Sidattes. La production nationale de dattes en recul de 30% en 2022

Après une année record en 2021, la production phœnicicole est en baisse d’environ 45.000 tonnes. La faute aux sécheresses répétées entravant l'irrigation des palmeraies à partir des barrages avoisinants.

Sidattes. La production nationale de dattes en recul de 30% en 2022

Le 30 octobre 2022 à 11h10

Modifié 31 octobre 2022 à 8h38

Après une année record en 2021, la production phœnicicole est en baisse d’environ 45.000 tonnes. La faute aux sécheresses répétées entravant l'irrigation des palmeraies à partir des barrages avoisinants.

"La production de la filière phoenicicole est en recul de 30%", indique Brahim Hafidi, Directeur général de l'Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA). Estimée à 150.000 tonnes en 2021, une année record, elle devrait diminuer de 45.000 T pour s’établir à 105.000 T en 2022.

“A l’image de l’ensemble du secteur agricole, la filière phœnicicole a souffert de la sécheresse et des sources d'approvisionnement qui se sont raréfiées.” ajoute-t-il.

En temps normal, la dotation annuelle à l’irrigation accordée aux palmeraies est de 150 Mm3 “répartie en trois lâchers, à partir des barrages de Hassan Addakhil et de Manssour Eddahbi” précise notre interlocuteur. "Mais cette année, les réserves de ces barrages assuraient à peine l’alimentation en eau potable des populations avoisinantes". Or, le palmier dattier a besoin d’un apport annuel en eau allant de 15.000 à 20.000 m3 pour atteindre une rentabilité optimale.

“A cause de la rareté de l'eau, il y a eu une perte de rendement, le calibre des dattes a rétréci. La qualité des dattes a également baissé”, regrettent à l’unisson plusieurs responsables de coopératives présents lors de la 11e édition du Salon international de dattes, qui se tient du 27 au 30 octobre à Erfoud.

Un canal d'irrigation à sec dans une palmeraie d'Erfoud.

Les prix des principales variétés en hausse

Erfoud et ses 40.000 âmes relèvent de Drâa-Tafilalet, l’une des principales régions productrices de dattes (80%), avec Guelmim-Oued Noun, Souss-Massa et l’Oriental. Si la consommation de ce fruit y est ancrée culturellement, la consommation nationale moyenne ne dépasse pas 3 kg/hab/an. Dans d'autres pays du Maghreb, la consommation atteint 10 à 15kg/hab/an.

Le bois du palmier dattier est également utilisé dans divers matériaux destinés à l’artisanat ou à la construction.

En conséquence, la baisse de production des palmiers dattiers aura des répercussions économiques et sociales. D'autant que la phœniciculture contribue de 40 à 60% dans la formation du revenu agricole dans les régions oasiennes et bénéficie à 2 millions d’habitants, en fournissant notamment plus d'un millions de journées de travail.

L'une des répercussions du recul de productivité est l'augmentation du prix des dattes. Après avoir sondé plusieurs coopératives présentes au Sidattes, Médias24 a recensé les prix des deux principales variétés au marché de gros de dattes d’Erfoud :

- Le prix de gros du kilo de Fegousse est passé de 35 DH à 50 DH. Il est vendu par les détaillants entre 55 et 65 DH/kg ;

- Le prix de gros du kilo de Mejhoul est passé de 55 à 70 DH. Il est vendu au détail au prix de 100 à 120 DH/kg ;

Les tarifs au détail incluent la marge bénéficiaire des coopératives et le conditionnement du produit dans des boîtes en carton ou en plastique.

Les incendies ont eu un impact limité

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les 200 ha touchés par près de 30 incendies répertoriés en 2022 n’ont pas fait de gros dégâts dans les palmeraies d’Erfoud. “Comme lors des dernières années, nous avons constaté un taux de reprise des palmiers dattiers de 82%. La palmeraie d’Aoufous en est l'exemple” affirme Brahim Hafidi. Selon l'Agence qu'il dirige, les oasis du Maroc ont été touchées par 2.191 incendies entre 2009 et 2021, l’équivalent de 994 ha et 135.743 palmiers impactés.

“Le palmier dattier résiste au feu" reprend-il. “Si le cœur du palmier n’est pas endommagé, les débris de bois après les incendies sont une richesse minérale pour les palmiers qui s’en nourrissent".

A cela, s'ajoutent les “milliers de mètres cubes d’eau utilisés par les équipes d’intervention pour éteindre les incendies, qui finissent par s'infiltrer vers les racines des palmiers pour les irriguer. Ce qui a pour effet une augmentation du rendement lors de la récolte suivante” prévoit un acteur de la filière.

Ceci dit, 82% de reprise de production constatés dans les oasis marocaine par l’ANDZOA, c'est également un taux de perte de 18%. Pour atténuer les pertes de superficie du palmier dattier, un plan d’action a été mis en place  à Erfoud, Ouarzazate, Skoura, Asrir et Tata.

D’un coût de 700 MDH, ce plan implique l’installation d’un système de détection précoce des incendies, composé de caméras et de drones détecteurs de fumée. Un plan d'intervention est aussi mis sur pied en étroite collaboration avec les autorités locales afin d'intervenir le plus vite possible et éteindre les incendies.

Fertilisation et pollinisation artificielles

Les solutions de résistance efficace à la sécheresse existent. Pour exemple, la phoeniciculture qui veille à une bonne adéquation entre les volumes d'irrigation utilisés et les besoins du palmier en fonction des variations climatiques en utilisant des fumures intensives par voie de systèmes d'irrigation localisée, en particulier l'azote.

Cette technique permet de hauts rendements de plus de 100 kg par pied, contre 2,5 kg actuellement au Maroc. En outre, une croissance du palmier de l'ordre de 75 cm par an, est enregistrée pendant les 20 premières années.

Mais cette option présente des inconvénients. La taille des palmiers dattiers, qui peut atteindre 12 mètres, devient un handicap majeur au moment de la récolte. “Plus l’arbre est grand, plus le risque de chute est important. Donc la cueillette à la main devient dispendieuse” nuance un producteur de dattes.

Il y a bien des élévatrices qui peuvent remédier à cette problématique. Mais cela implique moins de journées de travail pour la main d'œuvre et un investissement trop onéreux pour les petits agriculteurs. La pollinisation par drone est également coûteuse, même si elle permet d’atteindre des endroits dans les oasis normalement hors de portée.

En somme, la phœniciculture au Maroc n’est pas en crise. Mais elle est mise sous pression par les conditions climatiques extrêmes, auquel s'ajoutent la dégradation des sols. La production va certainement reprendre de plus belle l’année prochaine, mais rien ne garantit que cette reprise sera durable.

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