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Comment interpréter les menaces du polisario d'utiliser des drones contre le Maroc?

Au cours d'une rencontre privée à Nouakchott, Omar Mansour, membre du mouvement séparatiste, a récemment déclaré que le polisario allait utiliser des drones armés contre le Maroc. Réelle menace ou simple effet d’annonce ? Éléments de réponse.

Comment interpréter les menaces du polisario d'utiliser des drones contre le Maroc?
Drone kamikaze
Chady Chaabi
Le 8 octobre 2022 à 18h23 | Modifié 12 octobre 2022 à 14h22

Les images non datées, mais diffusées début octobre 2022, sont filmées probablement à l'aide d'un smartphone de mauvaise qualité. Elles montrent un individu portant la tenue des tribus sahariennes, s'adressant à quelques convives assis autour de lui, dans un salon traditionnel qui peut se situer n'importe où dans la région.

Selon les comptes qui ont relayé cette vidéo, celui qui parle est Omar Mansour, l'un des dirigeants du polisario. Et la scène se passe à Nouakchott, information invérifiable. Sur un ton de fanfaronnade, il annonce à son auditoire que le polisario aura bientôt des drones armés qu'il utilisera contre le Maroc.

Quand une partie, fût-elle une bande armée, fait fuiter une donnée militaire, c'est qu'elle y trouve un intérêt. Car lorsque sa puissance est réelle, elle agit, elle n'a pas besoin de l'annoncer dans le style "retenez-moi-ou-je-fais-un-malheur". Cette annonce a été curieusement faite en Mauritanie, au cours de ce mois d'octobre qui est celui du dossier du Sahara devant le conseil de sécurité. Elle n'est pas innocente. C'est une propagande habillée en menace.

Une fourniture d'UAV (Unmanned Aerial Vehicle) appelés communément drones à un mouvement armé non gouvernemental serait une grave escalade dans la région. Car il s'agit d'une entité qui n'a pas de comptes à rendre concernant ses actions.

Pourtant, même si la menace d’une attaque par drones contre le Maroc est bel et bien réelle, ses objectifs sont pour le moment d’ordre politique.

Fédérer la population des camps de Tindouf

Cette menace est principalement motivée par “le désintérêt de la population des camps de Tindouf concernant ce conflit armé”, souligne l’expert militaire Abdelhamid Harifi, joint par notre rédaction.

“Le polisario s’arme d’une technique de communication destinée à donner du crédit à sa propagande, à motiver ses troupes et à fédérer la population des camps de Tindouf. C’est même considéré comme une victoire symbolique”, ajoute-t-il.

Un effet d’annonce qui cadre avec la stratégie de communication privilégiée par le polisario, notamment depuis que le mouvement séparatiste a dénoncé l’accord de cessez-le-feu (1991) à la suite des évènements de Guerguerat en novembre 2020.

Après la victoire des Forces armées royales (FAR) qui a sécurisé la circulation civile dans la région de Guergarat, de multiples opérations militaires ont été présentées par le polisario comme des représailles. Or, ces opérations n’ont jamais été documentées.

“Face à l’absence de preuves” reprend-il, “les réfugiés des camps ont commencé à remettre en cause le discours des séparatistes, au point de manifester leur mécontentement à plusieurs reprises”. Menacer le Maroc revient donc pour le polisario à légitimer sa ligne politique, et surtout continuer d’exister.

De nouvelles technologies militaires sur le terrain

Pour Abdelhamid Harifi, au delà des considérations politiques, la menace doit tout de même être prise au sérieux. Car s’il est difficile d’assurer que la milice du polisario possède réellement des drones ou même des drones kamikazes, “il y a eu en revanche un changement important sur le terrain avec l’introduction des nouvelles technologies”, assure-t-il.

Des technologies dont les drones armés sont le port étendard. Leur avantage ? “Ils peuvent être lancés à partir d’un camion, sans forcément avoir besoin d’une structure logistique ou d’une infrastructure conséquente. De plus, ils ont une longue portée.”

Au regard du vaste territoire frontalier entre le Maroc et l’Algérie, les chances que de telles armes soient utilisées sont réelles. “On peut avoir les meilleurs moyens de détection et de renseignement, mais dans un territoire vaste comme le Sahara, il y a toujours un risque.”

Les FAR sauront riposter rapidement

En termes de défense, le Maroc est outillé contre une éventuelle attaque de drones. Preuve en est, “la multiplication des transactions militaires avec nos partenaires afin de s’équiper de moyens de défense contre les aéronefs de courte et moyenne portée, des systèmes de guerre électronique assez sophistiqués”.

Mais est-ce réellement suffisant ? “Pour faire complètement face à ce genre de menace, il faut augmenter la surveillance à travers des moyens de détection et de guerre électronique.” Certes, le Maroc possède des drones Bayraktar TB-2 de conception turque, mais il faut déjà détecter la menace pour la traiter. “Le Maroc contrôle 95% du territoire, mais la zone entre la Mauritanie et le Maroc peut constituer un danger.”

Les procédés de guerre utilisés par les milices du polisario n’ont pas de secret pour les FAR. “En cas d'attaque, les FAR sauront riposter rapidement car ils sont habitués aux méthodes et au timing de leurs opérations. Mais si jamais des mercenaires originaires d’autres pays opèrent les drones, la tâche des FAR sera plus ardue.”

Ce scénario est plausible parce que “les jeunes dans les camps de Tindouf n’adhèrent pas à cette guerre. Et les hommes qui y sont encore attachés sont vieillissants, handicapés et dépassés par les avancées technologiques. D'où la possibilité d'un recours à des mercenaires d'autres origines”.

Le Maroc doit réagir avec diplomatie 

Drones iraniens et mercenaires nomadisants dans la vaste étendue saharienne et sahélienne? C'est la thèse la plus plausible si jamais l'introduction des drones se confirme. Au final, les FAR sauront en cas de besoin, contrecarrer la menace, avec possibilité de dégâts minimes ou nuls. Mais ce qu'il faut retenir, c'est la symbolique d'une telle escalade et sa portée géopolitique dans une région extrêmement fragilisée par la menace terroriste et les manœuvres iraniennes..

Lors de la réunion du 6 septembre au Caire, le comité exécutif de la Ligue arabe a donné du crédit à la thèse de l’ingérence étrangère dans le différend du Sahara. “Le régime iranien et son allié, le Hezbollah, procèdent à l’armement et à l’entraînement d’éléments séparatistes menaçant l’intégrité territoriale, la sécurité et la stabilité du Maroc.”

De fait, Abdelhamid Harifi estime que la réaction du Royaume sera également menée sur le terrain diplomatique. “Il faut que le Royaume réussisse à mobiliser ses partenaires, notamment européens, en les prévenant des actions de l’Algérie qui rapprochent les Iraniens de l’Europe.”

Ce rapprochement n’aura certainement pas l’appui de l’Union européenne, au même titre que celui, stratégique, opéré par l’Algérie avec la Corée du Nord et la Russie. À moins que la crise énergétique que traverse le Vieux continent ne change la donne. En tous les cas, “l’Algérie a clairement choisi son camp. Le monde et le voisinage arabe doivent réagir de la manière la plus dure possible”, conclut Abdelhamid Harifi.

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Chady Chaabi
Le 8 octobre 2022 à 18h23

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