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Dakhla. Une presqu’île à l’état de nature

400 km² de baie, 300 jours de vent et un ensoleillement à longueur d'année. Les plages et sites touristiques de Dakhla séduisent de plus en plus de visiteurs. En une décennie, cette presqu’île aux allures de paradis perdu est devenue une destination dans le vent. Cap sur la mecque des adeptes de kitesurf.

Dakhla. Une presqu’île à l’état de nature

Le 20 juillet 2022 à 12h28

Modifié 20 juillet 2022 à 17h53

400 km² de baie, 300 jours de vent et un ensoleillement à longueur d'année. Les plages et sites touristiques de Dakhla séduisent de plus en plus de visiteurs. En une décennie, cette presqu’île aux allures de paradis perdu est devenue une destination dans le vent. Cap sur la mecque des adeptes de kitesurf.

On compare désormais ses plages à celles de Jericoacoara, la destination paradisiaque du Brésil. Alors pour nommer Dakhla, les qualificatifs fusent comme pour toutes les destinations inclassables : perle du désert, paradis entre mer et dunes, havre de paix du bout du monde…

« Très peu d’endroits rivalisent avec Dakhla. Avec les mêmes conditions climatiques, Dakhla et Jericoacoara sont les deux seuls endroits au monde où si vous venez pour des vacances d’une semaine, vous êtes sûrs de pouvoir kitesurfer tous les jours. C’est extrêmement rare d’arriver et de ne pas trouver de vent. Il y a plus de 300 jours de vent par an. Dix mois dans l’année. Déjà, rien que pour cela, c’est une destination incroyable. Il y a très peu de destinations dans le monde où il y a autant de vent régulier durant presque toute l’année. C’est la première donne », s’enthousiasme Sébastien Deflandre, kitesurfeur, véliplanchiste et fondateur d’Océan Vagabond, opérateur touristique spécialisé dans les séjours kitesurf, surf et windsurf.

Il n’omet pas de signaler les deux seuls mois marqués par l’absence de vent : décembre et janvier. « Donc, je ne recommande pas aux gens qui veulent faire du kitesurf de venir à cette période-là. Mais, dès février et jusqu’à novembre, il y a du vent tout le temps », précise-t-il.

Ces deux mois sans vent n’empêchent pas la destination d’être « très prisée durant toute l’année », affirme Omar El Alaoui Balrhiti, vice-président du conseil régional du tourisme (CRT) Dakhla-Oued Eddahab. «Le nombre de touristes qui ont visité la ville est passé de 10.254 en 2010 à 34.174 en 2021, en plus d’une augmentation exponentielle des nuitées, qui sont passées de 30.846 en 2010 à 135.126 en 2021. » Il est vrai qu’il y a encore une vingtaine d’années, la ville de l’extrême sud du pays n’était pas encore cette destination bohème chic. Cela est d’autant plus vrai pour les touristes nationaux ; pour qui Dakhla a été une véritable révélation, notamment pendant la pandémie.

Le vent tourne en faveur de Dakhla

Si Dakhla a réussi à sortir de l’anonymat – assez tardivement -, c’est grâce aux sports nautiques. Et des conditions climatiques idéales qui favorisent leur pratique, le long d’une baie de plus de 400 km². « La région Dakhla-Oued Eddahab s’est imposée au fil des années en tant que destination préférée des amateurs et professionnels des sports de glisse. Elle accueille régulièrement de grands événements sportifs internationaux qui lui ont donné une importante notoriété à l’échelle nationale et mondiale. De ce fait, elle attise de plus en plus l’appétit des opérateurs touristiques », confirme Omar El Alaoui El Balrhiti.

En plus du vent, le climat est tempéré, un double avantage très apprécié par les amateurs de sports de glisse. « Quand vous avez 300 jours de vent au Danemark ou en Suède, avec une eau à 5°, personne n’y va. À Dakhla, vous avez une eau de 20°C à 25°C toute l’année. Les conditions climatiques sont donc très favorables. Et le positionnement géographique aussi, puisque la ville est aux portes de l’Europe. Avec le détroit de Gibraltar, on est presque frontalier avec l’Europe. Un vol direct de Paris dure environ 4h ou 4h30 », souligne Sébastien Deflandre.

Plusieurs partenaires concentrent leurs efforts en vue de connecter Dakhla aux autres villes du Royaume comme à l’autre rive de la Méditerranée.

« En partenariat avec l’ONMT (Office national marocain du tourisme) et une subvention étatique de la part du conseil de la région Dakhla-Oued Eddahab, la compagnie nationale soutient le développement économique et touristique de la ville de Dakhla. Après la réouverture de l’espace aérien, des vols quotidiens et réguliers en provenance de Casablanca, Agadir et Laâyoune à destination de l’aéroport de Dakhla ont été mis en place, auxquels s’ajoute une fréquence hebdomadaire depuis l’aéroport de Paris Orly, opérée par la RAM. Quant à la compagnie Binter des îles Canaries, elle relie l’aéroport de Las Palmas à Dakhla à raison d’une liaison par semaine », expose le vice-président du CRT de la ville.

L’attractivité d’une zone préservée

Les liaisons aériennes confortent donc la place qu’occupe désormais cette ville du Sud sur la carte du tourisme aussi bien national qu’international.

Bien avant que Dakhla ne se hisse à ce niveau d’attractivité, ce sont les tour-opérateurs qui ont flairé le bon filon dans cette région avec ses plages à l’état de nature. Certains opérateurs économiques et hôteliers ont même invité des professionnels du kitesurf à venir découvrir la zone, suscitant un effet boule de neige. D’un marché de niche destiné à quelques initiés, Dakhla s’installe sur le podium des adresses balnéaires les plus en vogue du pays. « En une dizaine d’années, l’endroit est devenu La Mecque du kitesurf dans le monde », assure le fondateur d’Océan Vagabond. Ce spécialiste de l’hôtellerie sportive se dit attiré par les endroits « un peu sauvages, reculés, délaissés. J’aime être pionnier dans les endroits où j’investis. Je l’ai fait à Essaouira il y a vingt-cinq ans, je l’ai fait à Dakhla en 2010 quand j’y ai ouvert – mais j’ai commencé les travaux en 2007 ».

À l’époque, rares étaient les opérateurs hôteliers qui s’intéressaient à Dakhla. Ce qui a attiré le sportif-entrepreneur à Dakhla, c’est aussi cette particularité d’être situé entre le désert à l’est et l’océan à l’ouest. « Il n’y a pas d’arbre. C’est vraiment un endroit très spécial. Puis, il y a le vent, qui est là 300 jours par an. Ce qui est vraiment idéal pour les sports que je pratique : le kitesurf, le windsurf et même le surf. C’est la meilleure destination mondiale pour la pratique de ce sport. Ce sont toutes ces petites choses-là qui, réunies, ont fait que j’ai décidé d’investir à Dakhla », nous explique Sébastien Deflandre.

La force d’attraction de cette ville est indéniable. Selon le vice-président du CRT, 43 hôtels y sont implantés, totalisant 2.258 lits. Et l’on prévoit une capacité de 6.000 lits d’ici la fin de 2023 grâce aux vingt nouveaux projets en construction dans la région, en plus des seize autres prévus dans le cadre du Programme de développement régional.

Sortir des sentiers battus

Dakhla reste pour l’heure un spot dédié aux sports de glisse. Mais l’objectif affiché par le conseil régional du tourisme est de diversifier l’offre touristique pour étendre la durée moyenne de séjour de quatre à sept jours.

« Pour cela, il faut que nous soyons en mesure d’offrir d’autres services, notamment en matière d’animation, en plus du développement d’autres créneaux comme le tourisme du désert et de bien-être, la pêche sportive, le tourisme culturel… Cela permettra de capter une population plus large, tout en restant une destination de niche », suggère Omar El Alaoui Balrhiti.

En attendant, Dakhla continue d’attirer les kitesurfeurs de toutes les nationalités. Et à raison. Pour Omar El Alaoui Balrhiti, si tous les kitesurfeurs de renommée mondiale viennent chaque année à Dakhla, c’est parce que la destination est référencée pour les compétitions internationales, et regorge des meilleurs spots pour la pratique de ce sport. Il cite notamment la Lagune (l’endroit idéal pour les débutants), le Speed Spot (un des meilleurs de Dakhla), la Dune Blanche (un spot très convoité), Lassarga (un beau spot de kite à vagues), la Pointe d’Or (pour encore plus de vagues) ou encore Oum Bouir (pour les plus aguerris).

Un développement respectueux de l’écosystème

Dakhla offre ainsi divers plages et spots à même de contenter tous types de surfeurs. Cette presqu’île abrite un grand lagon, une baie protégée des vagues où l’eau est très plate. C’est là où Sébastien Deflandre a créé son premier Océan Vagabond à Dakhla. « L’avantage de l’eau plate est que c’est très pratique pour apprendre nos sports (kitesurf, windsurf, surf). Il n’y a pas de danger, pas de courant, pas de vagues », précise-t-il. Des conditions idoines pour les surfeurs débutants. Quand l’investisseur s’installe dans le lagon, en 2007, il était « le deuxième ou le troisième à y investir ». Aujourd’hui, une trentaine d’opérateurs s’y sont implantés. Ce qui fait réagir le kitesurfeur qui déplore une « saturation » de la baie.

En 2018, c’est dans le village de pêcheurs Lassarga, à l’extrémité sud de la péninsule de Dakhla, que Sébastien Deflandre pose pied. À 50 km de distance du lagon, ce terrain qui reste encore peu investi offre plus de dépaysement. « Celui-là est plutôt du côté océan. On a la chance d’avoir d’un côté l’océan et de l’autre le lagon. Il est donc à l’embouchure. Même s’il est plus accès océan. Tous les clients qui ont appris le kitesurf avec nous au lagon, et qui aujourd’hui ont acquis un certain niveau, viennent se tester sur les vagues de Lassarga. Et comme celles-ci bougent, c’est plus amusant pour eux de les surfer. Mais ça demande d’avoir un petit niveau. En plus, Lassarga reste encore un endroit isolé, atypique, très sauvage », expose Sébastien Deflandre. Une nature authentique qu’il faut protéger selon le kitesurfer, qui insiste sur l’importance de ne pas mener un développement trop anarchique. Pour lui, il est nécessaire de « respecter l’environnement, avec des cahiers des charges de projets respectueux de l’écosystème. Dakhla est une zone magnifique, un endroit à développer, mais il faut le faire prudemment ».

Une nouvelle clientèle locale

Au cours des deux dernières années marquées par la crise sanitaire, Dakhla a profité, contrairement à d’autres villes, de la fermeture des frontières. Les Marocains, contraints de rester au pays, ont été nombreux à se tourner vers cette destination. Un constat que nous confirme le vice-président du CRT de Dakhla-Oued Eddahab. « Les fermetures à répétition des frontières nationales pendant la pandémie ont incité de nombreux nationaux à découvrir cette belle région du Royaume, fréquentée habituellement par des visiteurs étrangers. »

Avant le Covid, le tourisme étranger représentait des parts pouvant atteindre 90%. « Beaucoup de Marocains sont en effet venus à Dakhla, et l’ont appréciée. Ils ont aimé la découvrir et ils reviennent. Aujourd’hui, ce serait plutôt 70% d’internationaux (en majorité des Français) pour 30% de nationaux. C’est le bon côté du Covid, si je peux m’exprimer ainsi, parce que ça a permis de rééquilibrer les choses. Il y a toujours beaucoup plus d’étrangers, mais on a déjà une part de clientèle marocaine qui est plus importante que par le passé », convient Sébastien Deflandre.

Des activités de loisirs en mer et sur terre

Et si l’on n’est pas un amateur de kitesurf, partir à Dakhla est-ce toujours une bonne idée ? Oui. D’abord, parce qu’on peut s’initier à ce sport sur place.

« Pour quelqu’un qui arrive alors qu’il n’a jamais fait de kitesurf, il lui faudra un stage de 12 heures (2h/jour durant six jours) au bout duquel il est capable d’être autonome, c’est-à-dire de partir et de revenir tout seul. C’est ce qu’on recommande. On a des coachs sur place, formés et qui assurent les cours. D’autres personnes préfèrent venir juste un week-end, essayer ou faire une initiation, mais cela ne suffit pas pour être autonome. On a également sur place du matériel de kitesurf aussi bien pour les débutants que pour les plus expérimentés. J’importe chaque année entre deux et trois millions de dirhams de matériel, pour les différentes structures à Dakhla et Essaouira. J’ai un contrat avec la plus grande marque mondiale, Duotone, leader de l’équipement de kitesurf », nous apprend le fondateur d’Océan Vagabond.

Et si l’on n’est toujours pas intéressé par les sports nautiques, il reste encore beaucoup de choses à découvrir. Omar El Alaoui Balrhiti le rappelle. « On entend souvent dire qu’il n’y a rien à faire à Dakhla en dehors du kite, ce n’est pas vrai. Il y a quand même de quoi s’occuper autour de la lagune et en ville, et ce serait même dommage de ne pas visiter les environs. »Il cite notamment l’île du Dragon, une des nombreuses curiosités géologiques à visiter. À marée basse, elle est accessible à pied. « Vous y trouverez de curieux spécimens de coquillage. Le site est extraordinaire ! »

Sur la route vers le nord, à 30 km de Dakhla, il y a la dune blanche, un phénomène naturel dressé au milieu du lagon. Ce site sauvage est aussi un lieu de prédilection pour les flamants roses. « Visitez ensuite l’île Truk : partez à la pêche aux coquillages et ressourcez-vous en prenant un petit bain d’argile blanche ! Découvrez également les bienfaits de la source thermale en profitant de ses eaux chaudes sulfureuses, au beau milieu du désert. Les gourmands ne manqueront pas la visite guidée de la ferme ostréicole de Dakhla où sont organisées de nombreuses dégustations. Bien sûr, sans oublier le centre-ville avec le complexe artisanal, la médiathèque et les rues piétonnes commerçantes », recommande le vice-président du CRT de Dakhla.

Pour les activités de loisirs hors sports de glisse, il y a aussi la pêche dans des eaux poissonneuses. « Celui qui ne veut ni kitesurfer ni pêcher peut prendre un VTT électrique et se balader. On organise également des excursions dans le désert où il y a des points stratégiques à voir », rappelle Sébastien Deflandre.

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