Le pouvoir d'achat a baissé de 1,9% en 2022: d'où vient ce chiffre et que signifie-t-il?
Le HCP estime la baisse du pouvoir d’achat des ménages en 2022 à 1,9%. D’où vient ce chiffre et que révèle-t-il sur les débats actuels au sein de l’économie nationale pour sortir de cette situation ?
1.9%, c'est l’estimation du Haut Commissariat au Plan (HCP) pour ce qui concerne la perte de pouvoir d’achat des ménages en 2022. Un chiffre apparu dans le dernier rapport du budget prévisionnel 2023 du HCP. Selon les auteurs du rapport, cette donnée reflète le différentiel entre d'une part l’augmentation du revenu disponible brut des ménages (+4,5%) et d'autre part le niveau de l’inflation que subit le Maroc (6,4%)* comme le reste du monde. Un choc particulièrement ressenti en 2022 suite à la guerre en Ukraine.
Niveau de vie en dégradation depuis 2019
Pour Zakaria El Faiz, économiste au HCP et contributeur au rapport, "ce différentiel permet de calculer à partir des agrégats de la comptabilité nationale, le pouvoir d’achat des ménages défini comme la quantité des biens et services qu’un ménage peut acheter aujourd’hui avec leurs revenus en comparaison avec ce qu’il pouvait acheter une année auparavant".
À partir de là, selon l'économiste, cette baisse du niveau de vie des Marocains n’est pas seulement due à l’augmentation des niveaux des prix. On peut aussi l’appréhender du point de vue des revenus disponibles bruts. La baisse est donc aussi liée aux difficultés des entreprises marocaines depuis la pandémie du Covid impliquant plus de chômage et des difficultés d’accès à l’emploi et donc à des revenus en contexte inflationniste. « Ce sont des effets de second rang qui touchent le revenu disponible brut des ménages, doublement pénalisés par les difficultés économiques et l’augmentation des prix à la consommation», affirme El Faiz.
Pour lui, la faiblesse de la croissance marocaine (1,3% en 2022 contre 7,9% en 2021) a limité l'augmentation des revenus disponibles des ménages à 4,5% en 2022 contre 9,2% en 2021. Ces revenus disponibles ont entièrement été engloutis par le niveau de hausse des prix qui a atteint 6,4% en 2022, engendrant mécaniquement une baisse du pouvoir d’achat.
Le HCP est revenu à plusieurs occasions sur la détérioration du niveau de vie des Marocains. Ainsi en plus du rapport sur le budget prévisionnel 2023, une autre étude, diffusée en octobre dernier, estime que le niveau de vie des Marocains s’est dégradé au total de 7,2% au niveau national, entre 2019 et 2022.
Cette baisse a le plus touché les ménages vulnérables à bas revenus qui ont vu leur niveau de vie baisser de 8% sur la même période. Les ménages intermédiaires ont quant à eux vu leur niveau de vie diminuer de 6,6%, alors que les ménages les plus aisés ont connu une baisse de 7,5% de leur niveau de vie. En conséquence selon les chiffres du HCP, 3,2 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté ou dans la vulnérabilité entre 2019 et 2022 par les effets conjugués de la crise pandémique et de l’inflation.
Inflation endogène Vs exogène
Toutefois, tient à préciser El Faiz, « il ne s’agit pas uniquement de la conséquence des hausses des prix. L’évolution des prix est une donnée imposée par un contexte international. Mais l’action sur l’amélioration des revenus peut être un levier important pour en baisser les conséquences et préserver le pouvoir d’achat ».
Cette affirmation vient de la conviction au sein du HCP que l’origine de l’inflation est encore d’ordre exogène. Une analyse étayée dans la publication périodique du département d’Ahmed Lahlimi, Les Brefs du Plan, publiée le 25 janvier sous le titre Évolution de l’inflation des produits échangeables et non échangeables au Maroc.
L’auteur de l’article Mohamed El Maliki, Chef de division des indices statistiques à la Direction de la Statistique au sein du HCP affirme ainsi que « l’inflation constatée est gouvernée par la structure des coûts de production engendrés par la hausse successive des prix du pétrole et des produits importés. Ce phénomène s’est répercuté, par effet psychologique, sur la plupart des produits et services ».
Et de conclure plus loin : « L’analyse de l’inflation selon ce critère d’échangeabilité montre la forte contribution des produits échangeables de l’ordre de 79,9 % dans l’inflation constatée. Ainsi, l’inflation en 2022 est causée par des facteurs d’origine externe suite aux déséquilibres des chaînes d’approvisionnement après la pandémie du Covid-19. Cette hausse a été accentuée par l’effet du conflit russo-ukrainien et l’augmentation de l’inflation chez nos principaux partenaires économiques ».
Baisser les prix coûte que coûte
Un point de vue qui n’est pas tout à fait partagé au niveau du gouvernement. Selon une source de haut niveau, « nous n’avons pas d'éléments objectifs pour déterminer à quel point ce critère d’échangeabilité est pertinent dans la définition de l’origine de l’inflation au Maroc. Ce que l’on constate cependant, c’est que depuis quelques mois, l’inflation n’est pas seulement exogène mais elle est aussi endogène. Elle touche l’économie réelle à travers la hausse des prix des matières premières et des transports qui se répercutent sur le prix des produits issus des entreprises nationales. Ce n’est plus seulement une répercussion psychologique mais aussi l’intégration des hausses des intrants sur les coûts de production et les prix notamment des produits de consommation courante ».
Et d’ajouter, « l’action du gouvernement a largement contribué à juguler les effets de l’inflation et la limiter à 6,6% au lieu de 9,6%. À travers la politique budgétaire, 40 milliards de dirhams ont été distribués notamment en subventions et en compensation. Aujourd’hui que l’inflation a été “endogénéisée”, l’action de la Banque centrale, qui cherche in fine à faire baisser la demande, tendra à limiter encore plus l’inflation. Il s’agit cette année de trouver un bon policy-mix entre politique monétaire et budgétaire pour des résultats encore plus importants sur la stabilité des prix et par conséquent sur le niveau de vie des ménages ».
En somme, il ne faut pas trop compter sur la croissance comme levier pour améliorer le niveau de vie, mais au contraire sur une limitation de la demande pour avant tout faire baisser les prix. Les paris sont lancés.
(*) Il s'agit ici d'une estimation de l'inflation globale en 2022 et pas seulement de la hausse des prix à la consommation. Cette dernière s'est élevée à 6,6% (source HCP, chiffre définitif).
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