Code de la famille : “Nous avons besoin d’un changement radical de cette Moudawana” (Aicha Loukhmas)
Espérant un changement radical pour consacrer l’égalité entre hommes et femmes, notamment en matière d’héritage, la grande militante féministe Aicha Loukhmas partage avec Médias24 sa lecture de la réforme à venir du Code de la famille.
“Après dix-huit ans d’application, la Moudawana a montré ses limites en matière de résolution des conflits des familles marocaines, mais aussi par l’absence d’un nouveau modèle familial qui repose sur l’égalité, la sécurité et la protection de toutes ses composantes, en particulier les enfants”, déplore Aicha Loukhmas, avocate et grande militante de la cause féminine.
Contactée par Médias24, Me Loukhmas estime que le problème ne réside pas uniquement dans l’application du texte, mais aussi dans le texte lui-même. “Pour aboutir à une loi consensuelle qui satisfasse tout le monde, ce texte (l’actuel code de la famille, ndlr) a certes été établi de façon à garantir certains droits aux femmes, mais il a laissé la porte ouverte aux détournements de ces mêmes droits, aussi maigres soient-ils”, déplore-t-elle.
“Nous avons besoin d’un changement radical de cette Moudawana”, estime Me Loukhmas. Un changement qui touche “le langage”, “la philosophie” et “les référentiels” du texte. Un changement qui intègre “l’égalité” et “la protection effective et complète des droits des enfants”, ainsi que “les procédures et mécanismes dans les tribunaux de la famille”.
Débat sur l’héritage : “Calme, éclairé, dans le respect de l’intérêt général”
Un changement qui permette donc de lever les discriminations, notamment celles relatives au système successoral. “Nous ne pouvons que militer en faveur de l’égalité entre hommes et femmes, notamment en matière d’héritage”, estime Aicha Loukhmas.
“L’essentiel pour nous, c’est de lever cette discrimination à l’égard des femmes. La femme marocaine est quasiment exclue en matière d’accès aux ressources, y compris du droit de propriété et surtout de propriété des terrains. Le nombre de femmes propriétaires ne dépasse pas 7% dans les villes et 16% dans les zones rurales. Le système successoral est l’une des principales raisons de cette exclusion”, déplore-t-elle.
Me Loukhmas juge nécessaire d’ouvrir un débat “calme, éclairé, dans le respect de l’intérêt général”, afin de “consacrer le principe de l’égalité prévu par la Constitution et les traités internationaux adoptés par le Maroc”.
“Le mouvement féminin n’a pas changé”
Ces revendications, longtemps rappelées par les militantes féministes, seront, peut-être, bientôt concrétisées. C’est en tous cas ce qu’elles espèrent, toutes générations confondues.
Si les “programmes” et “mécanismes” d’action ont changé, le mouvement féminin, lui, “n’a pas changé”, observe Aïcha Loukhmas. “La majorité des militantes présentes dès les débuts du militantisme féminin pour l’égalité et la lutte contre la violence et la discrimination, sont toujours présentes.”
“De jeunes militantes ont rejoint le mouvement et y ont ajouté du sang neuf ainsi que de nouveaux mécanismes”, salue Me Loukhmas. Le mouvement féminin au Maroc a été étendu de façon à “inclure les villes, régions et zones rurales” et à élargir “son expertise et ses domaines d’action”.
Cela dit, notre interlocutrice souligne que “malgré l’élargissement et la diversification des associations féministes et de leurs activités, elles n’ont pas encore unifié leurs efforts autour d’un programme minimum pour défendre leurs idées”.
Abdelkebir Tabih
Avocat au barreau de Casablanca
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