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Au Musée militaire de Fès, une reconstitution grandeur nature de l’histoire des armes

Ce fort du 16e siècle abrite le Musée militaire spécialisé en histoire des armes qui expose un savoir-faire ancestral, illustré par des armes dont l'esthétisme n'a d'égal que leur rareté.

Au Musée militaire de Fès, une reconstitution grandeur nature de l’histoire des armes

Le 28 juillet 2022 à 18h11

Modifié 28 juillet 2022 à 18h14

Ce fort du 16e siècle abrite le Musée militaire spécialisé en histoire des armes qui expose un savoir-faire ancestral, illustré par des armes dont l'esthétisme n'a d'égal que leur rareté.

Erigé sur une colline rocheuse surplombant la médina de Fès, Borj Nord vaut doublement le détour. Fondé en 1582 par le sultan saâdien El Mansour Eddahbi, ce fort est à lui seul un bijou architectural. Il abrite en prime, l’un des musées des Forces armées royales (FAR), le Musée militaire spécialisé en histoire des armes.

Dire que Borj Nord était prédestiné à accueillir ce musée en 1963 tient de l’euphémisme. En plus de faire partie d’une ceinture défensive de onze forts protégeant la médina de Fès contre la menace ottomane notamment, il a été un temps appelé Borj Annar « car il abritait la première unité d’artillerie de l’histoire du Maroc, nommée Jaych Annar ou Armée du feu » explique à Médias24, le colonel Abdelhadi Lakhssassi, directeur du musée.

D’une superficie d’environ 2.200 m², Borj Nord et son musée sont « passés en 2004 sous la tutelle de la Commission marocaine de l’histoire militaire et ont fait l’objet d’un vaste programme de réhabilitation et de restauration, avant d’être rouverts au public en 2007″, précise le colonel Abdelhadi Lakhssassi.

Ce programme a permis la restauration de la bâtisse, l’aménagement des espaces intérieurs, l’installation des équipements spécifiques et muséographiques, ainsi que la restauration d’une partie de la collection.

Privée de 2.000 pièces en cours de restauration, cette collection comporte 6.245 pièces, dont 775 exposées en permanence.

Si la majorité des armes proviennent de l’ancienne Makina, fabrique d’armes construite par le sultan Moulay Hassan 1er à la fin du 19e siècle dans le cadre des réformes militaires engagées à l’époque, une part considérable est originaire de quarante pays dans le monde.

Dans une atmosphère lumineuse très contrastée qui confère au musée un caractère apaisant, la visite est marquée par le poids de l’histoire et les aspects archéologiques et ethnographiques des pièces exposées. Le parcours de l’exposition s’articule autour de trois thèmes majeurs répartis entre treize salles :

– les armes marocaines traditionnelles, éléments de gloire et de prestige ;

– la Makina de Fès ;

– l’histoire des armes dans le monde.

Médias24 a visité l’un des musées les plus beaux et les plus instructifs du Maroc, avec des techniques muséographiques qui allient les reconstitutions historiques à travers des maquettes aux projections audiovisuelles.

Les armes marocaines traditionnelles glorifiées

En pénétrant dans les larges couloirs intérieurs de Borj Nord, il est difficile de résister à l’attrait des armes traditionnelles qui ont fait le prestige et la gloire du corps militaire marocain. Sabres, poignards, fusils, poudrière et harnachements de chevaux sont exposés aux yeux des visiteurs, sur des socles vitrés où de fins faisceaux lumineux caressent des pièces centenaires.

Le rôle social d’appartenance tribale et hiérarchique de ces pièces est mis en lumière, tout comme « les différentes étapes historiques de la fabrication des armes au Maroc et leurs liens avec l’évolution de l’armée marocaine », indique le Dr Mohamed Bourrass, professeur chercheur à la Direction de l’histoire militaire.

Le processus de fabrication de l’arme marocaine est le reflet d’un savoir-faire collectif. Une synergie a en effet été nécessaire entre plusieurs corps de métiers artisanaux pour travailler les différents matériaux à l’origine de ces armes, dont le bois, le métal, le cuir.

Les canons sont la parfaite illustration de cette mécanique collective réglée comme du papier à musique. Ces armes lourdes et imposantes, dont la fabrication a exigé une précision d’orfèvre, insoupçonnable au regard de leur apparence massive, occupent à elles seules deux salles d’une quinzaine de mètres carrés chacune. L’écran interactif, situé à l’entrée de l’une d’entre elles, renseigne sur le processus de fabrication des canons et de leurs ancêtres, les névrobalistiques.

La fonderie saâdienne et la Makina de Fès

Après une pause café sur la terrasse de Borj Nord, où l’on a pu apprécier une immense plateforme de tir, dotée de 56 ouvertures à canon et de multiples meurtrières jumelées percées dans le parapet pour permettre le tir à fusil, une reconstitution a attiré notre attention.

Des couleurs vives, des objets grandeur nature, un éclairage pour une fois agressif, c’est la recette concoctée pour mettre en valeur la fonderie Dar Al-Oudda de Marrakech, une des deux fonderies érigées par les Saâdiens avec celle de Taroudant.

« Ce que l’on produit en canons de feu et de fusils à Dar Al-Oudda, avec le crépitement des soufflets et des blocs de fer, est le feu de l’enfer. » C’est en ces termes élogieux que l’historien Al Fachtali louait la puissance productive et l’efficacité de cette fabrique. Les Saâdiens avaient ainsi pris conscience très tôt de l’importance de l’artillerie lourde, en développant une industrie métallurgique performante.

Industrie dont les vestiges sont exposés au musée militaire de Borj Nord qui accueille également des centaines d’armes issues de la Makina de Fès. Créée au 19e siècle, sur ordre du sultan Moulay Hassan 1er, la Makina a fourni l’armée marocaine en fusils, cartouches, fusils à percussion et de nombreuses pièces explosives.

Dans la salle dédiée à cette fabrique, sont exposés des fac-similés de manuscrits et des photos anciennes illustrant son fonctionnement et les hommes qui ont participé à sa renommée, quelque peu écornée par une efficacité discutable.

Prévue pour produire 200 fusils et 12.0000 cartouches par mois, la production de la fabrique a souvent été faible et irrégulière.

Une exposition internationale

Le musée accueille également des armes en provenance des quatre coins du monde, afin d’apporter un éclairage immersif sur l’histoire des armes « de la préhistoire jusqu’au début du 20e siècle et l’apparition des armes automatiques, tout en mettant en exergue leurs aspects techniques, esthétiques et culturelles », nous apprend Hafid Mokadem, conservateur du musée.

Les salles d’exposition consacrées aux armes du monde abritent une collection quasi exhaustive incluant des armes blanches (épées, sabres, poignards, couteaux…), des armures (boucliers, casques, brassards…), des armes à feu individuelles (fusils, carabines, pistolets et mitraillettes) et des armes d’apparat et de chasse.

Classées par ordre chronologique, les pièces exposées relatent l’évolution des systèmes de mise à feu, de chargement, de défense et d’apparat. Une évolution à laquelle le Maroc n’est pas étranger, et le musée de Borj Nord, ouvert au public, est là pour en attester.

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