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D’ici dix ans, la nappe phréatique de Berrechid risque d'être épuisée

Les eaux souterraines de la nappe phréatique de Berrechid pourraient se tarir dans une dizaine d’années. Les activités agricoles intensives et une pluviométrie déficitaire contribuent à leur épuisement. 

Photo d'illustration

D’ici dix ans, la nappe phréatique de Berrechid risque d'être épuisée

Le 12 septembre 2022 à 15h47

Modifié 12 septembre 2022 à 18h55

Les eaux souterraines de la nappe phréatique de Berrechid pourraient se tarir dans une dizaine d’années. Les activités agricoles intensives et une pluviométrie déficitaire contribuent à leur épuisement. 

  • La nappe de Berrechid se distingue par l’importance de son étendue, estimée à 1.500 km². Elle joue un rôle décisif dans la production agricole de la région.
  • Sur les vingt dernières années, la moyenne du déficit du bilan hydrique de la nappe est de 30 millions de m³/an.
  • Il faut désormais creuser au moins 100 m pour atteindre la ressource, contre 30 m à 40 m au milieu des années 1980.

Chaque vendredi, les carottes cultivées dans la plaine de Berrechid garnissent les plats de couscous de la région de Casablanca et au-delà. Mais peu de gens soupçonnent que leur production dépend de la nappe phréatique de Berrechid, une ressource hydrique souterraine en voie de tarissement.

Cet aquifère n’irrigue pas seulement les parcelles de carottes ; il est d’une importance capitale pour un ensemble de produits maraîchers cultivés dans la plaine de Berrechid : pomme de terre, artichaut, betterave rouge, oignon, chou.

Située dans le bassin côtier atlantique, au sud de la ville de Casablanca, la nappe de Berrechid se distingue des autres nappes de la région – en l’occurrence celles de la Chaouia côtière et de Témara – par son étendue, estimée à 1.500 km².

Plus de 50% des réserves sont épuisées  

S’il est difficile d’évaluer avec exactitude la réserve en eau dont dispose la nappe de Berrechid, l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia (ABHBC) a récemment mesuré son niveau piézométrique entre 100 m et 120 m par rapport au sol.

Le niveau piézométrique, ou piézométrie, désigne le niveau que l’eau souterraine atteint dans un puits. Il est établi à travers des forages réalisés depuis la surface, à l’intérieur desquels la profondeur de la nappe est mesurée.

Depuis les années 1980, “plus de 50% des réserves de la nappe ont été épuisées”, déplore auprès de notre rédaction Mohammed Boutayeb, chef de division de la gestion durable des ressources en eau à l’ABHBC, dont dépend la nappe phréatique de Berrechid.

Sur les vingt dernières années, la moyenne du déficit du bilan hydrique de la nappe est de 30 millions de m³/an. Désormais, il faut creuser au moins 100 m pour atteindre la ressource, contre 30 m à 40 m au milieu des années 1980, selon l’ABHBC.

“C’est la nappe la plus stratégique”, assure Mohammed Boutayeb. “Les études techniques et les modèles mathématiques réalisés pour évaluer la tendance d’évolution de la nappe montrent qu’elle est très exploitée. Dans dix ans, on risque d’en perdre une grande partie”, précise-t-il.

Agriculture intensive et déficit pluviométrique 

L’exploitation des ressources de la nappe phréatique de Berrechid est conditionnée par l’obtention d’une autorisation de creusement des puits et des forages, auprès de l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia. Mais les prélèvements illicites sont nombreux, comme le prouve une récente étude menée par le ministère de l’Equipement et de l’eau, selon laquelle 91% des puits au Maroc sont illégaux. La pression sur la ressource est d’autant plus élevée que les cultures irriguées sont voraces en eau.

“Avant 1990, la plaine de Berrechid était considérée comme le grenier céréalier du Maroc”, indique à Médias24 Romaïssa Ouassissou, doctorante et ingénieure agronome, auteure de plusieurs articles scientifiques sur la nappe phréatique de Berrechid. “On y cultivait de l’orge, du blé dur, du blé tendre et des légumineuses”, poursuit-elle. “Mais à partir du milieu des années 1990, les agriculteurs propriétaires ont loué leurs parcelles à d’autres agriculteurs, qui ont délaissé les cultures pluviales pour favoriser des cultures maraîchères, à haute valeur ajoutée mais consommatrices d’eau.”

Le développement de cette agriculture irriguée s’est accompagné d’une multiplication des points d’extraction d’eau. “Que ce soit des forages ou des puits”, précise Romaïssa Ouassissou, qui a répertorié, lors de ses visites de terrain, “plus de 226 points d’eau sur près de 1.046 ha”.

Selon l’ABHBC, le nombre de points d’eau dans la plaine de Berrechid est d’environ 5.000. La gestion des ressources puisées pose également problème. “Comme il n’y a pas de compteur, il est difficile de déterminer la consommation de chaque agriculteur”, explique Mohammed Boutayeb. “D’autant qu’il y a une culture de maraîchage consommatrice d’eau, comme celle des carottes.”

“Les agriculteurs ont pour habitude de ne pas récolter les carottes à la fin de leur cycle”, reprend Romaïssa Ouassissou. “Ils les conservent dans le sol et continuent de les irriguer, jusqu’au moment de leur commercialisation. Ils considèrent cette technique comme une alternative peu coûteuse aux unités frigorifiques”, précise-t-elle.

Une meilleure gestion des prélèvements

Bien que cette technique de conservation ait fait ses preuves, elle n’en reste pas moins consommatrice d’eau. En témoigne l’expérience réalisée dans la plaine de Berrechid par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

“Nous avons collaboré avec la FAO sur cette expérience, qui a consisté à cultiver des carottes dans une parcelle témoin avec comptage afin de déterminer la consommation d’eau”, explique Mohammed Boutayeb.

La quantité d’eau nécessaire pour le cycle de la carotte, qui s’étend de novembre à juin, est d’un peu plus de 5.000 m³/ha pour une production d’environ 100 tonnes. “Quand on a conservé les carottes au sol, la quantité d’eau d’irrigation a augmenté jusqu’à plus de 8.000 m³/ha.”

Cette expérience a permis de mettre en place une meilleure gestion des prélèvements, notamment via un contrat de concession. “Nous avons défini avec les usagers de l’eau, regroupés en associations, un quota de prélèvement de l’ordre de 5.000 m³/ha, variable selon l’évolution de la nappe. Des pénalités sont prévues en cas de dépassement.” Une centaine d’agriculteurs, répartis en deux associations, ont jusqu’à présent signé le contrat de concession. Ce contrat s’est accompagné de plusieurs autres mesures, dont une limitation des autorisations de prélèvement pour l’usage agricole.

Un contrat de nappe est également en cours d’élaboration. Ce mode de gestion participatif de nappe, basé sur la loi n° 36-15 du 10 août 2016 relative à l’eau, repose sur la participation et l’engagement des partenaires régionaux et locaux dans la gestion des ressources en eaux.

La recharge artificielle, à travers les forages en direction de la nappe de Berrechid, est aussi appliquée, tout comme “la réutilisation des eaux usées et épurées pour limiter la pression sur la nappe”, conclut Mohammed Boutayeb.

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