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Abderrazak El Hiri : “La crise inflationniste menace les objectifs du PLF”

Le monde académique réagit au projet de loi de finances et considère que les hypothèses sont fragiles et pourraient être compromises si l’inflation n’est pas maîtrisée. Les conjonctures économiques internationale et nationale, caractérisées par de fortes incertitudes, laissent peu de place à l’optimisme.

Abderrazak El Hiri : “La crise inflationniste menace les objectifs du PLF”

Le 15 novembre 2022 à 10h10

Modifié 15 novembre 2022 à 10h41

Le monde académique réagit au projet de loi de finances et considère que les hypothèses sont fragiles et pourraient être compromises si l’inflation n’est pas maîtrisée. Les conjonctures économiques internationale et nationale, caractérisées par de fortes incertitudes, laissent peu de place à l’optimisme.

La maîtrise de l’inflation à un taux soutenable de 2% devra être au cœur de la politique gouvernementale pour 2023, sans quoi les autres hypothèses sur lesquelles a été construit le projet de loi de finances ne pourront être réalisées, estime Abderrazak El Hiri, professeur de l’enseignement supérieur à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, lors d’un colloque organisé ce vendredi 11 novembre à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès.

Une forte inflation impactera l’investissement et la consommation

Dans la littérature académique, il n’y a pas de doute sur l’effet négatif de la hausse de l’inflation sur la croissance. En revanche, le lien de causalité dans le sens contraire n’est pas aussi clair, souligne Abderrazak El Hiri.

Une forte inflation pourra dissuader l’investissement puisque la rentabilité des projets devrait, dans ce cas, être compromise. La hausse de l’inflation signifie également une perte de pouvoir d’achat des ménages, ce qui conduit à une baisse de la consommation et de la demande.

Tout ceci va menacer le taux de croissance ciblé en 2023. Si le taux de croissance de 4% sur lequel est construit le projet de loi de Finances ne se réalise pas, les autres indicateurs pourront également s'effondrer.

L’enseignant-chercheur a rappelé que, dans le même sens, le projet de loi de Finances de 2022 tablait sur un taux de croissance de 3,2%, alors que les estimations actuelles ne sont que de 0,8%. Il a rappelé par la même occasion qu’entre 1967 et 2021, le pays a eu une croissance moyenne de 4,4%. Ce qui est loin d’être suffisant pour un pays comme le Maroc. “Il y a une panne de croissance”, observe l’universitaire.

Une conjoncture internationale difficile

La conjoncture économique actuelle est, pour le moins que l’on puisse dire, difficile”, estime Abderrazak El Hiri. Pour appuyer ses propos, il cite le Fonds monétaire international (FMI) qui évoque des perspectives sombres pour l’économie mondiale, notamment à cause de la crise du pouvoir d’achat.

Il considère que c’est un pessimisme réaliste, compte tenu des nombreuses incertitudes qui caractérisent la conjoncture mondiale actuelle.

La hausse des taux d’intérêt partout dans le monde, et surtout aux États-Unis (taux directeur de 4%), menace également d’un ralentissement économique à grande échelle. Le FMI ne prévoit que 2,9% de croissance à l’échelle mondiale en 2023, contre 3,2% en 2022 et 6% en 2021.

Le spectre de l’inflation au Maroc s’élargit

L’inflation au Maroc est actuellement estimée à 8%, soit quatre fois plus que le taux que connaît le Maroc habituellement pendant les vingt dernières années, rappelle Abderrazak El Hiri.

Le Maroc est entré en conjoncture inflationniste, essentiellement à cause de facteurs extérieurs, dont la hausse des prix des hydrocarbures. La zone euro connaît une inflation qui frôle les 10%. Le risque de la contagion reste très important car c’est le principal partenaire commercial du Maroc.

“Pendant les trois derniers mois, l’inflation s’élargit. Elle a été observée également pour les produits non commerciaux”, signale le directeur du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en économie, finance et management des organisations (LIREFIMO). “Parmi les 116 sections de produits qui font partie de la méthode de calcul de l’inflation, la part des sections qui ont connu une inflation dépassant les 2% est passée de 42,2% en janvier 2022 à 60,3% en août 2022”, ajoute-t-il.

Il considère également que tant que la guerre en Ukraine se poursuivra, il n’y aura pas d’indicateurs laissant espérer que la tendance s’inversera.

Les objectifs du PLF sérieusement menacés

Le PLF 2023 a fixé quatre priorités : renforcer les bases de l’État social, la stimulation de l’économie nationale (recherche de croissance), réduire les disparités sociales et territoriales, la récupération des marges financières afin d’assurer la durabilité des réformes.

Mais ces objectifs peuvent être compromis avec la conjoncture économique difficile. Hormis la menace sur la croissance économique, la réduction des disparités sociales sera également un grand défi.

Compte tenu de la pression sur les ressources hydriques, les conditions météorologiques de l’année 2023 seront décisives. Le PLF table sur une croissance du revenu non-agricole de 2,9% contre une croissance du revenu agricole de 12,9%. Il part sur une hypothèse de récolte de blé de 75 millions de quintaux. En cas de bonne pluviométrie, les objectifs du gouvernement seront plus facilement atteints, souligne-t-il.

Dans le cas contraire, et si la forte inflation persiste, l’État sera obligé d’augmenter ses dépenses publiques pour éviter le creusement des disparités sociales, ce qui menacera l’équilibre budgétaire. “Le taux de déficit budgétaire ciblé de 4,5% sera alors difficilement atteignable.”

Les indicateurs sociaux sont déjà inquiétants

Selon les chiffres du HCP repris par le professeur Abderrazak El Hiri, 3,2 millions de personnes sont passées soit sous le seuil de la pauvreté, soit sous le seuil de vulnérabilité (HCP).

La pauvreté au Maroc a augmenté pour revenir au niveau de 2014 ; ce sont huit années d’amélioration perdues. L’inflation a contribué à 55% à cette situation, toujours selon les chiffres du HCP. “En plus des effets de la pandémie, l’inflation a fait que le pouvoir d’achat des ménages s’est détérioré de 5,5% et le pouvoir d’achat des individus de 7,2%.”

D’autre part, le taux de confiance des ménages est à son plus bas depuis la création de cet indice en 2008. Les chiffres reflètent le pessimisme ambiant, puisque 99,1% des ménages ont déclaré que les prix des produits alimentaires avaient augmenté lors des 12 derniers mois, tandis que 76,4% prévoient que les prix vont continuer à augmenter durant les 12 prochains mois.

En même temps, 89% des ménages ont déclaré ne pas pouvoir épargner pendant les 12 prochains mois. Ces indicateurs peuvent avoir des effets négatifs sur la consommation, signale Abderrazak El Hiri.

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