Comment protéger les villes contre l'accroissement des risques d'inondations
La Banque mondiale rappelle que l'intensification des inondations dans le monde suite aux bouleversements climatiques, menace aussi le Maroc. Quelles sont les solutions pour protéger les villes face à la recrudescence des inondations, qui mettent à nu les failles des plans d’aménagement urbain.
Il a suffi d’un orage pour que certaines artères et trémies de la ville de Fès se retrouvent sous l’eau, mardi 11 octobre. Certes, les dégâts n’ont pas été importants, mais ils peuvent parfois être catastrophiques.
Le souvenir des inondations à Casablanca et Mohammedia dans les années 2000, ainsi que le drame de Tanger en 2021, lors duquel 28 personnes avaient trouvé la mort dans un atelier de textile, disent tout le danger des inondations et de l’importance de s’en prémunir.
Dans un rapport récent, la Banque Mondiale souligne que le Maroc devra investir 78 milliards de dollars d'ici 2050 pour atténuer les effets du changement climatique et ce, essentiellement dans la lutte contre la pénurie d'eau, la décarbonation et la prévention des inondations.
Si les outils de modélisation sont précieux pour prédire l’évolution des inondations et esquisser les différents scénarios possibles, ils n’en restent pas moins imprécis. Raison pour laquelle l’instauration de mesures pour atténuer le risque et les effets des inondations est indispensable.
En plus des avancées réalisées par la Direction de la gestion des risques naturels, relevant du ministère de l’Intérieur, Médias24 a sondé un professionnel en management des risques naturels, exerçant dans la région de Marrakech, afin d’assimiler ce phénomène et de définir les pistes pour en réduire les conséquences.
Crues et inondations pluviales
Une inondation désigne une submersion temporaire, par l’eau, d’une terre qui n’est pas submergée en temps normal. Cette expression recouvre plusieurs types d’inondations :
- inondations pluviales ;
- crues des rivières ;
- torrents de montagne ;
- remontées de nappes ;
- ruissellements urbains et agricoles ;
- submersions marines au-delà des limites du rivage de la mer.
Ces formes d’inondations sont aggravées par le réchauffement climatique qui augmente leur fréquence et amplitude. Les villes sont concernées par les crues, et plus particulièrement par les inondations pluviales. Elles frappent dans un espace-temps restreint, ce qui augmente mécaniquement leur intensité.
“L’urbanisation, qui est en pleine expansion, amplifie aussi les dégâts causés par ce phénomène naturel”, affirme l’expert en management des risques naturels. La construction de routes et de dallages non absorbants de la pluie en sont les principales causes.
“D’où l’importance de prendre ce risque en considération dans l’aménagement des villes, car les infrastructures de canalisation urbaines sont inadaptées à la nouvelle donne climatique”, ajoute-t-il.
Aménagement des lits des oueds et évacuation des canaux
La multiplication des espaces verts dans les villes contribue à l’absorption des eaux lors des inondations. Mais cette contribution est minime par rapport à d’autres mesures d’aménagement territorial.
“Il faut opter pour un aménagement solide des lits des oueds qui traversent les villes et prévoir des ponts urbains”, avance notre interlocuteur. Il s’agit notamment de travaux d’aménagement et d’élargissement des canaux affluents des oueds, mais aussi du renforcement des canalisations afin d’augmenter le débit des crues déversées.
L’intervention des services chargés de l’assainissement pour la collecte des déchets et l’évacuation des canaux d’assainissement n’est pas moins déterminante. Ces infrastructures critiques sont cruciales dans le processus de résilience territoriale. Mais elles ne semblent pas avoir évolué en fonction des impératifs imposés par le changement climatique.
Étant donné que les inondations s’accompagnent d’une quantité d’eau importante à évacuer, les réseaux peuvent être rapidement saturés ; plus encore si les bouches sont obstruées par les déchets. D’où l’importance de la collecte et de l’évacuation des canaux d’assainissement.
La construction de petits barrages en amont des villes est également une option à prendre en compte, “car ces édifices réduisent les risques des inondations et pourront être utilisés pour produire de l’électricité”. Mais cette solution présente un bémol majeur. Les orages sont des phénomènes qui peuvent frapper sans distinction temporelle ou spatiale. Dans le cas où le ciel ouvre ses vannes en aval des barrages, ces ouvrages seront tout simplement inefficaces.
Agences des bassins hydrauliques et sensibilisation
Outre les mesures liées à l’aménagement territorial, les Agences des bassins hydrauliques ont un rôle crucial à jouer. “Elles doivent délimiter le domaine hydraulique pour éviter d’y construire et mettre en place des systèmes d’alertes pour prévenir les inondations.” C’est le cas notamment pour les Agences des bassins hydrauliques du Bouregreg-Chaouia, de l’Oum Errabii, de Tensift et du Loukkos.
Le lancement d’une campagne de sensibilisation au risque d’inondation auprès des populations les plus vulnérables ne serait pas non plus de trop. “Le cas des jeunes qui ont été emportés par l’Oued Tizert à Taroudant en 2019 prouve que les populations ne sont pas toujours conscientes du danger qui les guette en cas d’inondation ou de crue.”
Mais l’ensemble de ces mesures peuvent-elles être greffées à des plans d’aménagements dont l’application est avancée ? “Elles sont en effet applicables quelque soit l’avancement du Plan d’aménagement dans une zone, car c’est un document révisable en fonction des grandes nécessités au bon fonctionnement d’une ville”, assure l’expert interrogé.
“Ceci dit, le plan d’aménagement peut prévoir des zones non constructibles suivant la délimitation du domaine hydraulique fourni par les Agences des bassins hydrauliques. Par exemple, en cas d’inondation d’une zone déclarée comme constructible, il est possible de revoir son affectation par une révision du Plan d’aménagement”, conclut-il.
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