χ
Dossier Cet article est issu du dossier «Région Guelmim Oued Noun» Voir tout le sommaire

Reportage. Parc national de Khenifiss ou la vie en rose

Près de 1.000 flamants roses fréquentent ce site de la côte atlantique qui impressionne le visiteur par sa diversité morphologique. Entre falaises bordières, zone lagunaire et immensité désertique, ce parc donne à voir une extrême richesse paysagère, sur un parcours relativement peu étendu. Hamza Riad, directeur du parc national de Khenifiss, nous en dévoile les spécificités.

Source-PNK

Reportage. Parc national de Khenifiss ou la vie en rose

Le 22 juillet 2022 à 13h47

Modifié 22 juillet 2022 à 13h47

Près de 1.000 flamants roses fréquentent ce site de la côte atlantique qui impressionne le visiteur par sa diversité morphologique. Entre falaises bordières, zone lagunaire et immensité désertique, ce parc donne à voir une extrême richesse paysagère, sur un parcours relativement peu étendu. Hamza Riad, directeur du parc national de Khenifiss, nous en dévoile les spécificités.

C’est dans la lagune de Naaïla, bras de mer situé sur la côte atlantique entre Tan-Tan et Tarfaya, que le flamant rose, espèce emblématique du parc national de Khenifiss, a choisi de s’établir. Les vingt kilomètres de cet espace humide enserré entre des dunes vives et de petites falaises gréseuses constituent le cœur battant de la richesse biologique de ce site.

Pour l’oiseau aux ailes de feu, l’installation dans ce parc constitue une petite révolution de son mode de vie. À seulement 6 km d’Akhfennir, Khenifiss, qui relève de la province de Tarfaya, est classée depuis 2006 parc national.

Hamza Riad, ingénieur des Eaux et forêts et directeur du parc, nous explique en quoi la présence de ce volatile est un fait inédit. « Il était migrateur. Aujourd’hui, il est presque sédentaire. On a mis en place des nids artificiels (en utilisant des matériaux locaux comme la pierre et la boue) dans une île artificielle dans la lagune, afin d’assurer leur nidification. Avant, ils nidifiaient au sud de l’Europe. En période hivernale, les flamants roses venaient au Maroc et retournaient en Europe en période estivale. Les dernières études ont montré qu’ils sont devenus sédentaires ici au Maroc, bien que cette espèce ne soit pas endémique de la région. Elle s’est ainsi adaptée à ce nouveau milieu. On dénombre 800 à 1.000 individus dans le parc, et ils y sont pendant toute l’année. »

C’est pourquoi la figure du flamant rose est au centre du logo du parc national de Khenifiss.

Flamants roses au niveau de la lagune Naaila –  Source PNK

Projet de construction d’une île artificielle pour la nidification des flamants roses :

Le flamant ne naît pas rose, il le devient

La lagune de Naaïla est pour ainsi dire l’écosystème naturel idéal pour ces volatiles. Les flamants roses vivent dans des milieux salins où ils nidifient et se nourrissent de l’invertébré aquatique Artemia salina. Il s’agit d’une espèce de crustacés, semblable aux crevettes. Et là, fait étonnant, le flamant ne naît pas rose, ils le devient. Non pas du fait de la génétique, mais en raison de son alimentation. Artemia salina contient en effet des pigments kéto-caroténoïdes responsables de la couleur rose orangée du flamant. Jeune, l’oiseau arbore une couleur grise, parfois blanchâtre. Il lui faut de deux à quatre ans pour devenir rose.

Si le milieu salin est une condition nécessaire pour l’installation du flamant rose dans le parc national de Khenifiss, le climat, idéal, joue également un rôle important. « Il faut savoir que le parc est une zone humide classée Ramsar (ratification de la Convention internationale sur les zones humides). Le climat reste stable entre 21°C et 26°C, et ce pendant toute l’année », nous apprend le directeur du parc national. À cela s’ajoute le calme qui caractérise cette lagune. Le flamant rose est un être sensible qui a besoin de calme pour nidifier et se stabiliser. Des raisons pour lesquelles il a choisi de s’établir à Khenifiss. Le volatile est friand de la tranquillité la plus totale. Il fuit le bruit, les avions et les humains. Il ne tolère finalement que les siens.

Construction de nids artificiels pour la nidification des flamants roses – Source PNK

Une élégance innée

Mi-cigogne, mi-canard, le flamant rose intrigue à ce jour les ornithologues. Son nom d’espèce Phoenicopterus ruber roseus peut être traduit comme le « Phénix aux ailes roses ». L’oiseau a d’ailleurs été considéré par les Égyptiens comme l’incarnation de ce volatile mythique qui renaît de ses cendres. De leur point de vue, ce sont les flammes d’un feu passé qui auraient laissé les traces rougeoyantes sur son dos. À l’époque romaine, l’oiseau était surtout chassé et apprécié pour sa langue, cuisinée comme un mets raffiné. Ce qui paraît impensable de nos jours.

Adulte, l’oiseau peut atteindre en moyenne une hauteur de 140 cm, soulignée par un port de tête majestueux. Au repos, il se tient en équilibre sur une seule patte, la tête enfoncée dans son plumage. Une figure empruntée par le yoga qui en a fait une posture. Flânant dans les eaux salines de Naaïla et sans même déployer ses ailes dont l’envergure peut atteindre 160 cm, le flamant rose incarne l’élégance innée.

Des espèces emblématiques

Hormis le flamant rose, parmi les autres espèces emblématiques du parc figure le grand cormoran marocain, très connu dans la région. « Il vit uniquement dans le parc, qui accueille 211 espèces d’oiseaux, migrateurs et sédentaires, sur toute l’année », précise Hamza Riad. Ce qui situe ce parc parmi les sites les plus représentatifs de l’avifaune nationale, avec plus des deux tiers des espèces observées au Maroc. Le site de la lagune, qui est une zone d’importance internationale pour les oiseaux d’eau, assure l’hivernage de plusieurs milliers d’individus (plus de 20.000) chaque année. De plus, 27 espèces ont une valeur patrimoniale indéniable, et 57 sont nidificatrices.

La direction du parc travaille par ailleurs sur un projet de réintroduction de la faune saharienne disparue de son milieu, et pour laquelle une station d’acclimatation est en cours de préparation. Il s’agit d’espèces telles que la gazelle de Cuvier (dont la présence a été signalée dans la région) et l’autruche à cou rouge. « Ce projet est en cours. La réserve s’étale sur 600 ha. Il ne reste plus que l’étape suivante qu’est le lâcher de ces espèces », nous indique Hamza Riad.

Pour la réintroduction de l’autruche à cou rouge, le parc a mis en place un programme d’incubation artificielle. « On ramène des œufs d’autruche de Souss-Massa, et on lance une incubation artificielle. L’année dernière, 17 incubations ont réussi. Et on les a lâchées dans une réserve à Boujdour et une autre à Dakhla. Pour Khenifiss, on est toujours en train de préparer la station », nous confie le directeur du parc.

Des flamants roses de la lagune Naaila -Source PNK

Un paysage naturel polymorphe

D’une superficie globale de 185.000 ha, « le parc national de Khenifiss possède le rare avantage de présenter trois morphologies paysagères de très grande qualité : la bande littorale où se mélangent le marin, les dunes et les falaises bordières ; la zone lagunaire avec ses entrelacs multiples d’eau, d’algues et de sable ; et l’immensité désertique avec ses regs, ses hamadas, ses krebs et ses prolongements dunaires. Il s’agit là d’une originalité unique sur le plan mondial pour une aire protégée de retenir ainsi, dans un seul périmètre, ces trois grands écosystèmes, ce qui confère à ce parc national une qualité exceptionnelle », d’après la direction du parc.

Hamza Riad a réalisé une série de vidéos filmées par drone qui captent toute la richesse paysagère de ce site.

La spécificité paysagère du parc national de Khenifiss réside ainsi dans le fait qu’il donne à voir, sur un parcours relativement peu étendu, une diversité extrême de situations et de morphologies. Selon la direction du parc, une telle configuration dans un espace restreint est unique au Maroc, mais aussi le long de la côte saharienne. Le Banc d’Arguin, qui serait son équivalent en Mauritanie offre un spectacle sans nul doute bien supérieur, mais pas sur une superficie aussi réduite.

Le littoral du parc est marqué par sa forte imprégnation sauvage, où l’on trouve un estran totalement libre sur plusieurs kilomètres et des flots parfois impétueux venant frapper de hautes falaises abruptes et inhospitalières. La lagune, pour sa part, fait contraster les immensités désertiques environnantes avec la grande étendue de la zone humide, foisonnante de vie, de couleur et de mouvements. Dans le prolongement de la lagune de Naaïla vers le sud s’étale la Sabkha de Tazgha, matérialisée par un lac salé d’une superficie de 830 ha. Dans cet espace, pas moins de 418 ha de salines sont exploitées traditionnellement par une coopérative composée de personnes originaires de la zone de Khenifiss.

Voir vidéo Sabkha de Tazgha :

Quant à l’arrière-pays, il présente, selon la direction du parc, « l’impressionnante noblesse de ses espaces rythmés aussi bien par les lignes de fuite des alignements tabulaires, dégageant de formidables perspectives, que par les immensités éclatantes quasi azoïques de ces sebkhas où se perd le regard, et les ondulations infinies des systèmes dunaires qui apportent douceurs et voluptés dans un monde minéral dur et relativement austère ».

Terre d’accueil

La région du parc correspond aujourd’hui à un désert où la sédentarisation constitue un phénomène très récent. Les constructions en dur du seul village de la commune, le chef-lieu d’Akhfenir, datent d’à peine vingt ans, et la route nationale traversant la région d’un peu plus de trente ans. Tarfaya, la seule ville ‘historique’ des alentours, est située à une cinquantaine de kilomètres de l’extrémité ouest du parc. Elle a vu ses constructions démarrer vers 1880.

À l’échelle géologique et même historique, cette région n’a pas toujours été un désert. Des civilisations néolithiques, préislamiques et coloniales européennes y ont laissé des vestiges de leur présence sédentarisée. Aujourd’hui, « pour visiter le parc, il suffit de connaître la localisation. Et l’avantage, c’est que c’est gratuit », nous rappelle Hamza Riad.

Le parc national de Khenifiss est situé à deux heures de route de Laâyoune (200 km), à une heure de Tan-Tan (100 km) et à cinq heures d’Agadir (450 km). Les villes aéroportuaires de Tan-Tan, Laâyoune et Tarfaya, à 20 minutes d’avion des îles Canaries, sont autant de pôles touristiques émetteurs de visiteurs et de touristes. Les îles Canaries offrent un véritable vivier de clientèle internationale à conquérir.

« Cette proximité de grands pôles touristiques représente un potentiel d’avenir pour le développement touristique du parc national de Khenifiss, en tant que site naturel unique dans cette partie du Sud marocain », selon la direction du parc. C’est le « produit écotouristique par excellence » à l’image des grands parcs africains ou canadiens. L’écotourisme prend dans ce territoire tout son sens. Une donne qui n’est nullement négligée par les responsables du parc. « Le secteur du tourisme gravitant autour du parc est actuellement en cours d’élargissement. Le village d’Akhfenir est au cœur du développement du secteur, notamment, à travers son tissu associatif. Les 45 commerces existants sont liés à une activité touristique essentiellement de passage, voire de ‘halte déjeuner’. »

La région compte déjà quelques opérateurs touristiques à taille humaine, notamment des auberges (hôtel Atlas, Chez Yves Scicart et Samira, le Centre de pêche et le camping Chez Paul Taliano). L’association Khenifiss propose pour sa part plusieurs circuits organisés dans les différentes zones du parc.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.