qu’il n’y a pas une norme d’écriture. Chacun écrit comme il veut, met ce qu’il veut, il n’y a pas de standardisation, il faut travailler sur cet aspect-là ».

« Ce sont des choses qui relèvent de la linguistique, c’est un travail à faire. Il faut développer des dictionnaires, pour qu’on sache les expressions et les variétés qu’il y a dans la darija. Il faut aussi travailler la grammaire et le lexique », explique-t-il.

Ce travail d’aménagement est essentiel, il faut juste qu’il soit mené par des experts, et non pas par les réseaux sociaux (Abdellah Chekayri)

Pour Abdellah Chekayri, dans la voie de la reconnaissance de la darija en tant que langue à part entière, « il faut d’abord prendre le temps de l’aménager et de connaître son potentiel ».

Ce travail d’aménagement consiste, d’après lui à développer une grammaire, un dictionnaire, des standards d'écriture et des méthodes d'enseignement. « La darija a déjà une grammaire, il est question de la ressortir de façon claire et facile à enseigner. Le vocabulaire aussi. Là où on trouve ce vocabulaire, c’est dans les histoires qu’on raconte à nos enfants ».

« Ce travail d’aménagement est essentiel, il faut juste qu’il soit mené par des experts, et non pas par les réseaux sociaux », souligne-t-il. Il reconnaît par ailleurs que le doublage des séries en darija a contribué à sa manière à une forme de sa standardisation.

Cette standardisation a besoin d’un cadre académique et formel

Pour nos experts, il ne s’agit donc pas de figer ou de cloisonner la darija, parce qu’une langue par nature prête et emprunte à d’autres langues, mais il y a un travail de standardisation, de codification et d'aménagement à faire, et pour cela elle a besoin d’un cadre académique et officiel.

A titre d’exemple, la darija n’a pas besoin d’une grammaire, elle l’a déjà, mais il faudra la formaliser et la transcrire pour que la langue puisse s’apprendre et s’écrire, insiste Driss Khrouz.

L’article 5 de la Constitution est très clair sur la préservation des parlers et des expressions culturelles pratiqués au Maroc.

« Il faut travailler la darija dans un cadre académique, avec des chercheurs qui la parlent et qui parlent d’autres langues, car toutes les langues se travaillent par analogie ».

« On la travaille pour la codifier et pour avoir des repères. Car toutes les langues sont basées sur des conventions, ce n’est pas à chacun d'inventer sa propre convention. Il faut qu’il y ait des instances nationales de chercheurs, de connaisseurs, qui collectent les données pour les comparer et les faire évoluer. Il ne s’agit pas de paris, ou de pile ou face, ce n’est pas un jeu de hasard. Tel mot, s’il est d’origine arabe, amazigh ou autre, on fait la filiation, s’il ne l’est pas on le codifie », explique Driss Khrouz.

Il ajoute que le gouvernement a l’obligation de mener ce travail étant donné que l’article 5 de la Constitution est très clair sur la préservation des parlers et des expressions culturelles pratiqués au Maroc. Il a même prévu une représentation au niveau du Conseil national des langues et de la culture marocaine.

Comme dans les autres langues, il y a des diversités au sein de la darija

« Certains disent que la darija est une variété de l’arabe standard, que l’arabe est la variété haute et la darija, la variété basse, avec cette notion que certains appellent diglossie. Mais ce n’est pas tout à fait juste, parce qu'il y a déjà tous les niveaux de langues au sein de la darija même », affirme Khalil Mgharfaoui

« On a une darija littéraire, avec des écrits romanesques et des chansons sous forme de poèmes. Nous avons une darija moyenne, ou raffinée ( مهذبة ), une darija qui est enrichie de beaucoup de termes abstraits. Parce que la darija est assez pauvre en vocabulaire, quand on parle à des gens simples, ils n’ont pas besoin de parler philosophie », ajoute-t-il.

« C’est pour cela que les langues empruntent à d'autres. Quand on a voulu prendre un mot en arabe pour ‘philosophie’ on n’a pas trouvé d’autre nom que ‘فلسفة’. La darija a fait la même chose en empruntant ces termes abstraits de l’arabe. Ce qui laisse croire que c’est aussi un niveau de langue par rapport à l’arabe standard ».

« Et puis il y a la darija du quotidien, celle qu’on parle à la maison avec les parents, les amis.... Moi je suis toujours choqué quand on parle d’un autre niveau, encore plus bas qui serait l’argotique, c’est celui par exemple des jeunes qui parlent avec un langage violent mais c'est leur expression, comme dans les chansons de rap. C’est ce qu’on appelle en darija ‘لغة ديال الزنقة’. Celui qui le dit interdit cette façon de parler à la maison. Il ne demande pas de parler arabe standard, il demande à parler la darija de la maison », explique Mgharfaoui.

« D’autres diront qu’il y a la darija du nord, du sud... Tant mieux, quand on formalisera la langue, on trouvera des synonymes, des homonymes. Qu’il y ait des différences régionales, tant mieux ! », signale Driss Khrouz

Pour Abdellah Chekayri aussi, les dialectes régionaux ne posent pas problème :« On dit souvent que la darija est composée de plusieurs dialectes. Mais est-ce que vous avez déjà eu besoin d’un traducteur pour parler à une personne d’une autre région au Maroc ? ».

« Les rares différences sont concentrées dans ce qu’on appelle les langues de frontière, par exemple le dialecte utilisé à Oujda ou à Tanger », ajoute-t-il.

La darija n’est pas en concurrence avec l’arabe

Pour Khalil Mgharfaoui, si la darija n’est pas encore reconnue en tant que langue à part entière, c’est aussi pour des considérations qui ne sont pas liées à la langue elle-même. « Le problème vient du fait que l’on considère que tout développement de la langue maternelle qui est darija est une destruction de la langue arabe standard. Et donc dès qu’on dit darija, on pense à remplacer l’arabe standard ».

« Un peu comme on a toujours compris que l’arabisation, c’est d’abord de ne pas parler français. C’est-à-dire que l’on considère qu’il faut évacuer une langue du terrain, pour que l’autre s’installe automatiquement, alors que ce n’est pas vrai. Pour l’arabe et la  darija, il y a beaucoup de gens qui pensent que c’est la même chose, ils pensent que s’intéresser à darija, c’est effacer l’arabe », poursuit Mgharfaoui.

« C’est absurde, parce que d’abord l’arabe standard a une grande littérature et une longueur d’avance énorme et que la darija ne pourra jamais la remplacer en l’espace d’une génération ou deux, ce n’est pas possible ».

« S’il y a un changement, ce ne sera qu'une évolution, puisque l’arabe standard lui-même a beaucoup évolué, et les textes qu’utilisent les journaux actuellement n’ont rien à voir avec les textes d’il y a 14 siècles. Mais c’est une évolution qui s’est faite en douceur. C’est par la loi de la nature qui dit que les choses vivantes évoluent », indique Mgharfaoui.

« Certains pensent aussi que si on adopte la darija, les gens ne pourront plus comprendre le Coran. Mais c’est déjà une réalité, puisque le Coran nécessite non seulement un apprentissage à l’école de la langue de l’arabe standard, mais encore d’aller plus loin dans l’apprentissage de l’arabe. Sa compréhension n’est pas à la portée de tous sinon, les travaux et les écrits sur l’interprétation du Coran (Tafssir) n’auraient pas lieu d’être. Cela démontre que ce n’est pas accessible linguistiquement dès le départ ».

Chekayri est du même avis. Pour lui ,« ceux qui craignent que cela va toucher l’islam ou la lecture du Coran, ont tort, parce que la plupart des musulmans ne se trouvent pas dans le monde arabe. Au Pakistan, en Inde, en Indonésie ou en Malaisie, vous trouvez qu’ils sont moins musulmans ? ».

Pour lui aussi, pas de crainte sur l’arabe standard, puisque le lien entre l’arabe et la darija au niveau lexical est déjà très fort. « Le dictionnaire que nous avons réalisé, avec le soutien de la fondation Zakoura, a montré qu’il existe 80% de similitudes entre l’arabe standard et la darija ».

Le problème vient du fait qu’on considère que tout développement de la langue maternelle qui est la darija est une destruction de la langue arabe standard

Pour Driss Khrouz également, « la darija ne gêne en rien l’arabe standard, ni l’amazigh, ni l’anglais ou le français. Elle a toute sa place, parce que c’est une richesse. Lorsqu’on entend du Melhoun, qu’est-ce que c’est beau. Il suffit de gratter pour retrouver des mots, des phrases, des logiques et leur donner de la force. La force de l’image, de la parabole, de l’imaginaire dans la darija c’est une richesse fantastique ».

« Quelques puritains vous diront qu’elle va concurrencer l’arabe. Non elle ne le concurrencera pas. Elle n’a pas les mêmes domaines d’intérêt. Même si évidemment, elles sont liées, et tant mieux ».

« Ceux qui affirment qu’on a trop de langues, je dis qu’il ne faut pas les mettre en concurrence. Il y a des langues d’enseignement, des langues enseignées, des langues optionnelles, et il n’y a pas que l’école, il y a aussi le théâtre, la musique, le show, l’écriture, et tous les domaines de l’art et de la créativité ».

Pour les caractères d’écriture aussi il n’y a pas de risque pour l’arabe, puisque « les gens qui travaillent avec la darija, la transcrivent en arabe, tant mieux mais pourquoi chercher à la transcrire autrement alors que l’arabe est là », ajoute-t-il.

C’est la darija qui unit tous les Marocains partout au monde. Lui donner de l’importance c’est se réconcilier avec l’identité nationale, c’est revaloriser une composante importante du patrimoine marocain

Un socle entre les Marocains et une réconciliation avec l’identité nationale

« La darija est un socle remarquable entre tous les Marocains quelle que soit leur région. En en faisant une langue nationale travaillée et standardisée, les gens ne seraient plus complexés de parler darija », affirme Driss Khrouz.

Les origines amazighes et arabes des Marocains font que cette langue est l’expression de cette mixité et du patrimoine culturel marocain.

Quand on dit que l’identité des Marocains c’est l’arabe standard, c’est une aberration. L'identité des Marocains, c'est leur langue maternelle (Khalil Mgharfaoui)

« C’est la darija qui unit tous les Marocains partout dans le monde. Lui donner de l’importance c’est se réconcilier avec l’identité nationale, c’est revaloriser une composante importante du patrimoine marocain », recommande Abdellah Chekayri.

« On ne peut pas dire que la darija ne sert à rien, alors que c’est un facteur d’unité. C’est ce qui nous fait plaisir qu’on se rencontre, c’est la langue de l’amour, avec les amis, avec la famille », ajoute-t-il.

« Il suffit maintenant qu’on brise cette barrière qui laisse croire que c’est une langue dégradée, ou qu’elle n’a pas le droit ou les capacités d’être enseignée à l’école, ou que c’est un danger pour l’identité. Quand on dit que l’identité des marocains, c’est l’arabe standard, c’est une aberration. L’identité des Marocains c’est leur langue maternelle », affirme catégoriquement Khalil Mgharfaoui.

« C’est avec la darija ou l’amazigh que les Marocains sont éduqués de zéro à six ans, avant d’aller à l’école, et c’est pendant cette période-là que la personnalité de l’enfant se forge ».

« Il y a des pays africains qui sont en avance sur nous, ils n’ont pas de complexe à transformer leur dialecte, la langue maternelle, en langue nationale. Ils n’ont pas de complexe à l’écrire, comme les Français écrivent le français, les Allemands écrivent l’allemand, les Turcs le turc, etc. ».

Il n’y a pas une langue qui aurait un handicap particulier pour transmettre des connaissances

La darija est déjà une langue d’éducation

« Sur cette capacité de la darija à transmettre des connaissances et à être un outil de l’enseignement, il y a aussi une méprise ou une incompréhension des choses. Toutes les langues sont capables de faire cela », estime Khalil Mgharfaoui.

« C’est-à-dire qu’il n’y a pas une langue qui aurait un handicap particulier pour transmettre des connaissances. Le seul handicap qu’il peut y avoir, c’est le cumul des connaissances exprimées dans cette langue, même pour l’arabe d’ailleurs ».

« Toute langue peut servir à l’enseignement, d’autant plus que la notion de l’emprunt facilite la chose. C’est-à-dire qu’il suffit de prendre les termes en anglais ou les ramener sur les schèmes de l’arabe. C’est une règle assez simple et la réalité le montre ».

« Nos étudiants scientifiques, quand ils reçoivent le cours en arabe standard ou en français à l’université, ils sortent de l’université pour le comprendre en darija. Il est presque impossible de trouver des étudiants qui révisent un cours, le faire autrement que par la darija. Donc ils comprennent en darija, et au moment de la restitution, ils le font en arabe standard ou en français », explique-t-il.

Pour sa part, Abdellah Chekayri recommande que « les trois premières années du primaire soient enseignées en darija, le temps qu’ils apprennent la lecture et l’écriture ». Car comme c’est une langue que les enfants comprennent déjà, ils pourront plus facilement apprendre et développer leur imagination. « L’imagination en darija est plus facile, parce que c’est une langue maternelle. Mais tant qu’elle n’est pas aménagée, on ne peut pas l’enseigner », signale-t-il.

« Lorsque vous demandez à un élève de donner son avis sur l’école, sur la vie, de développer son sens critique, de développer sa communication, c’est plus facile de le faire avec la langue maternelle. L’enfant en est parfaitement capable, mais il ne faut pas lui dire de le faire avec l'arabe standard », ajoute Chekayri.

Il est presque impossible de trouver des étudiants qui sont en train de réviser un cours, le faire autrement que par la darija

« Ensuite, pour les autres langues, on développe des passerelles. Dans tous les pays on fait la même chose, c’est ce que font les Espagnols, les Italiens et tous les autres peuples. Je ne vois pas pourquoi on ne peut pas faire la même chose avec l’arabe et les autres langues », s’exclame-t-il.

Khalil Mgharfaoui est du même avis. Pour lui, on n'a pas assez conscience de l’efficacité que peut apporter l’utilisation de la darija dans l’enseignement et dans la transmission des connaissances.

« Les Arabes devraient d’abord apprendre à écrire dans leur langue maternelle, les premières années, puis passer à l’arabe standard qui est commun à tous les pays arabes », précise-t-il.

Une erreur de branding ?

Par ailleurs, nous nous sommes posés la question de savoir si la darija ne souffrait pas d’une erreur de branding. Le mot « darija » signifie littéralement « dialecte » en français. Ceci revient à dévaloriser systématiquement la langue maternelle marocaine. Pourquoi ne l’appellerait-on pas juste « le marocain » ? Sur wikipedia, le portail consacré au dialecte égyptien s’appelle « masri », quant à celui consacré au dialecte marocain, il s’appelle « darija ».

Nous avons posé la question à nos spécialistes qui ne sont pas tout à fait d’accord avec cette idée. Khalil Mgharfaoui nous explique que dans d’autres pays de la région, comme la Tunisie, la société civile qui milite pour la promotion du dialecte local l’appelle également « tounsi ».

Mais pour lui, ce n’est pas très juste linguistiquement parlant que de confiner l’appellation à un espace qui correspond aux frontières politiques d’un pays. Il rappelle dans ce sens que les Algériens dont le dialecte est largement similaire au marocain, l’appellent également « darja ».

Pour Chekayri, « il s’agit de l’arabe avec des spécificités locales, ce qui unifie les dialectes arabes est beaucoup plus grand que ce qui les divise ». C’est la raison pour laquelle ils préfèrent le nommer « l’arabe marocain ». Mais pour lui « l’appellation est un faux problème ».

Driss Khrouz, quant à lui, est pour qu’elle maintienne son appellation de darija, même s’il avoue que c’est une sorte de minorisation de la langue. « Moi je suis pour que ce soit une langue, pas une langue officielle, parce qu’il ne faut pas qu’il y ait des guerres de langue, on en a déjà deux. Mais en même temps qu’elle s’ouvre à toutes les formes de parlers locaux, qu’elle les ramasse », déclare-t-il. Il recommande pour cela, de développer une société civile qui en fasse la promotion.

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