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Moudawana. Une réforme globale, de réelles chances d'égalité dans l'héritage (Rabéa Naciri)

Avec les mêmes revendications portées au fil des générations du mouvement féminin marocain, la réforme de la Moudawana à venir se doit d'être globale. Pour la célèbre militante féministe Rabéa Naciri, celle-ci a de réelles chances de garantir l'égalité en matière d'héritage.

Moudawana. Une réforme globale, de réelles chances d'égalité dans l'héritage (Rabéa Naciri)

Le 13 septembre 2022 à 16h10

Modifié 13 septembre 2022 à 16h23

Avec les mêmes revendications portées au fil des générations du mouvement féminin marocain, la réforme de la Moudawana à venir se doit d'être globale. Pour la célèbre militante féministe Rabéa Naciri, celle-ci a de réelles chances de garantir l'égalité en matière d'héritage.

Le silence de la société civile qui a suivi le discours du Trône du 30 juillet 2022 soulève des interrogations. Traduit-il l’attente des prochaines orientations et/ou de la rentrée politique ? Ou bien est-il le reflet d’un mouvement féminin en léthargie ?

Pour Rabéa Naciri, militante féministe, loin d’être en berne, le mouvement actuel assure la “continuité” sous forme de “nouvelles dynamiques rendues possibles par les luttes remportées par la première vague du féminisme marocain”.

“Le mouvement féministe actuel est l’héritier de celui des décennies 1990 et 2000. Il continue à porter les mêmes revendications et causes. Ce qui a changé, c’est le contexte global du pays, d’une part, et la sociologie même du mouvement féministe et ses méthodes de travail, d’autre part”, ajoute-t-elle.

Nouvelles générations, mêmes revendications

Selon cette grande militante de la cause féminine, “dans le passé, le mouvement était composé d’un nombre limité d’associations se trouvant dans quelques grandes villes du pays, et dont les fondatrices, proches de par leur sensibilité politique, se connaissaient et arrivaient à coordonner et à travailler ensemble en dépit des difficultés. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas”.

Cela signifie que “grâce aux luttes et succès remportés par la première vague du féminisme marocain, le mouvement s’est élargi et diversifié et couvre actuellement de nombreux territoires du pays”.

“Nous avons ainsi assisté à l’émergence de la deuxième vague suite aux grandes mobilisations des années 2000 et, par la suite, l’apparition d’une troisième vague du féminisme n’ayant plus de proximité géographique ou politique avec la première- et composée de leaders plus jeunes qui portent les mêmes demandes, mais avec un discours différent et des nouvelles manières de travailler”, explique-t-elle.

La réforme de la Moudawana doit être globale

Des revendications similaires qui tendent vers le même objectif : la suppression des discriminations à l’égard des femmes. C’est dans ce sens que la voie vers la réforme de la Moudawana a été ouverte par le Roi Mohammed VI lors du discours du Trône du 30 juillet 2022. Une réforme qui, selon Rabéa Naciri, ne doit pas se limiter à quelques dispositions individuellement révisées. Autrement dit, la réforme à venir du Code de la famille doit être globale.

“Lorsqu’on veut réformer une structure cohérente, il faut la regarder et l’examiner dans son ensemble sans exception aucune. Le Code de la famille est construit et basé sur le principe de la qiwamah de l’homme sur la femme, justifiée par l’obligation d’entretien de cette dernière par son époux. A partir de là, toutes les dispositions découlent de ce principe conférant des droits différents aux hommes et aux femmes. Dès lors que l’on touche à un droit ou à une obligation, des conséquences en découlent sur l’ensemble de la législation familiale”, rappelle-t-elle.

“Revendiquer la révision d’un article ou deux revient à ne pas vouloir affronter les réalités quotidiennes vécues par les justiciables, d’une part, et à rendre le Code de la famille plus incohérent qu’il ne l’est aujourd’hui, d’autre part. C’est là la principale leçon tirée de la réforme de 2004”, souligne la militante féministe.

Des “chances réelles” pour l’égalité dans l’héritage

Depuis son entrée en vigueur, la Moudawana de 2004 a régulièrement été pointée du doigt pour ses failles et discriminations, notamment en matière d’héritage. La levée du tabou sur le sujet est récente et propage une onde d’optimisme parmi les militantes de la cause féminine.

C’est notamment le cas de Rabéa Naciri qui se “plaît à croire” que les chances d’atteindre l’égalité en matière d’héritage dans le cadre de la réforme à venir sont “réelles”. Et ce, “pour plusieurs raisons”.

D’après elle, “l’action publique, qui a contribué à transformer le pays au plan économique et sociétal, fait que la législation successorale actuelle n’est plus vivable ni pour les femmes, ni pour les familles, ni pour l’économie”.

“Le nombre croissant des pratiques de contournement de cette législation devrait interpeller les décideurs. Au lieu d’apporter des réponses et des solutions aux héritiers, y compris parfois de sexe masculin, qui est la vocation de toute loi, le droit successoral devient une source de grandes injustices à l’égard des veuves et des filles, de conflits familiaux et un frein au développement économique”, conclut la militante féministe.

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Moudawana. “Il est inconcevable de faire fi de la question de l’égalité dans l’héritage” (Nouzha Skalli)

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