Pour Fitch Ratings, l'impact de la hausse du taux directeur tardera à bénéficier aux banques

| Le 15/10/2022 à 7:37
À court terme, la hausse du taux directeur n'aura pas d'effet bénéfique sur le secteur. Les banques souffriront de la perte du pouvoir d'achat des ménages du fait de l'inflation. Les marges nettes d'intérêt devraient légèrement baisser à court terme, en raison d'une revalorisation des passifs plus rapide que celle des actifs. Les créances douteuses n'atteindront leurs niveaux prépandémiques qu'après 2023.

Dans une note diffusée le 13 octobre, l'agence de notation américaine Fitch Ratings a évoqué l'impact de la baisse du taux directeur sur le secteur bancaire marocain.

L'agence a notamment indiqué s'attendre à davantage de resserrements monétaires, du fait du contexte de hausse généralisée des prix. "Nous nous attendons à plusieurs augmentations de taux supplémentaires, en raison de l'inflation constamment élevée et du resserrement monétaire dans la zone euro et aux États-Unis, compte tenu de l'ancrage du dirham marocain à un panier pondéré de 60% pour l'euro et de 40% pour le dollar américain", explique-t-elle

Elle a également prévenu que l'impact de la hausse du taux directeur de Bank Al-Maghrib (BAM) sur les bénéfices des banques sera lent. Premièrement, cela résultera d'un délai entre la conversion de la hausse du taux directeur à une hausse des taux concernant les prêts. Cela vient du fait "que plus de 90% des prêts sont à taux fixe, et environ 70% sont à moyen ou long terme, contrairement à la plupart des pays du Moyen-Orient et d'Afrique", rappelle Fitch Ratings.

De plus, l'agence note que les banques souffriront des difficultés économiques endurées par les emprunteurs du fait de l'inflation persistante. "Cela maintiendra les charges de dépréciation des prêts (LIC) au-dessus des niveaux d'avant la pandémie, malgré une baisse continue" précise-t-elle. L'inflation annuelle était de 8% en août 2022, et Fitch s'attend à ce qu'elle atteigne, en moyenne, 6% en 2022 et 4% en 2023, bien au-dessus des niveaux historiques. L'agence a d'ailleurs réduit ses perspectives de croissance pour l'an prochain de 4,2% à 3,5%.

"Enfin, les marges nettes d'intérêt devraient légèrement baisser à court terme, en raison d'une réévaluation des passifs plus rapide que celle des actifs. Selon BAM, une hausse de 200 points de base des taux d'intérêt entraînerait une réduction à court terme de 300 points de base des marges nettes d'intérêt des banques", souligne Fitch.

Néanmoins, à moyen terme, les banques sont positivement orientées vers une hausse des taux, car la forte revalorisation des prêts fera plus que compenser la légère revalorisation de la base de financement, compte tenu de la forte proportion de comptes courants et d'épargne bon marché.

"Nous prévoyons une amélioration de la rentabilité en 2023, malgré un contexte économique plus faible. En effet, les charges de dépréciation des prêts devraient continuer à baisser en raison des dispositions liées à la pandémie, toujours solides, établies en 2020-2021, tandis que les hausses de taux d'intérêt commenceront à se répercuter sur les taux de prêt", explique l'agence américaine.

A noter que les bénéfices des banques ont progressé de 34% au premier semestre 2022, principalement poussés par la baisse du coût du risque. "Les charges de dépréciation des prêts annualisées agrégés des banques au premier semestre 2022 étaient toujours supérieures de 45% au niveau de 2019, reflétant les risques liés à l'environnement opérationnel et à un provisionnement prudent, et le coût du risque agrégé de 100 points de base des prêts bruts était toujours bien supérieur au niveau de 70 points de base de 2019", précise Fitch. L'agence indique également qu'une normalisation de ces charges pour prêts douteux augmenterait la rentabilité du secteur de 3,5 MMDH. Une telle situation n'est attendue qu'après 2023.

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