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ECONOMIE

Les éleveurs laitiers appellent à la contractualisation des relations avec les transformateurs privés

Face aux difficultés rencontrées depuis le début de la crise du Covid, les éleveurs laitiers de la région du Grand Casablanca appellent à structurer le secteur, par l’instauration de contrats avec les transformateurs.

Les éleveurs laitiers appellent à la contractualisation des relations avec les transformateurs privés
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Le 22 septembre 2022 à 11h06 | Modifié 22 septembre 2022 à 11h06
  • Les éleveurs ont peu d’influence sur l’élaboration des prix
  • Leur situation économique actuelle est alarmante.
  • Pour les éleveurs, la contractualisation de la relation éleveurs-transformateurs est la seule solution.

Comme indiqué dans un précédent article, la situation des producteurs laitiers est alarmante. La crise du Covid, conjuguée à la sécheresse et à l’explosion des prix des aliments pour bétail et des prix du gasoil, a poussé de nombreux éleveurs à vendre leur cheptel ou à diminuer drastiquement la taille de leur élevage, ce qui a engendré une baisse de la quantité de lait collectée par rapport à il y a deux ans.

La contractualisation, seule issue pour le secteur

L'équation financière est complexe surtout que les éleveurs n'ont pas ou peu d'impact sur la fixation des prix. Pour solutionner cette problématique, l’Association régionale d’éleveurs bovins de Casablanca-Settat propose la mise en place d’un système de contrat avec les transformateurs privés, et d’une cellule de réflexion sur la contractualisation, composée d’éleveurs et de transformateurs.

Cette solution, selon l’association, leur permettra de pérenniser leur activité, actuellement en grande souffrance.

L'association a élaboré un exemple de projet de contractualisation de la filière laitière. C’est la première fois qu’un tel travail est réalisé au Maroc, selon une source au sein de cette association, jointe par Médias24.

“La contractualisation représente un grand pas en avant pour encourager les éleveurs laitiers à ne pas abandonner leur activité”, est-il indiqué sur le document, que Médias24 a pu consulter.

“Si aucun contrat n’est mis en place dans le secteur, le producteur laitier n’est pas tenu de livrer aux transformateurs la totalité de son lait, ce qui, par conséquent, encouragera le colportage, chose qui a toujours été combattue par les autorités sanitaires à cause, essentiellement, du problème de la tuberculose et de la brucellose qui sont des zoonoses”, ajoute le document.

Situation anarchique

Au Maroc, la collecte de lait auprès des éleveurs se fait de manière anarchique. Selon des sources du secteur sondées par nos soins, ce sont les transformateurs qui décident des prix, selon la qualité du lait.

“Au Maroc, qui n’est pas à notre sens un pays laitier, en comparaison avec les bassins laitiers européens, et qui vit plusieurs périodes de sécheresse, l’éleveur doit avoir l’assurance de pouvoir rentabiliser son travail. Ceci passe inéluctablement par une contractualisation avec son client, qui est le transformateur, afin de sécuriser et d’avoir une visibilité quant à l’avenir de son activité, alors qu’au Royaume, tous les éleveurs travaillent sans contrat avec le transformateur”, souligne le document.

“L’état actuel des choses ne peut plus durer. Les producteurs laitiers ont besoin de savoir où ils vont”, ajoute l’association, qui note que ces éleveurs “ont, d’une part, peu d’influence sur l’élaboration des prix, et d’une autre, le marché leur est très défavorable lorsque l’offre est excédentaire”.

“Ils produisent un bien périssable et pondéreux, composé d’eau à hauteur de 88%, qu’ils ne peuvent pas stocker, comme le font les producteurs de céréales. De plus, la demande en lait et produits laitiers est relativement inélastique.”

“Le lait est un produit unique, dont la composition et les qualités biochimiques les rendent difficilement substituables dans de nombreuses fabrications. La sensibilité de la demande aux variations de prix est en revanche plus forte au Maroc. Elle est surtout très sensible aux variations de revenu au sein des catégories sociales les plus pauvres.”

“Autre caractéristique de l’offre laitière, celle-ci répond à court terme et de façon asymétrique à la variation du prix du lait”, note le document.

“Les éleveurs ont montré à plusieurs reprises une capacité de réponse rapide aux fortes hausses de prix du lait, en actionnant plusieurs leviers : distribution accrue d’aliments concentrés, allongement des lactations, et report des mises en réforme…”

Caractéristiques des contrats dans la filière

Selon notre source, il s’agit essentiellement d’un contrat de commercialisation dont les dispositions génériques portent sur :

- la durée de l’engagement sur au moins 5 ans et parfois plus pour les investissements importants à long terme ;

- la définition des caractéristiques du lait à livrer ;

- les conditions de collecte ;

- les modalités de détermination du prix du lait (formule de prix, prise en compte de la qualité, pénalités…)

- le volume minimal et maximal à livrer sur une période déterminée (mois, trimestre, années..) ;

- la révision du contrat ;

- la résiliation du contrat ;

- le renouvellement du contrat ;

- les cas de force majeure ;

- des clauses de négociation.

Indexation du prix du lait sur l’évolution du prix de l’alimentation

“En France, par exemple, les transformateurs ont accepté d’indexer l’évolution du prix du lait sur les indicateurs économiques fournis mensuellement par le CNIEL (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière, ndlr). Au Maroc, on peut l’indexer sur l’évolution du prix de l’alimentation par exemple, qui représente entre 60 et 70% du coût du lait, et sur d’autres facteurs qui entrent dans la production du lait”, propose l'Association.

“Les principaux enjeux de la négociation porteront sur la planification de la production et les pénalités liées en cas de non-respect.”

“En fait, il s’agira plus d’un code de bonne conduite que d’un contrat purement juridique. Cela pourrait être un dispositif de coordination bilatérale qui dépasse la simple conception juridique du contrat.”

“L’éleveur marocain a besoin de travailler dans plus de transparence et avec une meilleure visibilité afin de sécuriser son investissement et pérenniser son activité. Aujourd’hui, par exemple, le coût de production d’un litre de lait avoisine les 4,50 DH alors qu’il était à près de 3,80 DH les années précédant le Covid. L’éleveur perçoit entre 4 DH et 4,25 DH par litre dans le meilleur des cas, ce qui montre clairement qu’il est dans une situation intenable à moyen terme.”

“L’éleveur se voit ainsi obligé de vendre ses bovins pour combler les pertes. Si nous ne réagissons pas rapidement, tout le secteur laitier risque de s’effondrer, en amont et en aval (fabricants d’aliments, transformateurs et divers intervenants)”, déplore l'Association.

“La situation risque d’empirer davantage dans le cas d’une année agricole défavorable. Tout ceci implique et démontre que la contractualisation du secteur laitier est nécessaire pour maintenir à flot une activité qui risque de disparaître à court terme”, conclut le document.

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