Sediko Douka (Cedeao) : “Voici les dernières étapes qui attendent le gazoduc Nigeria-Maroc”
Le commissaire de la commission Infrastructure, énergie et digitalisation à la Cedeao est revenu pour Médias24 sur les étapes de ce mégaprojet avant son inauguration prévue en 2032, si la décision d'investissement est confirmée en 2023 comme indiqué sur le planning.
Signe de l’importance de cet événement, qui s’est déroulé ce jeudi 15 septembre dans un grand hôtel de Rabat, deux ministres marocains, en l’occurrence Nadia Fettah et Mohcine Jazouli, étaient présents pour applaudir la cérémonie de signature à laquelle ont participé Sediko Douka, commissaire de la commission Infrastructure, énergie et digitalisation de la Cedeao, Mallam Mele Kolo Kyari, président-directeur général de la National Nigerian Petroleum Company Limited, et Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines.
“Un projet rentable et viable désormais en quête d’investisseurs”
Concernant les prochaines étapes, le commissaire de la Cedeao qui est l’un des trois signataires du mémorandum a précisé que les études de pré-faisabilité et de faisabilité qui viennent d’être réalisées, ont démontré que “le projet de gazoduc [était] financièrement rentable et viable économiquement”.
Selon Sediko Douka, le gazoduc aura un énorme impact sur l’économie du continent africain et sur l’intégration régionale. La prochaine étape consistera donc à développer le volet marketing du projet, en drainant un maximum d’investisseurs des secteurs publics et privés pour établir des partenariats.
“Les deux gazoducs seront complémentaires”
Sur une éventuelle concurrence de l’autre projet de gazoduc qui partira du Nigeria et traversera le Niger pour aboutir en Algérie, le commissaire s’est montré très rassurant. Selon lui, il n’aura aucun impact sur le gazoduc Maroc-Nigeria, le continent étant loin d’être saturé en termes d’infrastructures.
“Avec les énormes potentialités gazières du Nigeria, les deux gazoducs trouveront leur place et seront même complémentaires pour l’acheminement du gaz naturel dont manquent certains pays africains. Sachant que le gazoduc Nigeria-Maroc va pouvoir se raccorder à d’autres pays producteurs comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, et bientôt le Sénégal et la Mauritanie, il y aura de la place pour ces deux infrastructures.”
“Trois ou quatre ans pour débloquer les financements nécessaires”
Très optimiste sur le temps nécessaire pour rendre opérationnel le gazoduc entre le Nigeria et le Maroc, Sediko Douka a confirmé que le bouclage de la phase de financement est devenu la priorité des initiateurs du projet, afin que les travaux de construction puissent commencer le plus tôt possible.
Avec la crise énergétique mondiale, qui a montré aux Européens qu’il était désormais nécessaire de diversifier leurs sources d’approvisionnement vers d’autres fournisseurs, les choses se sont accélérées. "Nous devrions mobiliser les fonds nécessaires dans trois ou quatre ans”, révèle le commissaire de la Cedeao, précisant que les premiers coups de pioche devraient démarrer en 2025-2026 au plus tard.
Cinq ans de travaux et une inauguration prévue en 2032
Quant au délai nécessaire pour achever les travaux, notre interlocuteur table sur un maximum de cinq ou six ans supplémentaires après avoir réuni les financements nécessaires, “à condition que les entreprises retenues en charge de la maîtrise d’œuvre fassent bien leur travail”.
Entre la cérémonie de signature du mémorandum qui a eu lieu ce jeudi 15 septembre et l’inauguration effective de ce mégaprojet, il faudra par conséquent compter un délai d’environ dix années, soit à l’horizon 2032.
À l’instar des prévisions du commissaire de la CEDEAO, le timeline officiel du projet de livraison du gazoduc prévoyait le lancement des appels d’offres de faisabilité entre 2020 et 2022 avant de boucler la décision finale d’investissements en 2023, puis d’entamer la phase de construction qui devrait durer au moins quatre années (2024-2027).
Sachant qu’il y a toujours des retards dans chaque phase, 2032 semble être une date cohérente.
Quel sont les tracés marocain et africain ?
Lors d'une conférence organisée par l'Agence nationale de régulation de l'électricité (ANRE), à l'occasion du 2e MEDREG Presidents' Workshop, Imane Mansouri (ONHYM) avait révélé que le tracé marocain du gazoduc, baptisé la dorsale Atlantique, constituerait la colonne vertébrale de l'infrastructure à développer au Maroc.
Selon ses propos, la dorsale Atlantique, d'une longueur de 1.672 km, va relier le gazoduc GME qui part de Tanger et Larache à la région de Dakhla, point de chute et d'arrivée du gazoduc Nigeria-Maroc.
Pour le reste, le gazoduc longera la côte ouest-africaine depuis le Nigeria en passant par le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Sénégal et la Mauritanie, jusqu’au Maroc. Il sera connecté au gazoduc Maghreb-Europe et au réseau gazier européen.
Cette infrastructure permettra aussi d’alimenter les Etats enclavés du Niger, du Burkina Faso et du Mali, et contribuera à l’amélioration du niveau de vie des populations, à l’intégration des économies de la sous-région et à l’atténuation de la désertification grâce à un approvisionnement en gaz durable et fiable.
Ci-après, les images filmées de la cérémonie de signature du mémorandum.
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