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De Paris à Tanger, retour sur l’affaire Jacques Bouthier

ROUND UP. Depuis son arrestation en France en mai 2022, l’ex-PDG du groupe de courtage en assurance ASSU 2000 (Vilavi) fait l’objet de plusieurs plaintes au Maroc, notamment pour harcèlement sexuel. Huit de ses anciens collaborateurs, dont six en détention, sont également visés par des accusations de "traite d’êtres humains".

Jacques Bouthier fondateur et président d'Assu 2000

De Paris à Tanger, retour sur l’affaire Jacques Bouthier

Le 19 juillet 2022 à 17h09

Modifié 19 juillet 2022 à 17h55

ROUND UP. Depuis son arrestation en France en mai 2022, l’ex-PDG du groupe de courtage en assurance ASSU 2000 (Vilavi) fait l’objet de plusieurs plaintes au Maroc, notamment pour harcèlement sexuel. Huit de ses anciens collaborateurs, dont six en détention, sont également visés par des accusations de "traite d’êtres humains".

L’affaire Jacques Bouthier continue à prendre de l’ampleur au Maroc. Placé en détention en France, l’ex-PDG du groupe de courtage en assurance ASSU 2000 (rebaptisé Vilavi) est accusé par plusieurs victimes, au Maroc, de harcèlement sexuel.

Ces victimes sont représentées par l’avocate Aïcha Guellaa, présidente de l’Association marocaine des droits des victimes (AMDV). Contactée par Médias24, elle revient sur les détails de l’affaire depuis qu’elle a éclaté en France, en mai 2022.

« Jacques Bouthier fait partie des 500 plus grandes fortunes françaises. Il a été arrêté en France, fin mai dernier, suite à la plainte d’une jeune Marocaine et d’une jeune Roumaine. La première avait été séquestrée en France depuis l’âge de 16 ans. Sa séquestration a duré cinq ans, durant lesquels Jacques Bouthier l’a exploitée sexuellement. Les deux jeunes femmes ont porté plainte et présenté une vidéo en guise de preuve », explique Me Guellaa.

Les agressions commencent en 2013

« Jacques Bouthier était le PDG d’un groupe d’assurances, dont des centres d’appels affiliés à ce groupe sont installés à Tanger. La première entreprise au Maroc a été créée en 2009 et, pendant plusieurs années, il n’y avait rien à signaler selon les témoignages que nous avons reçus », indique l’avocate.

Mais, en 2013, l’organigramme de ces entreprises change. Selon Me Guellaa, de nouveaux responsables intègrent les sociétés basées à Tanger. Ces derniers (chefs d’équipes, chefs de plateaux, etc.) « organisaient des soirées lors desquelles ils invitaient des jeunes femmes et recrutaient celles dont les caractères physiques correspondaient aux préférences de Jacques Bouthier, à savoir un visage enfantin, un corps en forme, dit ‘fit’… ».

Au sein des sociétés, « il était devenu normal, à chaque arrivée de Jacques Bouthier au Maroc, de le voir toucher ces jeunes femmes au sein même de l’entreprise, en particulier leurs épaules, leurs fesses et d’autres parties intimes ». Une situation « normalisée », selon l’avocate, malgré les réactions de défense de certaines victimes ou d’autres salariés qui tentent d’intervenir.

« Toute réaction est alors sanctionnée par une réduction de salaire, un comportement exécrable, voire un licenciement. Certaines personnes ont subi un harcèlement moral atroce, jusqu’à leur interdire le droit à une pause, pas même pour se rendre aux toilettes », poursuit Me Guellaa.

Selon elle, « plusieurs salariés ont eu recours à la justice tangéroise suite à leur licenciement. Cela dit, le volet des agressions sexuelles est resté sous silence ».

Mai 2022 : premières plaintes en France

Il aura fallu attendre que l’affaire éclate en France en mai dernier pour que l’Association marocaine des droits des victimes commence à se pencher sur le dossier. Sur la base des témoignages des salariés, elle découvre que « les faits sont réels » et prend contact avec les victimes. Six d’entre elles ont déjà porté plainte contre Jacques Bouthier et ses collaborateurs.

« La septième plainte sera déposée cette semaine », confie Me Guellaa, qui souligne que d’autres victimes ont choisi de garder le silence. « Certaines disent s’être mariées et avoir tourné la page, d’autres ont peur du regard de leurs familles et de celui de la société. Nous les sensibilisons sur l’importance de dénoncer ces actes, notamment pour éviter que cela se reproduise ailleurs », poursuit l’avocate.

Elle précise également que parmi les huit anciens responsables et collaborateurs de Jacques Bouthier, six ont été placés en détention et deux sont poursuivis en état de liberté. L’un des principaux suspects est en fuite et fait l’objet d’un avis de recherche.

Ce dernier a « tenté de transiger avec des victimes en envoyant deux autres anciens responsables d’entreprises leur demander de retirer leurs plaintes en contrepartie de sommes d’argent ». Cela constitue un des chefs de poursuite à leur encontre puisque, outre la proposition de cadeaux et de promesses pour les amener à revenir sur leurs déclarations, ces anciens responsables au sein des entreprises de Jacques Bouthier sont poursuivis pour avoir fourni de fausses déclarations, pour « harcèlement sexuel » et « traite d’êtres humains ».

Des procédures judiciaires en France et au Maroc : quelle organisation ?

A ce stade, toutes les victimes ont été entendues, les vingt témoins également. Quant à Jacques Bouthier, étant donné qu’il a été arrêté et mis en examen en France pour des faits auxquels il devra répondre dans son pays, la question qui se pose désormais est de savoir comment la suite de la procédure judiciaire se déroulera, à la fois en France et au Maroc.

Selon Me Guellaa, la décision relative à la méthode à suivre revient aux justices marocaine et française, sur la base de la convention d’entraide judiciaire qui lie les deux pays.

« Il est envisageable de demander son transfèrement ou d’envoyer une demande d’instruction pour que des responsables judiciaires marocains se rendent en France dans le cadre de l’instruction. Dans tous les cas, il sera également jugé au Maroc. Les deux pays trouveront un accord, à la lumière de la convention qui les engage en ce qui concerne l’exécution de sa peine et les dommages-intérêts à verser aux victimes », conclut Me Guellaa.

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