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Les banques vendent les devises plus cher que le cours central de Bank Al-Maghrib

Les devises sont cotées par les banques 3% plus cher en moyenne que le cours central fixé par Bank Al-Maghrib quotidiennement. Un phénomène qui suscite des interrogations auprès des acteurs économiques, surtout quand on sait que les réserves de change et la position nette des banques en devises n’ont pas réellement évolué par rapport à l’année dernière. Explications.

Les banques vendent les devises plus cher que le cours central de Bank Al-Maghrib

Le 20 septembre 2022 à 17h16

Modifié 22 septembre 2022 à 16h55

Les devises sont cotées par les banques 3% plus cher en moyenne que le cours central fixé par Bank Al-Maghrib quotidiennement. Un phénomène qui suscite des interrogations auprès des acteurs économiques, surtout quand on sait que les réserves de change et la position nette des banques en devises n’ont pas réellement évolué par rapport à l’année dernière. Explications.

Le vendredi 16 septembre, les banques cédaient les devises aux acteurs économiques à un niveau de prix dépassant en moyenne de 3,63% le cours central de Bank Al-Maghrib. Ce lundi, même tendance, avec une baisse légère de la surcote à 3,06%. Une tendance qui se poursuit ce mardi, selon une source au sein d’une salle de marché.

Ces données suscitent beaucoup d’interrogations, surtout en l’absence de réelles tensions sur le marché de change. Selon les chiffres de Bank Al-Maghrib, la position de change des banques affiche un excédent de 6,04 milliards de dirhams, avec un matelas de réserves en devises de 81,6 milliards de dirhams.

Ce sont à peu près les mêmes conditions de liquidité qu’à la même période de l’année dernière : une position de change des banques de 6,7 milliards avec des réserves de 65,4 milliards de dirhams.

Le prix des devises a augmenté de 8% en comparaison avec septembre 2021 !

Pourtant, ces mêmes conditions n’aboutissent pas aux mêmes résultats. En septembre 2021, les banques pratiquaient même une décote sur les devises autour de 4,90%, selon des professionnels du marché. Loin, très loin de la surcote actuelle qui avoisine en moyenne les 3,5%.

Le gap entre les deux périodes est donc énorme : plus de 8% en conditions de cotation ! En d’autres termes, on est en présence d’un marché où la quantité du produit (les devises) est la même qu’il y a un an, mais avec un prix qui a augmenté de 8%.

Comment expliquer ce décalage ? Plusieurs raisons sont avancées par des experts consultés par Médias24. A commencer par la différence entre le contexte économique et financier qui prévalait l’année dernière et les conditions actuelles du marché.

« La situation de la position de change des banques est identique à celle de septembre 2021, c’est vrai. Mais ce qui fait la différence d’une année à l’autre, ce sont les incertitudes. Nous sommes dans un contexte complètement différent de celui de l’année dernière, même si l’on dispose de la même quantité de devises. Les taux en Europe et aux USA ont augmenté entre-temps et continuent d’augmenter. Et plus les taux augmentent aux Etats Unis et en Europe, plus le dirham va perdre contre le dollar et l’euro, quel que soit le niveau de la réserve de change ou de la position des banques. D’où cette surcote actuelle pratiquées par les banques », explique un expert bancaire.

Un autre expert en politique monétaire et de change essaie de nuancer les choses, soulignant que les conditions diffèrent d’une entreprise à l’autre, et que la surcote affichée n’est pas forcément celle que pratiquent les banques avec certains de leurs clients, surtout les plus grands.

L’inflation mondiale et la hausse des taux à l’international à l’origine de la surchauffe

« Normalement, quand ce sont des entreprises qui sont bien cotées, elles ont des cours préférentiels. C’est donc au cas par cas. Mais globalement, la surcote existe. Et elle est justifiée. L’année dernière, il n’y a pas eu une augmentation des prix des matières premières et de tous les produits importés, il n’y a pas eu une augmentation de 20% du dollar… Aujourd’hui, pour la même quantité de pétrole, de gaz ou de blé importé, vous payez au moins 30% plus cher », explique notre expert.

La hausse des taux d’intérêt dans le monde y est aussi pour beaucoup, ajoute-t-il. « Les taux d’intérêt augmentent à l’international, l’euro et le dollar se renforcent, et ça se fait au détriment du dirham qui se déprécie mécaniquement. Résultat : la devise devient donc plus chère, mais aussi les exigences des banques qui demandent des prix un peu plus élevés que le cours fixé par la Banque centrale. »

Selon lui, nous sommes globalement dans une situation où les prix de tous les actifs ont augmenté, que ce soient les actifs financiers, monétaires ou les actifs physiques (matières premières, marchandises, équipements…).

« Au niveau de la balance commerciale, la même quantité d’actifs ou de marchandises achetée est payée 20% ou 30% plus cher en moyenne. La consommation en devises est plus importante, et qui dit montée de la consommation dit hausse du prix de la devise. C’est mécanique. D’où le décalage des cotations en dirham », explique notre expert.

Les banques anticipent-elles une sortie massive de devises ?

Notre acteur bancaire ajoute un autre élément d’explication : les anticipations de marché.

Il y a peut-être, selon lui, une anticipation de la part des banques d’une sortie importante de devises, qui fait que les salles de marché intègrent d’ores et déjà cela dans les prix actuels.

« Ce sont des choses que les banques savent à l’avance. Et quelquefois, c’est géré directement avec Bank Al-Maghrib. Quand il y a une sortie massive en vue, les banques constituent une enveloppe à l’avance pour préparer la transaction. Et cela peut expliquer les prix plus élevés qu’elles demandent aujourd’hui sur les devises », signale notre source.

Ces anticipations, notre source les connaît, mais ne peut les dévoiler. Sur le marché, on évoque (nous n’avons aucune certitude) le règlement par Holmarcom du rachat des parts du français Crédit Agricole dans le Crédit du Maroc. Une opération qui viendrait augmenter de manière massive la demande sur le dollar ou l’euro et expliquerait la hausse actuelle de leurs prix.

Notre expert en politique monétaire et de change écarte toutefois cette hypothèse. « Le marché est habitué à des sorties massives de devises. Ça ne peut pas expliquer la surcote actuelle. Tous les mois de juin et de juillet, il y a les paiements de dividendes de Taqa, Maroc Telecom et des autres compagnies détenues par des capitaux étrangers. Sans parler des remboursements annuels par le Trésor des tombées de la dette extérieure. Ce sont des sorties massives régulières, mais qui n’impactent pas le marché. Si on veut expliquer les conditions actuelles du marché par l’anticipation d’une sortie massive de devises, il ne faut pas oublier non plus qu’il y a de l’autre côté des IDE qui entrent, comme il se peut que le Trésor fasse une levée à l’international. Ce qui compense les choses. »

Pour lui, le seul facteur valable et visible qui explique cette surcote des devises ou cette forte dépréciation du dirham par rapport aux autres devises, c’est l’augmentation générale des prix et des taux à l’international.

Et d’assurer qu’il n’y a rien d’inquiétant au niveau du marché. « Le niveau des réserves de changes reste très solide. On est en face de mouvements normaux, un effet de marché dû à la conjoncture. C’est tout », insiste-t-il.

Même s’il n’écarte pas une hypothèse qui se tient, bien qu’elle ne soit pas étayée par des données officielles : la volonté des salles de marché de récupérer une partie des pertes subies sur le marché obligataire.

« Les salles de marché au Maroc ont beaucoup perdu cette année sur le marché obligataire en raison de la hausse des taux. Elles sont peut-être en train de grignoter un peu sur le marché des changes pour booster leur résultat annuel. Elles veulent rattraper le gap. Mais ça ne peut pas expliquer tout le décalage entre les cours de Bank Al-Maghrib et les cours pratiqués sur le marché », conclut notre expert.

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