30.000 ha perdus chaque année : comment préserver les terres de parcours ?

Particulièrement dégradés par l’activité anthropique et en proie au réchauffement climatique, les pâturages naturels nécessitent un suivi régulier et une réhabilitation pour assurer la survie du cheptel et des populations qui en dépendent. Le point avec Jaouad Zemamou, ingénieur pastoral, et Hamid Mahyou, chercheur à l’INRA.

30.000 ha perdus chaque année : comment préserver les terres de parcours ?

Le 21 février 2023 à 16h19

Modifié 21 février 2023 à 17h30

Particulièrement dégradés par l’activité anthropique et en proie au réchauffement climatique, les pâturages naturels nécessitent un suivi régulier et une réhabilitation pour assurer la survie du cheptel et des populations qui en dépendent. Le point avec Jaouad Zemamou, ingénieur pastoral, et Hamid Mahyou, chercheur à l’INRA.

Vitales pour l’élevage pastoral, les terres de parcours se dégradent, notamment à cause de la désertification, qui est à l’origine de la perte moyenne de 30.000 ha de végétation par an, selon l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Pour y remédier, des actions de gestion sont indispensables, dont la plantation d’arbustes et la formation des éleveurs. 

Mais l’efficacité de ces actions dépend de la mise en place d’un suivi spatio-temporel des ressources pastorales. Grâce à ce suivi dit de "télédétection satellitaire", les actions de gestion et de réhabilitation des terres de parcours dégradées sont mieux ciblées.  

Il n’en faudra pas moins, car l’élevage pastoral est un mode de vie complexe qui repose sur le maintien d’un équilibre fragile, entre les pâturages, le cheptel et la population locale dans les zones semi-arides et arides. Ces zones, qui représentent plus de 90% de la superficie du Royaume, sont caractérisées par la rareté des ressources et des conditions climatiques extrêmes, limitant l’utilisation des terres pour d’autres activités ou pour l’adoption d’un mode de vie différent. 

A l’image de la zone saharienne, la zone présaharienne et la zone de l’arganier, la végétation des terres de parcours et de pâturages naturels du Royaume n’est pas abondante. Elle prend la forme de steppes, arbustes et autres prairies utilisées essentiellement pour la production animale. Des terres qui jouent un rôle fondamental à plusieurs égards.

Une banque de gènes in situ

D’un point de vue environnemental, les terres de parcours protègent le reste des terres de la désertification par leur couverture végétale. Elles participent également à lutter contre l’effet de serre consécutif à la séquestration du dioxyde de carbone. 

Lignes de partages pour de grands fleuves, les parcours naturels se caractérisent par une végétation d’une grande diversité. Une véritable banque de gènes in situ, composée de plus de 4.000 espèces et sous-espèces dont des plantes médicinales et des germoplasmes pour les plantes cultivées. 

Sur le plan agronomique, les terres de parcours constituent la ressource d’alimentation principale pour le bétail dans les systèmes d’élevage extensif. Économiquement, ces terres fournissent des produits et services essentiels, à l’image du bois de feu destiné aux populations locales, et constituent des zones de prédilection pour l’éco-tourisme. 

Forte pression des activités anthropiques 

Bien que les pâturages naturels remplissent des fonctions environnementale et socio-économique déterminantes, ils se dégradent et se réduisent d’année en année, notamment à cause de la sécheresse récurrente, de la désertification, du surpâturage, de la mise en culture à grande échelle et du défrichement.

De surcroît, le mode de fonctionnement des sociétés pastorales a mué en raison des changements climatiques et des évolutions socio-économiques qui en découlent. D’où l’abandon progressif des règles traditionnelles d’usage des parcours. 

Autrefois, les systèmes d’élevage extensifs étaient basés sur l’exploitation collective et la mobilité des troupeaux. Plus intensifs de nos jours, ils sont marqués par la sédentarisation et l’individualisation de l’utilisation des terres de parcours.

Autant de transformations qui ont accéléré le processus de fragmentation et de dégradation de cet écosystème. Préoccupante, cette situation est aussi liée à un manque de compétences des éleveurs, qui souffrent d’une absence de sensibilisation. 

Un rendement faible et limité 

Dans la région de Guelmim Oued Noun, l’élevage représente l’activité principale de la population locale et la source majeure de revenus des éleveurs, encouragés par l’étendue des parcours et les conditions naturelles qui ont conféré à la région une vocation davantage pastorale qu’agricole.   

Les 4,2 millions dhectares de parcours naturels que compte la région profitent à 212.706 têtes d’ovin, 240.380 têtes de caprin et 32.760 têtes de camelin, pour une production totale de viande rouge de la filière ovine et caprine de l’ordre de 3.957 T et 885 T de viande rouge issue de la filière cameline.

"Un rendement faible et très limité", estime Jaouad Zemamou, ingénieur pastoral et auteur d’une étude sur l’intégration de l’adaptation aux changements climatiques dans l’approche de développement de l’élevage pastoral, dans la région de Guelmim Oued Noun. 

"Il est nécessaire de définir les principes et les règles régissant la gestion de ces espaces pour une meilleure exploitation rationnelle et durable des ressources, et de renforcer la capacité d’adaptation de ce secteur aux changements climatiques", plaide-t-il. 

Plantation d’arbustes, scarification, mise en repos…

Outre la mise en œuvre de la loi pastorale (N° 113-13) sur la transhumance pastorale et l’aménagement et la gestion des espaces pastoraux et sylvopastoraux, depuis 2016, plusieurs programmes de réhabilitation ont été mis en place par le ministère de l’Agriculture. De multiples méthodes sont utilisées dans ce cadre. En voici quelques-unes :

- la plantation d’arbustes ; 

- la mise en repos ;

- le re-semis ;

- la collecte des eaux pluviales ;

- la scarification des sols pour casser la croûte et permettre le semis ;

- la collecte des semences pastorales et leur multiplication ;

- la gestion du pâturage.

A Guelmim-Oued Noun, le Programme transrégional pour le développement des parcours et la régulation des flux transhumants, d’un coût de 400 MDH, a permis : 

- la plantation d’atriplex sur 4.800 ha ;

- la création de périmètres de mise en défense des espaces pastoraux sur 126.000 ha ;

- la construction de 180 km de pistes ; 

- l’acquisition de 11 camions-citernes ;

- la mise en place de 1.625 points d’eau mobile ;

- la création de 200 points d’eau fixes.

Pour ce qui concerne la plantation d’atriplex, des arbustes résistant aux embruns et à la sécheresse, seulement 29% de l’objectif initial (qui était de 17.000 ha) ont été réalisés, principalement en raison de la difficulté de mobiliser du foncier, surtout dans les provinces de Guelmim et de Sidi Ifni. 

"Les terrains collectifs sont rares dans ces deux provinces", explique Jaouad Zemamou. "Le statut dominant est le Melk", reprend-il. "La mobilisation de ces terres est donc ardue, à cause de la réticence des populations qui s’opposent à l’amélioration pastorale, craignant de perdre leurs terrains de manière définitive."

La sensibilisation des populations est donc lune des clés de voûte de lamélioration des terres de parcours, au même titre que celle des éleveurs sur les techniques de gestion des parcours. Sans oublier l’élaboration d’un plan d’adaptation aux changements climatiques pour une bonne gestion des pâturages.

"Il est nécessaire d’intégrer les changements climatiques en tant que dimension importante dans les stratégies sectorielles et dans toute politique d’amélioration pastorale", assure notre interlocuteur. Il annonce l’intention du ministère de l’Agriculture de mettre en place des incitations et aides financières "pour toute action visant l’amélioration pastorale". 

Google Earth Engine et télédétection 

Aussi pertinentes soient-elles, ces solutions reposent sur "l’état des données actuelles et fragmentées des terres de parcours qui ne tiennent pas compte des changements à long terme", regrette Hamid Mahyou, chercheur à l’INRA et auteur d’un ouvrage scientifique sur les nouvelles approches de surveillance des terres de parcours.  

L’idéal serait donc de pallier cette insuffisance d’informations précises au sujet de la dynamique des espaces pastoraux pour anticiper les changements. En ce sens, "la surveillance des terres de parcours est fondamentale pour fournir aux décideurs un outil opérationnel adapté au suivi spatio-temporel des ressources pastorales", indique le chercheur.  

Cette surveillance est axée sur l’usage de la géométrie pour le suivi des terres de parcours. Plus communément appelée "télédétection", elle assure un suivi des terres de parcours, du climat et des changements climatiques des écosystèmes pastoraux. 

Il est également question d’évaluer l’occupation des sols des écosystèmes pastoraux et de prédire la sécheresse, en s’appuyant sur des indices climatiques et de végétation. Ces données sont récoltées grâce à un système de veille qui se base sur le système national de suivi de la campagne agricole et de prédiction agro météorologique des récoltes céréalières, CGMS-Maroc, et Google Earth Engine.

"A ce titre, une étude pour chaque région du Royaume est d’ores et déjà élaborée, afin de délimiter les espaces pastoraux et la qualité de l’offre fourragère", conclut Jaouad Zemamou.  

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