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Pourquoi le Maroc a reculé dans le classement mondial du développement humain

Le recul du Maroc à la 123e place dans le classement 2022 de l’indice de développement humain produit par le PNUD est dû, selon les données consultées par Médias24, à la dégradation de l’espérance de vie et du revenu moyen par habitant. Une conséquence directe de la pandémie de Covid et de la chute du PIB qui s’en est suivie. 

Pourquoi le Maroc a reculé dans le classement mondial du développement humain

Le 14 septembre 2022 à 19h28

Modifié 14 septembre 2022 à 20h06

Le recul du Maroc à la 123e place dans le classement 2022 de l’indice de développement humain produit par le PNUD est dû, selon les données consultées par Médias24, à la dégradation de l’espérance de vie et du revenu moyen par habitant. Une conséquence directe de la pandémie de Covid et de la chute du PIB qui s’en est suivie. 

  • Le développement humain a reculé dans le monde entier, mais le Maroc, déjà mal classé, a perdu une place.
  • C’est sur la santé et l’économie qu’il a reculé.
  • Le mauvais classement habituel du Maroc est dû à la faible durée de la scolarité par rapport à de nombreux pays.

Après une suspension d’une année à cause de la crise sanitaire, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) vient de reprendre le fil annuel de son rapport sur l’indice de développement humain (IDH) dans le monde. Cette version 2021-2022, publiée le 8 septembre, évalue la trajectoire de développement sur deux années, 2020 et 2021. Et donne ainsi une lecture des effets de la crise du Covid sur le développement humain dans les différents pays du monde.

Le Maroc, classé à la 122e place sur 191 pays lors du dernier classement, a reculé cette année d’une place. Le Royaume n’est pas un cas isolé, comme le souligne justement le rapport, puisque plus de 90% pays dans le monde ont vu leur score baisser entre 2020 et 2021.

La valeur même de l’indice mondial de développement humain a baissé sur ces deux années, effaçant, comme le signale le document, les gains obtenus au cours des cinq années précédentes. Ce qui fait revenir la planète au niveau de développement humain de l’année 2016.

Le Maroc a mieux résisté à la crise du Covid que beaucoup d’autres pays, mais il reste toutefois mal classé. Et cela date de bien avant la crise sanitaire. Au contraire, quand on analyse les données du rapport sur l’IDH, il semble que le Royaume a mieux résisté que d’autres pays pourtant plus armés, plus riches que lui.

La France a ainsi perdu deux places au classement, passant de la 26e à la 28e place. Idem pour l’Espagne, qui a reculé de deux rangs (de la 25e à la 27e place). Les Etats-Unis, première puissance mondiale, sont passés de la 17e à la 21e place, soit quatre places de moins. Même déclassement aux Emirats Arabes Unis qui ont perdu cinq places, se positionnant désormais à la 31e place.

Concernant le Maroc, son recul est largement justifié, comme celui de la grande majorité des pays du monde, riches, émergents ou pauvres.

Le recul du Maroc est causé par la dégradation de la santé et du revenu moyen

L’IDH du PNUD se base sur trois indices composites, comme nous le confirme l’économiste et spécialiste du domaine, Larabi Jaidi. Ces indices renseignent sur trois choses : la santé, l’éducation, le niveau de vie. Pour évaluer ces domaines, le PNUD se base sur l’espérance de vie à la naissance, la durée moyenne de scolarité et le revenu national brut par habitant.

Sur ces trois sous-indicateurs qui entrent dans le calcul de l’IDH, le Maroc a reculé sur deux, comme le montre la data par pays, consultable sur le site du PNUD :

L’espérance de vie moyenne : elle a reculé de 74,3 ans en 2019 à 73,9 ans en 2020, puis a remonté à 74 ans en 2021. En 2020 et 2021, les Marocains ont ainsi perdu trois mois de vie en moyenne. Ceci est une conséquence directe du Covid.

Le revenu national brut par habitant : il est passé de 7.398 dollars US en 2019 à 6.882 dollars en 2021, pour remonter à peu près à son niveau d’avant crise (7.303 dollars en 2021), suivant en cela la trajectoire de la croissance dans le pays. Une trajectoire en dents de scie, avec une forte récession en 2020, année du confinement, et la reprise de 2021 qui a effacé les pertes de l’année précédente.

Le troisième sous-indice (durée de scolarité moyenne) est resté inchangé, à 5,9 ans sur 2020 et 2021, malgré les effets de la crise sanitaire sur le secteur de l’éducation.

C’est donc dans le domaine de la santé et de la croissance économique que le Maroc a faibli. Ce qui a entraîné la baisse de son IDH et la perte d’une place dans le classement mondial.

Pourquoi des pays en guerre sont-ils mieux classés que le Maroc ?

Or malgré ces explications, le classement du PNUD reste en soi contesté et la méthodologie suivie critiquée.

Une méthodologie qui fait qu’un pays comme l’Irak (121e), en proie à des troubles depuis de longues années, est mieux classé que le Maroc, un pays stable. Idem pour la Libye, pays déchiré ces dix dernières années par la guerre civile et les tensions politiques, mais qui est classé à la 104e place, soit 19 places de mieux que le Maroc.

Beaucoup considèrent donc ce classement comme non pertinent, car le bon sens voudrait qu’un citoyen du monde ayant le choix d’aller vivre dans l’un de ces trois pays, opterait sans réfléchir pour le Maroc en raison de sa stabilité politique et économique. Mais le fait que ces pays sont producteurs de pétrole et disposent donc d’un PIB par habitant plus élevé que celui du Maroc, biaise les données et le classement général.

Surtout quand on sait, comme nous l’apprend le professeur Larabi Jaidi, que les trois indicateurs composites ont la même pondération dans le calcul de l’IDH.

Tous les pays contestent leur classement

Mais tout cela reste, selon lui, un faux débat : “En réalité, tous les pays contestent leur classement. Alors que ce classement vous donne simplement un ordre de grandeur qui vous permet de voir les avancées ou les régressions réalisées sur les trois domaines les plus importants dans le développement humain que sont la santé, l’éducation et le niveau de vie. C’est un regard sur des indicateurs précis qui vous permettent de mettre l’accent sur les domaines sur lesquels vous avez avancé par rapport à d’autres pays, et vice versa. C’est un enseignement pour notre politique publique de développement humain”, explique l’économiste et chercheur au Policy Center for the New South.

“La pertinence ou non de l’IDH est un faux débat. Il faut sortir de ce prisme de lecture pour donner à l’IDH du PNUD la dimension qui est la sienne : une simple mesure de trois indicateurs sur le temps, sans plus. D’ailleurs, même les statistiques que ce rapport utilise ne sont pas produites par le PNUD ; il s’agit des données officielles émises par les organes nationaux de statistiques de chaque pays”, ajoute notre expert.

L’intérêt de ce rapport, notamment celui de 2022, c’est de nous montrer ce recul mondial dans le développement humain causé par une pandémie. Ce qui nous donne des leçons et des enseignements pour nos politiques publiques.

“La contestation n’a pas de sens. Le plus important, c’est de voir sur quoi on a avancé et sur quoi on a reculé. La santé n’est certes mesurée aujourd’hui que par l’espérance de vie à la naissance, une définition simpliste que le PNUD remet lui-même en cause, mais le rapport s’est enrichi avec d’autres indicateurs, comme la durée de vie en bonne santé pour mieux apprécier le niveau de développement du secteur de la santé et de la protection sociale dans chaque pays. C’est le cas également pour un ensemble d’indicateurs que le rapport met en évidence, comme l’approche genre, l’ajustement de l’IDH par rapport aux inégalités, ainsi que d’autres éléments d’appréciation sur le développement humain, basé sur le concept de vulnérabilité, de résilience et de sentiment d’insécurité”, explique Larabi Jaidi.

Mais si le PNUD dispose de ces indices qui peuvent mieux rendre compte de l’état de développement humain dans chaque pays, pourquoi se contente-t-il d’un calcul statique de l’IDH basé simplement sur le PIB par habitant, l’espérance de vie et la durée de scolarité ? Pour Larabi Jaidi, ceci est un vieux débat, et chaque indicateur est lui-même un sujet de débat. Idem pour la pondération de chaque sous-indicateur, qui peut également être contestée.

Notre expert explique que ces nouveaux indicateurs ne sont pas intégrés en raison de ce qu’il appelle “le paradoxe des indicateurs composites”.

“Le développement humain est un sujet complexe. Au fur et à mesure que vous intégrez de nouveaux éléments, ça devient encore plus complexe, et on aboutit à une moyenne qui cache vingt ou trente sous-indicateurs. On perd in fine le sens et on ne sait plus ce que cette moyenne cache réellement. C’est pour cela que le PNUD a conservé ces mêmes trois indicateurs, qui ont d’ailleurs évolué eux aussi. L’éducation était auparavant approchée par l’analphabétisme, un indicateur qui était très contesté, notamment par le Maroc. Aujourd’hui, ils ont migré vers la durée de scolarité. Mais ils ont voulu garder l’indice de trois composites parce qu’il est parlant. Sachant qu’ils mettent avec ça d’autres indicateurs pour ceux qui veulent enrichir la réflexion sur le développement humain de leur pays”, précise Larabi Jaidi.

L’éducation, le talon d’Achille du Maroc

En clair, si le Maroc veut améliorer son classement dans l’IDH, il sait ce qu’il a à faire : améliorer l’espérance de vie de sa population, la durée de scolarité moyenne de ses enfants et le revenu moyen par habitant. Ce sont justement ces trois domaines qui ont été au cœur du rapport de la commission sur le Nouveau Modèle de développement (réforme de l’éducation et de la santé, accélération de la croissance annuelle du PIB à 6%).

Mais la grande faille que traîne le Maroc quand on analyse et compare son IDH avec des pays de la région, reste l’éducation. La durée de scolarité moyenne dans le Royaume est à peine de 5,9 ans, alors qu’elle est de 7,9 ans en Irak (112e) ; 8,7 ans au Liban (112e place) ; 7,6 ans en Libye (104e) ; 9,6 ans en Egypte (97e) ; 7,4 ans en Tunisie (97e) ou encore 8,6 ans en Turquie (48e).

Ce qui fait dire à Larabi Jaidi que c’est le problème de l’abandon scolaire qui continue de peser sur l’IDH du Maroc, notamment dans le monde rural.

La comparaison avec un pays comme les Philippines est davantage porteuse de sens, car il a le même niveau de revenu par habitant que le Maroc, mais le surpasse dans le classement (116e) en raison notamment de cet indicateur sur la durée de scolarité. Aux Philippines, un enfant reste à l’école en moyenne 9 années contre à peine 5,9 années au Maroc. Ce qui fait peser la balance en faveur de ce pays asiatique malgré le fait que l’espérance de vie à la naissance des Philippins est de 69,3 ans, soit quatre ans de moins que les Marocains.

La réforme actuelle de l’éducation menée par le ministre Chakib Benmoussa vise justement à lutter contre ce phénomène de l’abandon scolaire qui ronge le pays. Avec la généralisation de la protection sociale à tous les citoyens, qui allongerait l’espérance de vie, il est certain que le Maroc gagnera beaucoup de places à l’avenir dans ce classement du PNUD. Pourvu que ces réformes réussissent…

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