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Nadorcott : l'étonnante histoire d'une mandarine marocaine très convoitée

De meilleure coloration, facile à éplucher et sans pépins, les caractéristiques de la mandarine Nadorcott en font une variété convoitée. Retour sur l'histoire de cette variété visée par des demandes d'annulation de son titre de protection.

Nadorcott : l'étonnante histoire d'une mandarine marocaine très convoitée

Le 5 février 2023 à 18h21

Modifié 6 février 2023 à 6h41

De meilleure coloration, facile à éplucher et sans pépins, les caractéristiques de la mandarine Nadorcott en font une variété convoitée. Retour sur l'histoire de cette variété visée par des demandes d'annulation de son titre de protection.

La récente décision de l'Office communautaire des variétés végétales (OCVV) a permis de conserver la protection communautaire du titre "Nadorcott", une variété marocaine de mandarines. La demande en appel visant l’annulation de ladite protection, initiée par la société espagnole Eurosemillas, a donc été rejetée. En d’autres termes, la marque est bien marocaine.

Cela dit, cette procédure a duré de nombreuses années et a été précédée par une autre demande d’annulation de la protection par la Fédération valencienne de coopératives agricoles qui date de 2005. Celle-ci avait également été rejetée tant en premier ressort qu’en appel.

Pour comprendre les enjeux autour de la protection de cette variété, il faut revenir à sa découverte, au Maroc, dans les années 80 et à son développement au fil des années. Selon un professionnel du secteur, “la variété Nadorcott a été découverte au Maroc par les Domaines agricoles et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Sa protection n’a été faite que relativement tard et, entre-temps, elle a fuité vers diverses destinations, notamment en Espagne, puisqu’une branche d’arbre suffit à multiplier la variété”.

Dans sa récente décision, l’OCVV retrace l’histoire de la variété Nadorcott, remontant à sa découverte dans les années 80 jusqu’à la plus récente demande en annulation de la protection du titre Nadorcott initiée par Eurosemillas.

La découverte de Nadori

L’Office indique que des arbres de la variété Murcott ont été plantés dans plusieurs parcelles de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) au Maroc, dont une dans la ville d'Afourer.

Selon le même document, c’est entre 1981 et 1982 que M. Nadori, chercheur à l’INRA, a trouvé dans la population de semis de la variété Murcott, plantée entre 1963 et 1964, l'arbre originel de la nouvelle variété cataloguée ‘INRA 21 W’. Cet arbre, apparemment un croisement entre Murcott et un pollinisateur inconnu, a attiré son attention, car son fruit avait une meilleure coloration, était facile à éplucher et avait moins de pépins, toutes caractéristiques très appréciées pour leur intérêt commercial.

Par la suite, des greffes de l'INRA 21 W furent envoyées à la Société des services agricoles au Maroc (SASMA) (entité regroupant les agriculteurs de la filière agrumes au Maroc), sous le nom d'INRA W pour réaliser des tests de performance. Entre 1983 et 1984, la SASMA a distribué des pousses INRA 21 W aux agriculteurs de différentes régions pour observer leur comportement.

Mais l'expérience a échoué : les arbres ont produit des fruits avec un nombre excessif de graines, la variété n'a donc pas été considérée comme intéressante et, par conséquent, les agriculteurs ont procédé à l'abattage des arbres en 1985.

Quelques années plus tard, précisément en 1988, M. Nadori a identifié des arbres INRA W âgés de 5 ans sur la ferme des Domaines agricoles à Dar Es-Salam, initialement plantés sous le nom de Murcott SASMA, qui ont ensuite été renommés Afourer à sa demande pour faire allusion à leur origine et éviter toute confusion avec la variété Murcott.

Au printemps de la même année, M. Nadori a observé que si certains fruits vert jaunâtre de ces arbres (résultat d'une floraison hors saison) étaient sans pépins, les fruits rose orangé en avaient beaucoup. Il a alors procédé, l’année suivante, à la couverture des arbres Afourer de Dar Es-Salaam avec l'arbre INRA 21 W de la station d'essai INRA Afourer avec un filet anti-insectes avant la période de floraison. Les arbres couverts produisaient des fruits sans pépins, tandis que les arbres nus avaient beaucoup de graines.

Il rapporte alors sa découverte aux Domaines agricoles et à l'INRA et informe cette dernière de la nécessité de mettre en place des parcelles expérimentales pour procéder à une évaluation de la variété Afourer sur le marché. Sur la base de cette demande, des parcelles expérimentales ont été développées au Maroc à partir de 1990.

Selon l’OCVV, la variété Nadorcott a été cédée à Jean de Maistre qui a déposé, en 1995, auprès de l’Office, la demande d’enregistrement de la protection communautaire des obtentions végétales pour cette variété de mandarine. Celui-ci a transféré, deux ans plus tard, tous ses droits sur la variété à la société Nadorcott protection (NCP) qui en est le propriétaire actuel.

C’est en 2004 que l’Office a accordé la PCOV à la variété Nadorcott dont la publication au Journal officiel de l’Office date du 15 décembre de la même année.

Les demandes d’annulation

Le 11 février 2005, la Fédération valencienne des coopératives agricoles (FECOAV) a déposé un recours en annulation de ladite protection. Mais sa demande a été rejetée tant en premier ressort qu’en appel quelques années plus tard (2008).

La première requête initiée par la société espagnole Eurosemillas date, quant à elle, de 2016. Elle vise également l’annulation de la PCOV relative à Nadorcott.

Toujours selon la décision de l'OCVV, le rejet de cette demande, par l'Office, date de 2019. Un mois plus tard, la société espagnole a formé un recours contre la décision de rejet. Et c'est en date du 2 janvier 2023 que la chambre de recours de l'Office a rendu sa décision : le recours est recevable mais il n'est pas dûment motivé et donc rejeté.

Selon notre première source, “cette décision représente une grande nouvelle pour les propriétaires et les producteurs de la Nadorcott dont fait partie le Maroc. Ceux-ci payent des redevances pour avoir le droit d’exploiter cette variété”.

La source du conflit avec la société espagnole revient au fait que “des matières végétales de la variété Nadorcott ont été envoyées à l’Université Riverside aux Etats-Unis à titre expérimental, mais celle-ci en a profité pour développer la variété dans le pays et pour la transformer via des techniques de radiation. C’est ainsi qu’a été créée une nouvelle variété appelée : la Tango”.

Longue bataille juridique

“Celle-ci est au coeur du problème, puisqu’elle a été reprise et commercialisée par la société espagnole Eurosemillas. Cette dernière est allée jusqu’à prétendre que c’est la Nadorcott qui est dérivée de la Tango”, explique la même source.

Et d’ajouter: “c’est ainsi qu’une longue et coûteuse bataille a démarrée puisque la société espagnole a demandé l’annulation de la protection du titre Nadorcott auprès de l’OCVV. Mais l’Office a permis, à travers sa décision, de faire prévaloir les propriétés de la variété Nadorcott sur la Tango”.

Par ailleurs, il convient de souligner que l’enjeu de cette affaire est important. Selon la même source, “si Eurosemillas avait obtenu gain de cause, cela aurait donné le droit aux propriétaires de la Tango de continuer à la multiplier et ainsi, à augmenter la concurrence sur le marché entre les deux variétés. Ceci aurait détruit de la valeur pour tous, surtout que la Tango a déjà atteint un niveau de production assez élevé qui concurrence la Nadorcott”.

“Aujourd’hui, la Nadorcott est une variété qui est plantée dans le monde entier. Dans certaines régions, la plantation est réalisée dans le respect d’un cadre réglementaire avec paiement des royalties, mais dans d’autres régions ce n’est pas le cas. En tous cas, au niveau du marché européen, la Nadorcott est protégée jusqu’en 2029”, conclut-elle.

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