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La Tech4Good est l’avenir du Maroc agricole (expert)

Pour faire face aux défis auxquels sont confrontés les modèles agricoles et alimentaires à cause du changement climatique et des difficultés logistiques d’approvisionnement causées par la guerre en Ukraine, Fabrizio Delage Paganini, expert international en Agritech en Europe et en Afrique, porte tout son espoir sur la Tech4Good.

La Tech4Good est l’avenir du Maroc agricole (expert)

Le 12 juillet 2022 à 13h03

Modifié 12 juillet 2022 à 13h03

Pour faire face aux défis auxquels sont confrontés les modèles agricoles et alimentaires à cause du changement climatique et des difficultés logistiques d’approvisionnement causées par la guerre en Ukraine, Fabrizio Delage Paganini, expert international en Agritech en Europe et en Afrique, porte tout son espoir sur la Tech4Good.

la Tech4good est un concept qui a fleuri dans le sillage de la prise de conscience du réchauffement climatique. Elle signifie que l’innovation soit se faire désormais d’une manière bienveillante et en tenant compte de la durabilité. Dans chaque domaine comme ici, l’agriculture, elle propose des solutions liées aux conséquences du réchauffement climatique.

Passer de l’innovation au progrès

“Pour moi, la Tech for Good désigne l’idée de passer de l’innovation au progrès. On imagine des concepts basés sur des idées qui pourraient nous aider à mieux vivre, car elles ont un impact direct sur l’individu et la société. Aujourd’hui, la technologie nous permet de répondre à des enjeux qui nous dépassaient il y a quelques années, mais pose également de nombreuses questions auxquelles il est important de répondre. Par exemple, comment instaurer ces mesures dans les mœurs sans bouleverser un mode de fonctionnement déjà établi ?”.

« Face à la fréquence des intempéries, entre sécheresse et inondations, en plus de l’usage irrationnel des ressources naturelles, l’agriculture est durablement affectée et doit garantir une production suffisante, de qualité et durable pour tous, au risque de voir apparaître de lourdes instabilités géopolitiques sur la scène africaine et internationale », rappelle  Fabrizio Delage Paganini, cofondateur de Valeur-Tech, un cabinet spécialisé en data management agricole et environnemental.

L’économie des ressources n’est donc pas une tendance, mais une nécessité. Quant à l’Agritech, elle n’est pas un business à la mode, mais une condition sine qua none pour concevoir un modèle agroalimentaire résilient.

Si l’agriculture est chaque année en proie à des épisodes désastreux, bousculée par le dérèglement climatique, « le numérique est l’un des principaux facteurs qui peut permettre aux gouvernements d’inverser la tendance ». L’usage des outils technologiques innovants s’accélère au service de la résilience, de la relocalisation et de la souveraineté alimentaire.

L’Agritech, une agriculture de la donnée

Mise au défi par le changement climatique, l’Agritech est une réalité au Maroc, comme partout ailleurs, et les startups ont tout un rôle à jouer dans cette révolution agricole. Cependant, alors que le modèle d’affaires des startups Agritech repose sur la collecte, l’analyse, la valorisation et l’exploitation des données, les startups marocaines font face à un réel obstacle : la disponibilité des données.

« Les données sont difficilement fournies aux startups par manque d’outils éducatifs disponibles, notamment celles qui devraient être accessibles telles que les paramètres météorologiques, les précipitations, la température, l’hygrométrie ou la vitesse du vent », analyse Fabrizio Delage Paganini.

Plusieurs technologies éducatives concernant la chaîne de valeur agricole devraient être financées pour faciliter l’adoption, par les agriculteurs, de différentes solutions innovantes : les réseaux de capteurs (IoT), les logiciels de gestion d’exploitation simplifiés et éducatifs pour faciliter la saisie des données, les contrats d’assurance intelligents paramétriques-climatiques, ainsi que les outils de financement de la trésorerie des agriculteurs pour assurer leur production en cas d’intempéries et d’imprévus pouvant pénaliser leur production.

Mais encore : les plateformes de mutualisation de données, les systèmes de traçabilité intelligents basés sur la technologie blockchain, les robots de désherbage, les pièges connectés pour lutter contre les ravageurs de culture, l’agriculture urbaine verticale comme les équipements aéroponiques (cultures hors sol), les systèmes de production d’énergie verte et de protection des cultures, et la vente en ligne pour la promotion des circuits courts.

Il peut s’agir de « la promotion de la circularité des emballages comme base à l’éco-conception ou à la méthanisation des déchets et résidus agricoles-animales, le développement de chaînes d’approvisionnement durables, la lutte contre le gaspillage alimentaire ou encore la mise en place de systèmes de traçabilité et d’accès à des données ESG pour donner de la visibilité aux consommateurs, via la mise en place de QR codes et d’étiquettes intelligents basés sur l’analyse du cycle de vie du produit, de la parcelle et de la filière », ajoute l’expert.

L’agriculteur, maillon faible de la chaîne de valeur agricole

L’enjeu aujourd’hui est de répondre à la fois à la sécurité alimentaire et de réduire l’empreinte carbone issue des cultures, de l’élevage et de la consommation d’énergie par les engins et bâtiments agricoles.

Les agriculteurs sont dans l’obligation de s’adapter et de repenser leur façon de produire, en combinant les technologies à des pratiques culturales vertueuses. Parmi elles, « l’agriculture de conservation des sols qui permet de redonner vie aux sols, très souvent surexploités et appauvris en minéraux et en matières organiques du fait de l’agriculture intensive et industrielle ».

L’usage des solutions innovantes permet en effet d’optimiser les ressources hydriques, de s’adapter aux conditions extrêmes comme la sécheresse ou la grêle, en associant le type de cultures à la typologie du sol, en améliorant la fertilité des sols ou encore en jouant sur la précocité de certaines variétés de cultures pour anticiper la demande sur les marchés, ce que l’on appelle le « Trading commodities ». Ceci permettra de faire fluctuer le prix en fonction des quantités produites, tout en faisant évoluer les calendriers de production et de consommation.

Les agriculteurs sont-ils intéressés aux technologies innovantes?

Fabrizio Delage Paganini ajoute que les agriculteurs sont généralement ouverts aux technologies innovantes sous certaines conditions : ils ont besoin d’un bon retour sur investissement et d’une solution fiable et intuitive, au risque de les délaisser après quelques utilisations.

Si l’Agritech est importante, c’est pour davantage de précision, de performance et de résilience, « à condition qu’elle génère de la valeur pour l’agriculture, plus particulièrement pour les agriculteurs, car ils constituent le maillon faible de la chaîne alimentaire : ils prennent les risques les plus élevés et obtiennent la valeur ajoutée la plus faible ».

C’est pourquoi Fabrizio Delage Paganini recommande que l’action se concentre d’abord sur le renforcement de l’accompagnement des agriculteurs sur le terrain, afin de faire évoluer leurs pratiques et leur reflexe au quotidien. Il faut également « consentir des efforts sur l’instauration de la confiance entre les fournisseurs des technologies et les petits exploitants, car ces derniers n’ont pas toujours une idée claire de qui a accès à leurs données et les traite, et à quelles fins. Certaines technologies comme la géolocalisation en temps réel ou l’enregistrement vidéo vont forcément les inquiéter », note-t-il.

Pour lui, le Maroc agricole de demain doit être plus compétitif, plus résilient et résistant à l’agressivité de son environnement et aux particularités de son sol et de son climat. « Le succès repose uniquement sur la capacité à rassembler les institutions publiques et privées, les startups, les investisseurs et les agriculteurs autour d’objectifs prédéfinis afin de répondre, ensemble, chacun à son niveau, au défi de vulgarisation des innovations, de l’inclusivité, de la valorisation et de la priorisation des produits locaux, et surtout au défi éducationnel à former les nouvelles générations à l’économie des ressources en eau et en énergie », conclut notre interlocuteur.

La stratégie French Agritech en France, basée sur le modèle de la French Tech, en est le parfait exemple.

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