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Baisse de la production de lait en raison de l'explosion des prix des aliments de bétail

La production de lait connaît une baisse atteignant jusqu’à 50% dans certaines régions du Royaume. La hausse continue des prix des aliments composés a conduit de nombreux éleveurs, en particulier les petits, à vendre leur cheptel pour survivre et combler leurs pertes.

Baisse de la production de lait en raison de l'explosion des prix des aliments de bétail

Le 21 septembre 2022 à 20h19

Modifié 22 septembre 2022 à 12h34

La production de lait connaît une baisse atteignant jusqu’à 50% dans certaines régions du Royaume. La hausse continue des prix des aliments composés a conduit de nombreux éleveurs, en particulier les petits, à vendre leur cheptel pour survivre et combler leurs pertes.

  • Baisse de 40% à 50% de la production de lait au niveau national.
  • Baisse d'environ 50% de l'effectif du cheptel des petits éleveurs.
  • Explosion des prix des aliments de bétail, qui représentent désormais 70% du coût de revient.
  • Les éleveurs laitiers travaillent à présent à perte.

L’information nous a été confirmée par deux sources proches du secteur, notamment l’Association régionale d’éleveurs bovins de Casablanca-Settat.

Une baisse de la production allant jusqu’à 50%

Selon notre première source, qui vient d’achever une enquête de terrain, “dans la zone de Doukkala, les effectifs du cheptel laitier ont diminué de 50% depuis la crise du Covid, soit entre 2019 et 2022″.

Les « petits éleveurs sont les plus impactés par la conjoncture actuelle, marquée notamment par la hausse continue des prix des aliments pour bétails ».

« Ces éleveurs, qui disposaient de quatre à cinq vaches avant la pandémie, ne gardent actuellement que deux à trois vaches, soit une diminution de près de moitié », déplore notre interlocuteur.

« Ces derniers ont dû vendre leur cheptel afin de survivre, et surtout financer l’alimentation des autres vaches, qui est devenue très chère. »

Même constat auprès de l’Association régionale d’éleveurs bovins de Casablanca-Settat. Notre source confirme que « la production de lait dans la région a baissé de 40% par rapport à 2019, année de référence avant la crise du Covid. Cette baisse concerne le lait usiné, qui est le seul répertorié. Celui colporté n’est pas comptabilisé ».

Cette situation s’explique, selon notre interlocuteur, par le « renchérissement de la matière première« .

Notons que, selon les derniers chiffres publiés sur le site du ministère de l’Agriculture, le secteur de la production laitière totalise 1,2 million de têtes, produisant 2,55 millions de litres par jour. 90% des petits élevages représentent 70% de la production. Il s’agit d’élevages disposant de cinq à dix vaches. Le reste est assuré par les élevages moyens (entre dix et cent vaches) et les gros élevages.

Pour ce qui est de la production, la productivité des races pures tournait autour de 3.500 litres/vache/an en 2009. Celle-ci a atteint 4.200 l/vache/an en 2019. Pour sa part, la productivité de la race croisée est passée de 1.250 l/vache/an en 2009 à 2.300 litres/vache/an en 2019.

Il s’agit des derniers chiffres officiels publiés sur le portail du ministère de l’Agriculture. Malgré plusieurs tentatives pour recueillir son avis au sujet de la baisse constatée par les professionnels sur le terrain, mais aussi pour connaître les chiffres actualisés de la filière pour l’année en cours, le ministère est resté injoignable.

Le prix du kg d’aliment de bétail est passé à 5 DH

D’après notre première source, « le kilogramme d’aliment composé pour bétail a doublé, passant d’environ 2,5 DH à 5 DH au bout de deux à trois années. Une hausse due à l’explosion des prix des matières premières entrant dans la fabrication des aliments composés à l’international, en particulier le maïs et le soja ».

« Certes, l’Etat a fait un effort en subventionnant l’aliment de bétail à hauteur de 2,80 DH ou 3 DH/ Kg, ce qui a permis aux éleveurs de gagner 2 DH/kg par rapport au prix de vente, mais cette aide a été de courte durée. »

« De nombreux éleveurs, qui en ont bénéficié, ont été soulagés, mais cette subvention n’a duré que trois mois. Le ministère de l’Agriculture avait promis aux éleveurs une seconde tranche, qui n’a malheureusement pas été concrétisée. »

« L’arrêt de ces subventions a coïncidé avec l’été, vers les mois de juin à août et avec la sécheresse accentuée et les fortes chaleurs qui ont fait baisser drastiquement les niveaux de puits et de la nappe, les éleveurs ont donc passé un été très difficile, et un début du mois de septembre dans la même situation. »

Un constat confirmé de nouveau par notre interlocuteur à l’Association régionale de Casa-Settat, qui produit environ 3.000 litres de lait par jour. « L’alimentation de bétail, qui représentait 50% du prix de revient, est passée à présent à 70% », nous confie-t-il.

« La ration d’aliment, qui coûtait auparavant 80 DH, me coûte à présent 105 DH. Ce qui signifie qu’une vache consommait, avant la crise du Covid, 80 DH d’aliment par jour. Ma marge brute s’élevait alors à 40 DH. A présent, une vache consomme 105 DH d’aliment par jour. Ma marge brute a donc baissé à 15 DH. »

« De cette marge, je dois payer toutes mes charges, notamment l’énergie, le personnel, ainsi que l’amortissement des matériels, des bâtiments et des animaux. C’est juste impossible, puisqu’elles me coûtent 30 DH par jour. Nous fonctionnons à perte actuellement. »

Pour ce qui est de la subvention de l’Etat, l’Association nous confie qu’elle « était à peine de 1,60 DH/ Kg, pour un aliment de qualité médiocre ».

« Nous espérons que la situation va s’améliorer. Moi personnellement, je me donne jusqu’à mai ou juin 2023 pour basculer vers une autre activité », confie notre interlocuteur, ajoutant que « la contractualisation de la relation entre les éleveurs laitiers et les transformateurs privés reste la solution ultime pour faire face à la crise que connait le secteur ».

Et de conclure, « je pense également que l’Etat devrait libéraliser complètement les prix du lait à la consommation, comme il avait fait pour l’huile, qui est un produit plus stratégique. L’élevage laitier fait vivre des centaines de milliers de consommateurs ».

Les éleveurs dans l’attentisme

« Les producteurs laitiers, dans une situation difficile, sont donc dans l’attentisme », souligne notre professionnel du secteur. « Ils attendent les prochaines précipitations notamment. D’ici-là, ils essaient de se maintenir. »

« Certains éleveurs ont carrément vidé leurs fermes parce qu’ils n’arrivent plus à fonctionner à perte ; le coût de production étant très élevé par rapport à ce qui est payé par les usines laitières. »

« Le coût de production est passé de 3 DH à 5 DH/l alors que le lait se vend à 4 DH/l au maximum aux usines. »

« Les éleveurs s’attendent toujours à une augmentation des prix à la production par les usines laitières, si on veut maintenir le niveau actuel de production du lait. De leur côté, les usines n’ont pas les mains libres pour procéder à une augmentation du prix de vente du lait à la consommation pour compenser l’augmentation souhaitée du lait à la production. C’est une équation très difficile à résoudre mais l’Etat doit trouver une solution », conclut-il.

Rappelons qu’en juillet dernier, les principaux producteurs de lait, Centrale et Copag, avaient relevé les prix des produits laitiers UHT. Centrale Danone avait ouvert le bal, et Copag lui avait emboîté le pas. La hausse a atteint en moyenne 1,4 DH/ litre UHT.

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