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Saturation, insécurité, malpropreté... Les cimetières laissés à l'abandon

En 2014, le gouvernement avait annoncé un budget de 700 millions de dirhams pour la réhabilitation de 1.250 cimetières. Huit ans plus tard, aucun progrès n’a été réalisé. Les problèmes de saturation, d’insécurité et de malpropreté s’accumulent. 

"Cimetière d'Ahriq" à Martil (photo MAP). Un exemple de ce qui peut être fait.

Saturation, insécurité, malpropreté... Les cimetières laissés à l'abandon

Le 8 septembre 2022 à 16h41

Modifié 8 septembre 2022 à 18h10

En 2014, le gouvernement avait annoncé un budget de 700 millions de dirhams pour la réhabilitation de 1.250 cimetières. Huit ans plus tard, aucun progrès n’a été réalisé. Les problèmes de saturation, d’insécurité et de malpropreté s’accumulent. 

La saturation est l’une des difficultés récurrentes recensées dans les nécropoles du Maroc. C’est le cas à Rabat, qui connaît désormais une quasi-saturation de ses cimetières, observe Omar El Hyani, élu au conseil de la ville, joint par Médias24.

Des cimetières bondés

Le 30 mars dernier, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) a adressé une question écrite au conseil communal de Rabat sur l’état des lieux des cimetières de la ville. Selon les réponses communiquées, les cimetières de la capitale sont presque tous saturés.

“Les cimetières Sidi Messaoud et Zourara à Hay Riad, ainsi que le cimetière Hajjaj à Yacoub El Mansour, sont saturés. Le cimetière Achouhadaa est très proche de la saturation. Il reste seulement un petit cimetière avec une très faible capacité d’accueil à Souissi”, relève Omar El Hyani. Le cimetière Essedik est celui qui accueille actuellement le plus de dépouilles, précise-t-il. Selon l’élu au conseil de la ville, Rabat s’achemine vers une saturation totale de ses cimetières. D’ici un ou deux ans, ils le seront probablement tous.

Pour dépasser ces défaillances, la capitale misait sur le projet de Grand cimetière de Rabat, ayant une capacité moyenne d’enterrement de 5.000 dépouilles par an, tel qu’annoncé en 2021 par le vice-président du conseil communal de Rabat, Abderrahim Lakraa. Selon lui, ce futur cimetière pourra être exploité durant 26 à 30 ans.

Il est quasiment prêt, à ceci près que son ouverture a été reportée en raison de problèmes techniques au niveau des chaussées, nous indique Omar El Hyani, citant le conseil communal de Rabat. Ces défaillances ont été confirmées par un rapport du Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE), nous dit-il.

Seuls deux cimetières opérationnels à Casablanca

La situation n’est guère plus enviable à Casablanca, où seuls deux cimetières sont opérationnels. Le premier est le cimetière Al Ghofrane, qui approche à son tour de la saturation, apprend-on auprès de l’adjoint au maire, Moulay Ahmed Afilal. Il accueille pratiquement tous les morts de la ville et une bonne partie de ceux de la région. Il ne dispose actuellement que de 10 hectares opérationnels, ce qui est loin d’être suffisant, déplore l’adjoint au maire. 40 dépouilles y sont enterrées en moyenne chaque jour, et il sera à court de places d’ici un an, s’inquiète Moulay Ahmed Afilal.

L’autre cimetière opérationnel à Casablanca est celui de Rahma, où les places disponibles sont plus ou moins nombreuses, ajoute, sans plus de précisions, l’adjoint au maire. Un nouveau cimetière sera construit dans la métropole pour éviter la saturation. Son ouverture est prévue l’année prochaine.

Moulay Ahmed Afilal nous apprend que la commune de Casablanca compte exploiter un terrain de 200 ha légué par un bienfaiteur. Un budget annuel de 10 millions de dirhams sera alloué par la commune à ce nouveau cimetière, dont une bonne partie sera réservée à l’entretien et à l’aspect sécuritaire, nous dit-il.

“L’insécurité” et la “malpropreté”, autres maux des cimetières 

Car l’insécurité et la malpropreté sont les autres maux des cimetières du Maroc. Un constat soutenu par Redoine Seyour, un Marocain résidant en Belgique qui s’est assigné comme mission de réhabiliter les cimetières du pays. En 2014, il a lancé l’initiative “S.O.S. Cimetières”, qui est aujourd’hui une association œuvrant dans le nettoyage, la documentation de l’état des cimetières et la sensibilisation à l’importance de leur réhabilitation.

“D’après ce que j’ai constaté sur le terrain, les cimetières sont extrêmement sales. Ils sont généralement dépourvus de murs et l’insécurité y règne. Les délinquants et les voleurs sont partout, sans parler du facteur s’hour (sorcellerie, ndlr) qui y est fort présent”, s’indigne Redoine Seyour. “Presque toutes les tombes sont vandalisées et profanées. Nous avons retrouvé près de 800 photos (une pratique associée au s’hour) rien que dans les cimetières de Casablanca”, ajoute-t-il.

Cimetière Al Radoine à Kénitra (source : S.O.S Cimetières)

A l’origine de son initiative, l’inhumation de son père en 2013 au cimetière Moujahidine de Tanger, dont il juge l’état “déplorable”. L’année suivante, il entreprend d’explorer les cimetières du pays. Selon lui, les plus dégradés sont ceux des grandes villes. “Le pire cimetière que j’ai vu est celui de Chouhada à Casablanca. J’ai eu l’impression qu’il était complètement laissé à l’abandon. On ne sait pas non plus qui est chargé de quoi”, déplore Redoine Seyour.

En revanche, les cimetières les mieux entretenus sont, selon lui, ceux de Tétouan et Martil. Le cimetière d’Ahriq à Martil en est un exemple (photo ci-dessous). « Géré et financé par une association, ce lieu réserve, malgré les difficultés financières, un accueil décent aux morts. Un exemple à généraliser ! », écrivait le magazine BAB de la MAP dans un article consacré à la bonne gestion de cette nécropole.

« Cimetière d’Ahriq » à Martil (photo MAP)

“On gère mal les cimetières au Maroc”

La gestion fait également cruellement défaut. “Les responsables des cimetières sont particulièrement incompétents, surtout lorsqu’on les compare à ceux de l’étranger”, témoigne-t-il, soulignant au passage l’absence de collaboration entre les entités en charge de la gestion des cimetières et les associations.

“L’état des cimetières a un impact sur les liens que tisse la communauté marocaine résidant à l’étranger avec son pays d’origine. Lorsque les MRE s’aperçoivent du piteux état des cimetières au Maroc, ils n’envisagent plus d’y retourner, encore moins de s’y faire enterrer !”

L’adjoint au maire met à son tour l’accent sur l’importance d’une gestion efficace des cimetières. Moulay Ahmed Afilal constate que le budget est pourtant là : selon lui, la commune de Casablanca consacre chaque année entre 30 et 40 millions de dirhams au cimetière Al Ghofrane. De plus, 25 millions de dirhams sont annuellement alloués au cimetière Rahma.

“Ce qu’il faut, c’est une bonne gestion”, insiste-t-il, soulignant que l’administration des cimetières, bien qu’elle relève de la commune, peut différer en fonction du bureau et de la présidence en charge de leur gestion. Une synergie entre les différents ministères pourrait contribuer à réhabiliter les cimetières marocains, d’après Redoine Seyour. Il estime que le ministère de la Culture devrait se charger du volet patrimonial, tandis que le ministère de l’Intérieur devrait chapeauter le volet sécuritaire. La sacralité au sein des cimetières, elle, devrait être prise en charge par le ministères des Habous et des affaires islamiques.

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