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Les barrières à l'entrée qui empêchent le capital marocain d'investir dans l'industrie automobile

Malgré le développement soutenu de l’industrie automobile au Maroc durant les dernières années, les entreprises à capital marocain ne trouvent toujours pas leur voie dans l’écosystème qui s'est mis en place. Le sujet a fait l’objet d’une table-ronde organisée par les professionnels du secteur.

Les barrières à l'entrée qui empêchent le capital marocain d'investir dans l'industrie automobile

Le 30 octobre 2022 à 15h00

Modifié 10 novembre 2022 à 9h07

Malgré le développement soutenu de l’industrie automobile au Maroc durant les dernières années, les entreprises à capital marocain ne trouvent toujours pas leur voie dans l’écosystème qui s'est mis en place. Le sujet a fait l’objet d’une table-ronde organisée par les professionnels du secteur.

  • Le ministère se dit prêt à accompagner les capitaux marocains.
  • La qualification comme fournisseur est un parcours du combattant.
  • Plusieurs pistes sont envisagées pour accompagner et encourager les investisseurs marocains.

Des barrières à l’entrée empêchent le capital marocain d’être davantage présent dans l’écosystème des équipementiers automobile. Néanmoins, celles-ci peuvent être surmontées si l’entrepreneur marocain est mieux accompagné en termes de technologie, certification, financement, internationalisation et accès aux donneurs d’ordres.

Ce sont les conclusions d’une table ronde inédite, organisée par l’Association marocaine de l’industrie et de la construction automobile (AMICA) à l’occasion des Automotives Meetings de Tanger, mercredi 26 octobre. Au sein de l’écosystème, le sujet était un leitmotiv dans les discussions de salon, mais presque tabou. Jusqu’à présent, il n’avait jamais bénéficié de l’attention qu’il mérite.

Les participants à la table ronde sont partis du constat suivant : malgré les avancées importantes réalisées par l’industrie automobile marocaine, les équipementiers à capital marocain se comptent toujours sur le bout des doigts.

En analysant le schéma de développement du secteur automobile dans d’autres pays tels que la Corée du Sud, l’Espagne et la Turquie, on note le développement, en parallèle, d’équipementiers nationaux qui parviennent à leur tour à grandir et à s’internationaliser. Pour l’instant, rien de cela n’est observé au Maroc.

Le ministère de tutelle se dit prêt et souhaiter accompagner davantage le capital marocain. À ce titre, une douzaine d’équipementiers ont bénéficié du soutien du ministère de l’Industrie pour la décarbonation. “Ce fut une réussite”, estime un industriel.

L’entreprise à capital marocain est considérée comme plus ancrée et plus attachée au territoire national, moins encline à quitter le pays en cas de crises d’ordre économique, géopolitique, sanitaire ou autres. À l’ère où le Maroc fait de la souveraineté industrielle l’un des défis majeurs de son modèle de développement, ce sujet est appelé à prendre plus d’importance.

L’automobile, un secteur sélectif aux barrières multiples

Les intervenants se sont accordés à dire qu’il n’était pas facile de gagner la confiance des donneurs d’ordre. Les constructeurs automobile ont des conditions de qualification et de certification qui peuvent en décourager plus d’un à se lancer dans l’aventure. Les entrepreneurs marocains l’affirment sans ambages : ils ont besoin qu’on leur fasse davantage confiance.

En réalité, ces barrières érigées par les constructeurs sont des barrières de sécurité. Le niveau d’exigence se justifie tant le défaut de fabrication peut se payer cher (rappel de modèles, sanctions, etc.). Le secteur automobile a simplement des prérequis qu’il faut intégrer et prendre en compte. Les constructeurs sont ouverts à de nouveaux fournisseurs mais les barrières restent importantes. Passer la qualification est décrit comme “le parcours du combattant”.

D’autre part, les constructeurs ont déjà une série d’équipementiers qui les accompagnent partout. Ils sont également déjà internationalisés, avec des implantations sur tous les continents, et parfaitement intégrés dans leurs process.

L’un des équipementiers marocains de niveau 2 présent dans la salle a raconté comment son entreprise avait perdu un client car ce dernier avait instauré une nouvelle exigence dans ses appels d’offres, consistant à avoir au moins trois implantations différentes à l’international.

D’autres facteurs font que ce secteur n’attire pas beaucoup les investisseurs : les marges y sont estimées réduites par rapport à ce que peuvent offrir d’autres secteurs plus rentables. Sans compter que les équipementiers sont souvent dépendants d’un ou deux clients.

Autant d’éléments qui font que l’investissement dans l’automobile apparaît risqué. Il requiert un financement adéquat qui n’est pour l’instant pas encore suffisamment disponible, note l’un des intervenants.

Plusieurs solutions envisagées

Par conséquent, il a été suggéré d’offrir des solutions de financement plus adéquates qui complètent l’offre classique, avec plus de risk-sharing, comme l’ouverture aux participations des fonds de capital-risque ou encore les quasi-fonds propres et prêts participatifs. Les entreprises doivent également se prêter au jeu en acceptant de structurer et d’ouvrir leur capital.

Dans ce sens, l’avènement de fonds d’investissements spécifiques, qui maîtrisent les enjeux et les particularités du secteur et peuvent offrir aussi bien du financement que de l’accompagnement, peut constituer un game-changer. Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, dont les missions convergent avec ce défi, peut y jouer un rôle.

Si jamais un tel fonds était créé, il pourrait aider les investisseurs marocains à faire des acquisitions ou des participations, plutôt que de se lancer dans de nouveaux projets qui peuvent présenter des risques.

“Il y a des Marocains qui ont vingt ans d’expérience et peuvent mener des projets. Partout dans le monde, ce sont des managers qui se transforment en entrepreneurs, soit en créant de nouvelles entreprises, soit en les rachetant, mais cela ne peut se produire sans fonds d’investissements qui les accompagnent”, estime l’un des participants.

Pour assurer le transfert de technologie et contourner les exigences de qualification érigées par les constructeurs, il a également été proposé de conclure des joint-ventures avec des équipementiers internationaux. Le hic dans ce choix-là, selon l’un des intervenant, c’est que le partage de capital n’est souvent pas équilibré, désavantageant ainsi l’investisseur marocain qui sera amené à faire suivre des multinationales et des grands acteurs internationaux dans les investissements.

Par ailleurs, le Maroc dispose d’industriels qui exercent dans d’autres secteurs d’activités, mais dont la compétence fait qu’ils peuvent également servir l’automobile. Il faudra parvenir à les attirer et à les accompagner pour qu’ils puissent affronter leurs difficultés à pénétrer ce marché.

Il faudra également aider les investisseurs qui veulent se lancer à se concevoir à l’international dès le départ de leurs projets. Les intervenants ont été unanimes pour dire que la particularité du secteur et des constructeurs qui ont des implantations partout dans le monde, fait qu’un équipementier, même s’il est dans des rangs inférieurs, doit pouvoir les accompagner dans plusieurs pays.

Enfin, le secteur automobile connaît actuellement des révolutions en rapport avec l’avènement de la voiture électrique, la voiture autonome, les technologies embarquées, etc. Ces changements ouvrent la voie à de nouvelles opportunités sur lesquelles de nouveaux acteurs peuvent se greffer, notamment les start-up industrielles offrant des solutions technologiques intéressantes. À celles-là aussi, il faut leur préparer les conditions de l’émergence.

Comment capitaliser sur les success stories qui existent ?

Le constat dressé plus haut ne doit pas faire oublier qu’il y a tout même de belles success stories dans le secteur. Des équipementiers marocains sont présents sur différents produits : l’échappement, l’emboutissage, les pièces moteurs, les batteries, les filtres, le freinage, le vitrage et l’injection plastique. Quelques-unes de ces entreprises sont des équipementiers de rang 1, relève l’un des participants.

Elles sont cependant moins nombreuses aujourd’hui qu’il y a trente ans. Cela peut paraître paradoxal, mais la plupart d’entre elles faisaient partie de l’écosystème Somaca avant l’arrivée de Renault. Celles qui ont résisté au temps sont celles qui étaient sur le marché de la rechange, où la rotation créée une demande plus importante et moins dépendante du donneur d’ordre.

Mais avec le boom du secteur automobile au Maroc, celles qui ont pu s’intégrer dans l’écosystème se sont transformées en des entreprises prospères et exportatrices. Il a été proposé durant cette table ronde de capitaliser sur leur réussite en les aidant à s’agrandir, à s’internationaliser et à intégrer de nouveaux métiers.

Néanmoins pour grandir, il faut accepter de se structurer et d’intégrer des investisseurs institutionnels dans le capital. “La plupart des équipementiers étrangers que je connais, même les PME, ont plusieurs institutionnels dans leurs tours de table”, rapporte l’un des participants.

Il a aussi été proposé de les constituer en consortium pour attaquer de nouveaux marchés, ou lancer de nouveaux produits.

Enfin, notons qu’un collège a été créé au sein de l’AMICA, réunissant les entreprises du secteur à capital marocain. Il aura parmi ses missions de travailler sur ce sujet. Cette table ronde a été considérée comme un premier pas pour aborder la question de manière pragmatique et décomplexée.

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