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"La poudre de lait permettra de maintenir les prix des produits laitiers" (experts)

La subvention de la poudre de lait écrémé est l’une des mesures mises en place par le ministère de l’Agriculture pour pallier la baisse de l’offre sur le marché national. Quel est l'impact de cette décision sur les usines de production de lait et sur les éleveurs ? Et que dit la loi sur le recours à la poudre de lait ? Éléments de réponse.

"La poudre de lait permettra de maintenir les prix des produits laitiers" (experts)

Le 24 novembre 2022 à 18h51

Modifié 24 novembre 2022 à 18h51

La subvention de la poudre de lait écrémé est l’une des mesures mises en place par le ministère de l’Agriculture pour pallier la baisse de l’offre sur le marché national. Quel est l'impact de cette décision sur les usines de production de lait et sur les éleveurs ? Et que dit la loi sur le recours à la poudre de lait ? Éléments de réponse.

Comme annoncé par Médias24 dans un article précédent, l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII) a annoncé, le 21 novembre, la prise en charge par le Budget général de l’Etat (BGE) du droit d’importation (DI) applicable au lait écrémé en poudre et au beurre, ainsi que la TVA applicable à ce DI.

Cette mesure, qui a pris effet le 17 novembre dernier, restera en vigueur jusqu’au 31 octobre prochain selon l’ADII, soit durant un peu plus d'une année.

"Gagner sur les quantités de lait frais"

Concrètement, comment cette mesure se traduira-t-elle sur le marché, sachant que le recours à la poudre de lait pour le lait UHT est réglementé ?

Jointe par nos soins, une source au sein de la Fédération interprofessionnelle du secteur laitier "Maroc Lait" nous confie que "cette circulaire fait partie d’un ensemble de mesures que nous avons sollicitées auprès de l’Etat".

Ces produits, qui sont actuellement très chers à l'international, "sont taxés au Maroc [poudre de lait écrémé et beurre, ndlr], ce qui provoqué mécaniquement une hausse des prix au niveau national. Cette mesure vise ainsi principalement à alléger les coûts des produits laitiers sur le marché".

En effet, la poudre de lait écrémé, importée par le Maroc de différents pays étrangers, connaît une flambée sans précédent au niveau international.

A titre d’exemple, en Europe, le cours de la poudre de lait écrémé commence à peine à se stabiliser en ce mois de novembre aux alentours de 2.500 euros par tonne, après avoir frôlé les 5.000 euros par tonne vers le mois d’avril.

Quant au cours du beurre, il se stabilise également ce mois-ci aux alentours de 4.000 euros par tonne, après avoir dépassé les 7.000 euros par tonne en octobre dernier.

A ces prix s’ajoutent les droits d’importation appliqués par le gouvernement marocain à ces produits, ainsi que la TVA applicable à ces droits, lesquels s’élèvent à 50% pour la poudre de lait écrémé et à 2,5% pour le beurre, "sauf pour les origines préférentielles telles que l’Europe, avec qui nous disposons d’un accord de libre-échange, notamment pour les produits agricoles", nous confie une source au sein de la Douane.

Tous ces facteurs peuvent expliquer les différentes hausses de prix annoncées ces derniers mois sur certains produits laitiers, notamment par Nestlé Maroc par exemple, comme le lait en poudre pour enfants.

"C’est donc une mesure prise par le gouvernement pour alléger les prix pour les consommateurs", ajoute notre interlocuteur à Maroc Lait, qui rappelle que "cette poudre de lait est notamment utilisée par l’industrie laitière dans la production des dérivés des produits laitiers, tels que le yaourt. Elle nous permettra ainsi d’économiser le lait frais, qui servira essentiellement à produire le lait pasteurisé, et donc de gagner sur les quantités de lait frais", qui sont déjà en baisse.

Reconstituer les stocks, notamment pour le mois de Ramadan

Un autre expert dans la filière laitière contacté par Médias24 nous indique, pour sa part, que "vu la faible offre de lait actuellement sur le territoire national, les usines pourraient peut-être utiliser cette poudre pour la production de lait reconstitué".

"Ce n’est certes pas comparable au lait frais, mais c’est mieux que rien, en particulier dans le contexte actuel", poursuit-il, tout en rappelant que cela n'est possible qu'en cas de dérogation.

"Il s’agit donc d’une mesure urgente prise par le gouvernement afin d’assurer l’approvisionnement du lait sur le marché", ajoute-t-il. "Elle permettra ainsi de résoudre la problématique de la faible offre de lait, et surtout de reconstituer le stock, notamment pour le mois de Ramadan qui approche à grands pas."

Usage de la poudre de lait : ce que dit la loi

"Au Maroc, le recours au lait en poudre pour la production du lait reconstitué n’est autorisé qu’en cas de crise. Le lait frais pasteurisé, tel qu’il est défini, ne doit pas contenir de poudre de lait", rappelle notre expert.

"Pour s’en assurer, le gouvernement a introduit un traceur dans la poudre de lait. C’est une matière que l’on ajoute à la poudre de lait importée, qui permet de détecter si le lait frais contient de la poudre de lait."

"L'introduction de ce traceur est intervenue après l'enregistrement, en 2018, d'une augmentation significative des quantités de lait en poudre importées au Maroc. On a donc commencé à soupçonner les usines laitières d’utiliser cette poudre pour la production du lait, tout en le présentant comme étant du lait frais pasteurisé."

En effet, en 2018, alors que la campagne de boycott de produits laitiers battait son plein, les producteurs du secteur étaient soupçonnés d’utiliser la poudre de lait pour fabriquer du lait reconstitué qu’ils vendaient en tant que lait frais ; une pratique interdite par la loi.

En réponse à cette polémique, un décret (2-18-709), modifiant et complétant l'ancien décret (2-00-425) relatif au contrôle de la production et de la commercialisation du lait et produit laitier, a été publié par le gouvernement. Ce texte a d’abord reformulé la définition du lait reconstitué, comment étant "le produit obtenu par addition d’eau au lait en poudre dans la proportion nécessaire pour rétablir le rapport spécifié eau/ solides laitiers", en précisant que "la fabrication des laits reconstitués stérilisés, et stérilisés UHT, n’est autorisée que dans les conditions qui seront fixées par arrêté du ministre chargé de l’Agriculture".

Ce texte a également évoqué la mise en place d'un traceur qui permet au gouvernement de s’assurer que le lait frais ne contient pas de poudre de lait. "Seul le lait en poudre et les préparations laitières, additionnés de l’amidon soluble à la dose de cinq grammes pour 1.000 grammes de poudre, peuvent être utilisés par les établissements et entreprises de fabrication de laits traités et produits laitiers", indique le décret. Cet amidon est utilisé comme traceur, facilitant le contrôle du produit fini.

Le recours à la poudre de lait est donc réglementé, mais encore faut-il que son utilisation prenne fin une fois que la filière laitière sortira de sa crise.

Quelle conséquence pour les éleveurs ?

Selon nos sources, "cette mesure servira essentiellement aux usines de transformation, et donc aux consommateurs".

En revanche, "les éleveurs pourraient être indirectement impactés, dans la mesure où la prise en charge des DI et de la TVA applicable à ces DI permettra aux usines de réduire la pression relative à l’approvisionnement du marché national en lait, mais aussi d’augmenter leurs chiffres d’affaires, ce qui pourrait par la suite les amener à augmenter le prix du lait à la production", estimé actuellement aux alentours de 5 DH par litre.

"Si l'on n’atteint pas 6 DH/l, les éleveurs, dans les conditions actuelles, ne pourront ni reconstituer leur cheptel ni retrouver le niveau d’activité d’il y a quelques années", conclut notre expert.

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