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CULTURE

Distribution cinématographique au Maroc, un marché dominé par deux groupes français

DÉBAT. Brassant un chiffre d’affaires annuel inférieur à 20 MDH, ce marché est détenu par deux groupes français, Pathé BC Afrique et Mégarama. Leur cumul des fonctions d'exploitant de salles et de distributeur ne laisse que quelques miettes au reste de la profession.

Distribution cinématographique au Maroc, un marché dominé par deux groupes français
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Le 21 février 2023 à 17h55 | Modifié 22 février 2023 à 21h59

Peu connu au Maroc, le métier de distributeur est l'un des trois maillons essentiels du circuit commercial d'un film après celui de producteur et avant celui d’exploitant. Après la fin de la crise sanitaire qui avait impacté toute la chaîne de production cinématographique, Médias24 a sollicité trois sources fiables pour connaître le poids réel de la distribution et les acteurs qui font la pluie et le beau temps dans ce secteur.

L'interface entre le producteur et l'exploitant de salles de cinéma

Concernant le métier de distributeur, Pierre-François Bernet, distributeur-exploitant du groupe Ciné Atlas, nous explique que lorsque qu’un film est prêt à être diffusé, son producteur revend les droits mondiaux de diffusion à des distributeurs nationaux, puis à d’autres territoires à l'étranger.

Le rôle du distributeur qui se situe entre les activités de producteur et d’exploitant de salles, consiste à acheter au premier les droits "monde" du film avant de les mettre en dépôt-vente chez le second; une étape essentielle de sa commercialisation pour intéresser ensuite les télévisions en vue de multiplier les recettes commerciales.

Détenteur des droits, le distributeur transmet alors une copie du film à chaque exploitant qui gère sa promotion auprès du public cible, avant de le projeter dans les salles en espérant réaliser un maximum d’entrées.

Les recettes générées par les spectateurs sont ensuite partagées en fonction de l’accord négocié entre le distributeur et l’exploitant ; et si le film continue d’attirer des spectateurs, le taux pourra être renégocié.

Qui sont les grands distributeurs ?

Depuis les années 1980, le nombre de salles de cinéma n'a cessé de décroître pour stagner à une trentaine au dernier décompte. Quant aux distributeurs, bien que le CCM en recense officiellement une cinquantaine, seuls sept exercent vraiment sur la place.

Dans l'ordre, le secteur compte d'abord la société Pathé BC Afrique (filiale française à 33%) qui grâce à ses droits africains du catalogue des films Warner, Universal, TF1, Pathe gaumont ... devient de facto le premier distributeur au Maroc.

Après avoir construit son premier complexe à Casablanca, le groupe Mégarama a pu étoffer sa programmation, durant un certain temps où il n’avait pas de concurrents, par la distribution quasi exclusive de films de studios américains ou européens. Depuis, elle a pris pour partenaire le distributeur marocain Films Event Consulting.

Quant au groupe CinéAtlas, il commercialise les films de Warner et d'indépendants européens qu'il diffuse dans ses complexes de Rabat et d'El Jadida.

Côté marocain, on recense aussi Marrakech Spectacles, distributeur et propriétaire du cinéma Colisée à Marrakech, qui représente en Afrique francophone toutes les franchises de films produits par les majors de Hollywood à savoir Métropolitan et Disney (Marvel, Pixar, Star Wars).

Viennent ensuite Canal 4, dirigé par Imane Mesbahi, puis Concept Mena, géré par Siham Faydi, qui distribuent plutôt les productions nationales comme, par exemple, la comédie intitulée Dados qui cartonne actuellement dans les salles.

On peut enfin rappeler que Films Event Consulting est un nouvel entrant qui a distribué en 2022 pas moins de 50 films sur un total de 200 d'origine marocaine et étrangère.

Un chiffre d’affaires annuel qui plafonne à 16 millions de dirhams

Pour estimer le chiffre d’affaires annuel des distributeurs, Bernet préfère se référer à l’année 2019 avant que la crise sanitaire n'entraîne une désaffection de la fréquentation des salles de cinéma en 2020-2021, et même jusqu'à 2022.

"Sachant que cette année de référence a généré 80 MDH de recettes hors taxes (1,8 millions d’entrées à 50 dirhams/ticket), et que le retour moyen des distributeurs est de 40%, soit 32 MDH, dont le producteur récupère au moins 50%, leur chiffre d’affaires annuel est au final d'environ 16 MDH", estime Bernet, qui explique la faiblesse de ce chiffre par le nombre limité de salles de cinéma.

Des acteurs principaux trop gourmands ?

Plus critique sur le fonctionnement du secteur de la distribution, une autre source fiable affirme que la modestie du chiffre d’affaires annuel n’empêche pas les deux plus grands acteurs du marché, à savoir Pathé BC Afrique et Mégarama, d’exercer un monopole de fait, avec, selon lui, un investissement de départ très limité.

"Hormis la promotion du film qu’ils s’engagent à assurer pour développer le nombre de spectateurs, les distributeurs n’ont pas de dépenses importantes et leur intermédiation est au final tout bénéfices."

"Dans les faits, ils se contentent en effet de convaincre les exploitants de diffuser le film ; et un acteur comme Mégarama qui possède actuellement plus gros parc de salles de cinéma du Maroc peut imposer aux producteurs une répartition des recettes à son avantage. Cela peut atteindre les 70%-30% alors que partout ailleurs dans le monde, elle est plutôt de 30%-70%, voire au maximum de 50%-50%", affirme notre source.

"Un monopole de fait détenu par les propriétaires de grands complexes"

Pour y remédier, certains producteurs essayent de vendre directement leurs films en particulier marocains, aux exploitants mais le fait que le plus gros propriétaire de salles du Maroc soit la société Mégarama ne leur facilite pas vraiment la tâche car elle peut refuser de le diffuser si un minimum de pourcentage des recettes en salles ne lui revient pas.

De plus, sachant que le groupe Pathé BC Afrique devrait bientôt ouvrir ses propres complexes cinématographiques au Maroc, le futur exploitant de salles pourra par conséquent et à l’image de Mégarama, imposer aux producteurs un pourcentage de recettes au moins égal à 50%, alors que la direction du CCM avait, selon notre source, essayé par le passé de plafonner à ce taux.

"Faut-il interdire le cumul distribution-exploitation ?"

Des "abus" qui poussent une source officielle à s’interroger sur la pertinence du cumul des fonctions d'exploitant de salles et de distributeur.

"Quand on sait que la relation contractuelle entre le producteur et l’exploitant qui s’improvise distributeur est totalement libre, les autorités de tutelle ne peuvent en effet rien imposer à ce dernier qui peut fixer le taux de son choix. En sus, le distributeur-exploitant va parfois jusqu'à imposer et obtenir du producteur la gratuité supplémentaire des droits d’un ou deux films pour accepter de diffuser le film principal dans ses salles", conclut notre source.

En contact direct et régulier avec les différents acteurs du circuit cinématographique, notre interlocuteur avance que le secteur de la distribution est en train de surpasser celui de la production en termes de bénéfices, surtout pour les films marocains qui sont moins demandés que les œuvres étrangères à fort succès.

Précisons qu'après la publication de notre article, Mégarama qui était injoignable durant toute la journée s'est défendue d'imposer un pourcentage de recettes aux producteurs en assurant n'avoir aucun contact avec eux alors que nos tentatives de joindre les autres acteurs concernés sont restées sans réponse.

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Le 21 février 2023 à 17h55

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